17/10/2026
3e régiment d'infanterie de Marine
Guerre de Crimée : 17 octobre 1855 : les marsouins du 3e RIM à bord des batteries flottantes lors de la prise de Kinburn
Après la prise de Sébastopol le 8 septembre 1855, les Alliés décident d’attaquer Kinburn, qui garde avec Otchakov l’embouchure du Dniepr et du Bug, pour menacer Nikolaïev et Kherson. L’occasion est saisie d’engager les trois batteries flottantes cuirassées (50 m de long et 1600 tonnes avec 16 canons de 50 livres et 2 de 16) à faible tirant d’eau, voulues par Napoléon III : la Dévastation (CF de Montaignac de Chauvance), la Lave (CF de Cornulier-Lucinière) et la Tonnante (CF Dupré). Aux quelque 280 marins, il est prévu d’ajouter sur le lieu du combat des soldats d’infanterie de marine armés de ca*****es à tige et chargés d’abattre les servants et chefs de pièce russes depuis l’une des galeries extérieures des batteries. À Kamiesh, l’infanterie de marine prend place à bord : un détachement de marche de 46 hommes par batterie flottante, soit 138 marsouins ; sur la Dévastation, le détachement de marche du 3e RIM est aux ordres du jeune lieutenant Aubein. Les deux autres détachements aux ordres des lieutenants Gastaldi et Dastugue. Les batteries flottantes sont remorquées par d’autres bateaux.
L’armada de 90 bâtiments des amiraux Bruat et Lyons appareille les 6 et 7 octobre avec 8 000 hommes des généraux Bazaine et Spencer. Débarqués le 15 à trois milles du fort, ils doivent couper la retraite à ses 1 500 défenseurs. Le 17, vers 8 heures, les trois batteries s’embossent seules en première ligne, à 850 - 1 150 m des murailles. Elles ouvrent le feu peu après 9 heures. Pendant que les marins servent les pièces dans la fumée, les marsouins du 3e RIM, postés à l’avant et à l’arrière, servent un feu nourri sur les embrasures ; le commandant de Montaignac renonce à la galerie extérieure, intenable sous les boulets qui labourent le pont. Peu avant la fin du combat, un boulet entré par un sabord de la Dévastation tue un servant et un sergent d’infanterie de marine affecté au passage des projectiles. Vers 13 h 25, le fort démantelé arbore le pavillon blanc : le général Kokhanovitch capitule. Ses 40 officiers et 1 420 hommes reçoivent les honneurs de la guerre. Les batteries ont tiré plus de 3 000 projectiles et encaissé chacune une soixantaine de coups ; la Dévastation compte 2 tués et 13 blessés, la Tonnante 9 blessés, la Lave aucun.
Pour l’hiver, le fort principal est confié au 95e de ligne, tandis que les détachements d’infanterie de marine débarqués des batteries flottantes tiennent les deux fortins avancés, dépendant de la Marine pour l’intendance mais du colonel Denner, commandant le 95e, pour les opérations. Le fort de la Pointe est ainsi occupé par l’infanterie de marine. Les Cosaques rôdent, mais l’ennemi principal reste le climat : envahi par la débâcle des glaces, le fort de la Pointe doit être évacué à la hâte, et une épidémie emporte jusqu’à deux soldats par jour. Kinburn est rendu aux Russes après le traité de Paris du 30 mars 1856. La Guerre de Crimée est terminée.
« La prise de Kinburn n’était pas un bien grand fait de guerre, écrit Jurien de La Gravière, mais elle était un grand fait historique car elle marquait l’avènement d’une marine nouvelle. » Les marsouins en furent, au feu comme à terre. L’ère des bateaux blindés et cuirassés débute en Mer Noire.
AAMTDM - Denis D.