23/12/2021
Bonsoir CentraleSupélec !
Avec les fêtes de fin d'année qui ont commencé, viennent aussi les débats familiaux... plus ou moins houleux. Ainsi, il nous a été suggéré de faire un post sur comment bien passer les fêtes de fin d'année lorsqu'on est LGBT+ et pas out auprès de sa famille, ou dans une famille pas vraiment acceptante. Le sujet est difficile, donc nous avons essayé de compiler quelques idées si jamais vous vous sentez de l’aborder. Le but est surtout de vous donner de quoi (espérons-le) passer au mieux ce moment parfois délicat.
Débutons avec la question du coming out. N’oubliez pas que tous ces conseils sont basés sur nos expériences personnelles et que votre situation sera peut-être différente.
Une stratégie qui peut marcher si vous n’êtes pas out est de lâcher quelques indices petit à petit pour tâter le terrain. Avoir un plan de secours et des ami⋅e⋅s sur lesquel⋅le⋅s vous pouvez compter est très important au cas où vous ayez besoin de support. Parfois, quand c'est applicable, faire son coming out avec son ou sa partenaire peut aider : il s’agit de rappeler la dimension concrète et surtout humaine de la relation.
Avant tout, il est primordial de ne pas se forcer. **Le coming out n’est pas un passage obligatoire**, donc si vous ne vous sentez pas de le faire, maintenant comme plus t**d, pour une quelconque raison, ou que vous avez de bonnes raisons de penser que cela peut être dangereux pour vous, il n’y a aucune pression. La sécurité d’abord !
L’autre lieu commun des réveillons est bien sûr… le débat politique.
Rappelons bien sûr que vous n'avez aucune obligation de débattre sur les questions LGBT+ même si vous êtes concerné⋅e. Vous n'êtes pas obligé⋅e d'assister ou de participer au débat ; si ça devient trop difficile, n'hésitez pas à vous désengager. Mais pour vous aider à traverser les quelquefois inévitables discussions sur les “lobby LGBT” ou la PMA, voici quelques arguments et idées pour vous aider à convaincre ou à tenir tête en cas de discussions houleuses.
Évidemment, ces points ne serviront pas à convaincre toute une famille homophobe, dans ce cas votre sécurité prime avant tout, mais plus à gérer un ou deux membres de votre famille un peu problématiques
* Votre voisin·e de table commence à faire des blagues / insultes / remarques homophobes :
Il n’y a aucun mal à vouloir faire remarquer à quelqu’un que la pique ou la remarque qu’il ou elle vient de lancer était LGBT-phobe ou vous a blessé⋅e. Vous pouvez très bien lui faire remarquer que les mots portent un contexte, et qu’aujourd’hui, il y a certains mots que personne n’oserait utiliser, même en tant qu’insultes. Le langage n'est neutre et non, ce ne sont pas “juste des mots” / “juste une blague”. Les personnes LGBT+ peuvent être particulièrement sensibles à ce genre d’humour, et malheureusement cette LGBT-phobie peut être dangereuse pour votre santé mentale, et contribue à créer une atmosphère peu propice à l'épanouissement des personnes q***rs.
Vous pouvez également faire l’innocent·e et demander en quoi la remarque ou la blague est elle si hilarante. Cela peut permettre de souligner le caractère LGBT-phobe de la blague, et faire comprendre que ça ne fait pas rire tout le monde.
* Le sujet délicat de la PMA pointe le bout de son nez :
L'accès à la PMA (Procréation Médicalement Assistée) est un débat qui malheureusement est encore d’actualité. Il y a des arguments classiques, comme le fait que la PMA était déjà ouverte aux couples souffrant de problèmes de fertilité (ce qui, par ailleurs, concerne 25% des couples mariés), ou qu'interdire la PMA ne va pas empêcher les PMAs, et stigmatiserait simplement les personnes qui y ont recours (un peu comme l’avortement). Vous pourrez également indiquer que sur de nombreuses publications scientifiques sur le développement des enfants dans des couples hétéros ou lesbiens, aucune différence significative n’a été observée. Ou alors que la structure familiale hétérosexuelle, le lien à la gestation ou à la parentalité, n’a rien d’une logique “naturelle” que certains veulent imaginer. (Saviez-vous que dans certaines espèces, la mère mangeait le père après avoir fait l’amour, ou encore que le bonobo est pansexuel ?)
* Un⋅e de vos camarades commence à se plaindre du fait qu’aujourd’hui “on ne peut plus rien dire” :
C'est une réplique courante, souvent associée aux termes "politiquement correct", voire pour les plus littérairement prétentieux, "1984". À moins que vous n'ayez vraiment pas de chance, vous pourrez peut-être comparer au fait que certaines insultes raciales qui étaient utilisées il y a quelques siècles sont devenues complètement inacceptables aujourd'hui. Il en est de même ici, et ne pas être capable de porter des propos intelligents ou humoristiques, sans dire des choses qui peuvent blesser profondément une partie tout à fait non-négligeable de la population, est peut-être le signe que ces propos n'étaient pas si intelligents ou humoristiques en premier lieu, mais simplement de la haine ou de la moquerie.
Pour aller plus loin, voici un article sur un sujet lié :
“Huffington Post - Pourquoil'insulte "en**lé" est homophobe et pose problème dans le foot” : https://www.huffingtonpost.fr/entry/pourquoi-insulte-encule-homophobe-probleme-foot_fr_5d67c99ae4b01fcc69100401
* Votre cousin·e fait une blague ou des remarques sur les “1001 dénominations LGBT / de genre” :
C’est une “critique” récurrente lorsqu’on commence à parler d’identité de genre, ou de sexualité. Souvent, l'idée sous-jacente est que ces dénominations doivent être inventées, ou couper les cheveux en quatre.
Si cet argument sort, vous pouvez faire remarquer que la biologie donne un nom en pseudo-latin savant à tout animal vaguement différent de ce qui est déjà connu, et on ne s'en moque pas pour autant. De la même manière que ces termes ont une utilité dans leur domaine, les termes LGBT+ sont essentiels pour bon nombre de personnes LGBT, car ils leur permettent d'avoir un terme auquel s’identifier, pour pouvoir se décrire et de se rassembler, bref de se sentir moins isolé·e⋅s.
C'est aussi pour ça qu'il existe des termes pour des catégories que certain⋅e⋅s appellerait plutôt “normal” : hétérosexuel, cisgenre, allosexuel, etc. Il s'agit de permettre un discours sur ces sujets, sans imposer des connotations d'“anormalité”.
De plus, vous pouvez également rajouter qu'on ne lui a jamais demandé d’être incollable sur ces dénominations, et qu'aucune personne LGBT+ ne peut non plus prétendre connaître toutes ; ce sont simplement des “termes spécialisés”. Tout ce qui lui est demandé, c'est de respecter ceux et celles qui s’identifient à ces termes, et de ne pas les rabaisser en leur disant “c’est juste des mots”. Les mots ont un sens et une utilité, et nommer c’est commencer à exister...
* Votre sœur ou frère se plaint du “Lobby LGBT” :
Non il n'existe pas de lobby LGBT+, c’est simplement un discours qui vise à disqualifier les mouvements gay, lesbien, bi et trans depuis plusieurs décennies.
En effet, bien qu’il existe des associations de défense des droits des personnes LGBT+, celles-ci forment encore un groupe minoritaire très largement discriminé, comme on le voit à travers les violences et la discrimination qu'il subit encore en France, comme en témoigne les rapports de SOS homophobie. Ce n’est donc pas un groupe dominant, et une simple défense de ce groupe n'a rien à voir donc avec de vrai lobbies (tabac, armes…).
Pour plus d’informations, voici un article sur le sujet : “France Culture - Le lobby LGBT existe-t-il” : https://www.franceculture.fr/societe/le-lobby-lgbt-existe-t-il
Un autre article complémentaire :
“TÊTU - Manuel de survie q***r pour les fêtes de fin d’année en famille” : https://tetu.com/2018/12/24/manuel-de-survie-q***r-pour-les-fetes-de-fin-dannee-en-famille/
Un podcast :
"Binge Audio - Guide de survie aux fêtes de famille" :
https://www.youtube.com/watch?v=AB_2donhzqs
Nous espérons que ces quelques conseils vous seront d'une quelconque utilité pour braver les situations familiales complexes auxquelles vous pouvez faire face, et nous vous souhaitons de joyeuses fêtes !