17/12/2025
Ahmad el-Ahmad, le « héros de Bondi Beach » qui rend fiers les Syriens
Originaire d’Idleb, l’homme de 43 ans s’est interposé lors de la fusillade de dimanche en Australie pour désarmer l’un des assaillants.
L'OLJ / Par Noura DOUKHI, le 16 décembre 2025 à 23h00
« Son geste nous rend fiers, d’autant plus qu’il est musulman et qu’il a aidé des juifs », s’enthousiasme un résident d’Idleb à l’égard d’Ahmad el-Ahmad, Syrien d’origine, dont le nom s’est imposé depuis près de 48 heures comme celui d’un héros, en Australie et ailleurs. À Neirab, son village natal situé dans la région d’Idleb d’où est partie l’offensive rebelle ayant renversé Bachar el-Assad il y a un an, l’émotion est palpable. « Nous sommes fiers de lui, comme de toute personne qui sauve des vies sans distinction de religion ou d’origine », renchérit Abdulmunem, voyant dans ce geste « humanitaire » l’expression de sa foi musulmane. « Le Coran enseigne que sauver une vie, c’est sauver l’humanité tout entière. Ahmad a agi selon sa religion et son humanité. »
Après la fusillade perpétrée dimanche 14 décembre à Sydney par un père et son fils contre des juifs, en pleine fête de Hanouka, faisant 15 morts et une quarantaine de blessés, l’acte d’Ahmad el-Ahmad, 43 ans, intervenu après avoir entendu des coups de feu alors qu’il prenait un café avec un ami, n’en finit pas de susciter l’émotion. Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux le montre se précipiter sur l’un des deux assaillants, qu’il parvient à désarmer, avant d’être grièvement touché au bras et à l’épaule par le second tireur. Un geste qui a permis de sauver de nombreuses vies. Opéré et hospitalisé, son état n’est désormais plus jugé critique, bien qu’il doive encore subir plusieurs autres interventions chirurgicales.
Contact régulier avec son pays natal
Alors que son identité restait floue dimanche, les spéculations allaient bon train. Dans une tentative de récupération politique, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’était empressé de saluer le jour-même un acte d’« héroïsme juif », affirmant sur la chaîne Channel 14 avoir vu « un juif se jeter sur l’un des meurtriers, lui arracher son arme et sauver Dieu sait combien de vies ». Dans le même temps, d’autres soutenaient que le « sauveur » de l’attentat était libanais et de confession maronite, la diaspora libanaise étant fortement implantée en Australie.
Arrivé en Australie en 2006, le père de deux filles, âgées de trois et six ans, a été naturalisé en 2022, confirme son oncle maternel, Malek. « Il a quitté la Syrie après avoir accompli son service militaire obligatoire et n’y est jamais retourné », précise celui qui a partagé les deux dernières années de la vie d’Ahmad en Australie. Le « héros de Bondi Beach » conserverait des liens étroits avec son pays natal, avec lequel il reste en contact régulier, ajoute Malek, pour qui son neveu, « un homme naturel, au cœur courageux et qui s’entend bien avec tout le monde, ne s’immisce pas dans les affaires politiques. C’est un bosseur qui a choisi l’Australie parce que c’est un beau pays, accueillant et qui offre des opportunités d’emploi ».
Dans son pays d’accueil, Ahmad el-Ahmad aurait d’abord travaillé dans le bâtiment avant d’ouvrir son épicerie de fruits et légumes. Cité par le quotidien The Sydney Morning Herald, l’avocat qui l’avait accompagné dans sa demande de naturalisation australienne, Me Sam Issa, a confié lundi soir, à l’issue d’une visite à l’hôpital, que ce geste était « sa façon d’exprimer sa reconnaissance pour le fait d’avoir pu rester en Australie et d’avoir obtenu la citoyenneté ». Le lendemain, le Premier ministre australien, Anthony Albanese, s’est rendu à son chevet, affirmant qu’Ahmad el-Ahmad « incarne ce que notre pays a de meilleur ».
Plus d’un million d’euros récolté
Une fierté également revendiquée par ses parents, qui n’avaient pas revu leur fils depuis son émigration et qui lui rendent visite en Australie depuis deux mois. « (Quand Ahmad est intervenu), il ne pensait pas à l’origine des personnes qu’il sauvait. Il ne fait aucune distinction entre les nationalités », a souligné à la presse son père, Moustapha, se disant fier que le geste de son fils ait été salué jusqu’au président américain Donald Trump. « Il s’agit (...) d’une personne très, très courageuse, qui s’est précipitée pour attaquer de front l’un des tireurs et a sauvé de nombreuses vies, a déclaré le dirigeant républicain. J’ai donc un immense respect pour cet homme. »
« Les Syriens ont longtemps été victimes de racisme en tant que réfugiés », renchérit un résident d’Idleb, évoquant l’amalgame persistant entre islam et terrorisme en Occident. Comme lui, dans le pays, nombreux sont ceux qui se sont réjouis de l’origine du sauveur. « Ce courage n’a rien d’étonnant. Les Syriens ont fait preuve d’héroïsme tout au long des années de guerre et face à toutes les épreuves difficiles rencontrées », lance Fatih, résident d’Alep revenu d’Idleb après la chute du régime Assad. Dans cette région longtemps pilonnée par le régime déchu et son allié russe, la maison d’Ahmad el-Ahmad serait aujourd’hui à l’abandon, privée de portes et de fenêtres, le toit ayant été endommagé par des frappes aériennes, selon l’AFP. Partagée en ligne, une collecte de fonds destinée à couvrir les frais médicaux du « héros de Bondi Beach » a déjà permis de récolter plus d’un million d’euros.
Ahmad el-Ahmad, Syrien et héros de Bondi Beach, a désarmé un tireur pendant une fusillade en Australie, suscitant fierté et émotion dans son pays d'origine.