12/04/2026
🙇♂️ Ce week-end : un électrochoc.
La vision du kigurai, et une démolition de l’ego.
Stage. Ji-geiko avec un 7e dan.
Je le regarde pratiquer avec les autres avant mon tour.
Il prend l’espace, manipule ses partenaires, se déplace d’une façon étrange, presque ailleurs.
On sent un mur invisible autour de lui, ce que les anciens appellent le kigurai, cette présence qui fait pression sans même avoir besoin de techniques.
Mon tour arrive. Je décide d’y aller à fond. De ne rien lui laisser. De jouer à 100% pour lui faire honneur. Je crée des ouvertures, je feinte, je lance des attaques vives, je touche.
Je sors du geiko plutôt content de moi.
Puis je vais le saluer.
Do**he froide. Il me sermonne. Des mots durs.
Je repars secoué, l’ego en miettes, ne comprenant pas : je m’étais donné à 100%, sincèrement, qu’est-ce qu’il voulait de plus ?
Il m’a fallu du temps pour entendre ce qu’il voulait vraiment me dire.
En kendo, il y a une différence fondamentale que les livres expliquent mais qu’on ne comprend que dans la chair :
ateru (toucher) et utsu (frapper droit).
Ateru, c’est placer sa touche. Par la vitesse, par la ruse, par l’élan, par la feinte. C’est efficace en shiai. Ça fait gagner des points.
Mais c’est, paraît-il, un produit “bas de gamme” du kendo.
Utsu, c’est frapper vraiment. Droit, engagé, sincère, depuis une intention construite mentalement avant le geste.
Katte utsu : vaincre d’abord, frapper ensuite. Pas l’inverse.
Et voilà le piège dans lequel j’étais tombé.
Je reviens de ce stage avec une leçon qui fait mal, mais que je préfère mille fois à un geiko poli et sans relief.
Un geiko moyen ne m’aurait rien appris sur mes propres limites psychologiques.
L'accès à la "dimension extrême" du Kendo nécessite de briser l'ego
Ce Sensei a pris le temps et le risque de me dire les choses franchement. Il aurait pu se taire. Il ne l’a pas fait.
Retour au travail.
Rei ni hajimari, rei ni owaru.