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INFO, INFLU, INTOXQUI TIENT LA BARRIERE DE LA VERITE ?avec Olivier Picard,  coordinateur des Dossiers du Canard enchaîné...
01/09/2026

INFO, INFLU, INTOX
QUI TIENT LA BARRIERE DE LA VERITE ?
avec Olivier Picard, coordinateur des Dossiers du Canard enchaîné
Ecoutez sur : https://www.radiozones.com/cdl74_olivierpicard.php
Ils sont influenceurs. Leur pouvoir est exorbitant, parfois à la mesure de leur compte en banque. Ils sont prêts à tout pour vendre du rêve, de l’intox et de la sensation. Au mépris des règles de la déontologie de l’information. Certains se piquent de marcher sur les plates-bandes du journalisme au nom d’une modernité ou de nouveaux langages qui ne tirent bien souvent leur légitimité que de l’audience. Ils inquiètent les rédactions, pas toujours les responsables de médias, qui se verraient bien partager leur notoriété et l’accès à leurs publics. Alors fils de pub ou créateurs de contenu ?

« Un peu des deux », selon Olivier Picard coordinateur des "Dossiers du Canard enchaîné" d’avril dernier intitulé « Trafics d’Influences, "Le Canard" décrypte le pouvoir exorbitant des influenceurs, celui de faire vendre tout et n’importe quoi ». Nous l’avons rencontré aux Assises Presse et Démocratie 2026, organisées par le Club Suisse de la Presse (CSP) à Genève, le 28 août dernier, qui s’interrogeaient : « Les créatrices et créateurs de contenu, ennemis des journalistes ? »

Séparer le grain de l’ivraie

« En fait, la difficulté c'est de ne pas noyer le bébé avec l'eau du bain », poursuit Picard. « Le phénomène est intéressant dans la mesure où les créateurs de contenus donnent un nouvel accès à l'information. En même temps, ils se confondent par leur méthode et la façon dont ils se positionnent sur les réseaux, comme des influenceurs qui, eux, sont là d'abord pour vendre, que ce soit de la nourriture intellectuelle ou commerciale à leur communauté. La difficulté, c'est de décrypter cet univers et d'essayer de séparer le grain de l'ivraie ».

Y a-t-il une ligne rouge ? « Nous, journalistes, nous avons une vocation universelle et même la presse d'opinion a une vocation à informer selon des règles déontologiques très précises, alors que les influenceurs qui travaillent dans le domaine de l'information le font pour être agréables aux oreilles de leur communauté. Et donc, un peu comme avec les algorithmes, ils sont enfermés dans un univers informationnel dont ils ne sortent pas et qui est antinomique avec le développement de leur esprit critique ».

Faut-il réguler les réseaux et ses nouvelles professions ? « Les réseaux sociaux ont apporté une très grande facilité d'accès à l'information, qu'elle soit bonne ou mauvaise. En ce sens, il est très difficile de réguler, car la dimension de l'offre est tout d'un coup considérable. Sur les réseaux, on peut trouver le meilleur comme le pire. Nous devons faire en sorte que ce soit le meilleur qui triomphe. Que les gens soient de plus en plus informés et qu'il soit de plus en plus facile de s'informer, qu'il y ait des nouveaux canaux d'information, c'est en soi positif. Ce qui est négatif, c'est l'usage qu'on en fait ».

La jeunesse critique les réseaux sociaux

Un sondage présenté aux Assises par MIS Trend SA pour le CSP et le Blick, révélait comme l’écrit ce dernier que les jeunes Helvètes « s’informent sur les réseaux sociaux … mais leur font très peu confiance ». Une tendance qui se révèle aussi en France, avec quelques nuances, constate le journaliste français. « La contradiction est intéressante », relève-t-il : « C'est réconfortant, parce que ça indique tout de même qu'on peut avoir quelquefois une vision des jeunes assez primaire où ils seraient forcément manipulables, où ils digéreraient forcément sans réflexion l'information délivrée sur les réseaux et on s'aperçoit qu'ils ont eux-mêmes une volonté critique sur eux ».

Le Canard enchaîné a mis désormais sa plume dans l’appli en passant récemment à l’édition numérique parallèlement à l’édition papier et sur les réseaux sociaux. Une « révolution » pour ce journal de cent dix ans en juillet dernier, paraissant sans publicité, qui se fait aussi par le dessin de presse, « sans oublier le rire », s’esclaffe Olivier Picard.

Interview : Jean Musy - Technique : Cyril Cailliez
Ecoutez sur : https://www.radiozones.com/cdl74_olivierpicard.php

AUTRES TEMPS AUTRES MOEURSEt si le changement climatique réhabilitait le baise-main? Par temps de canicule, les bises de...
27/08/2026

AUTRES TEMPS AUTRES MOEURS
Et si le changement climatique réhabilitait le baise-main? Par temps de canicule, les bises deviennent vite embarrassantes
Ce qui se concevait comme une marque de soumission hier ne deviendrait-il pas une manifestation de sympathie ou de d’affection plus adaptée aujourd’hui par les chaleurs montantes ? O tempora, o mores ! Autres temps autres mœurs ! pour actualiser la citation de Cicéron.
De retour d’un bref séjour dans la jungle nord-vietnamienne avec ma fille, ou si vous préférez dans le foisonnement de la végétation tropicale où se cachent de rares panthères et singes connus des seuls minorités autochtones de la région, nous avons rencontré une jeune routarde française - oui, il en existe encore beaucoup, l’espèce n’a pas disparue. Au moment des adieux quelques kilomètres plus loin, dans la brutalité de la séparation des transports et la moiteur forte de cette fin de journée, après une très sympathique conversation, particulièrement sincère et touchante de sa part, je la salue tout en dégoulinant de mon mieux et lui fais un baise-main.
Tempête de ma fille aussitôt arrivés tous deux à destination. L’acte est inadmissible pour la jeunesse d’aujourd’hui. Il comporte des connotations patriarcales et de séduction indigne de moi… Il ne manquait plus qu’à s’amender avec la police juvénile des mœurs. La courte averse émotionnelle tropicale passée, nous avons parlé et remis le geste dans sa dimension contemporaine.
Le baise-main a bien été au Moyen Âge un acte de soumission et de vassalité à son seigneur. Il subsiste encore aujourd’hui dans l’Église catholique avec le ba**er de l’anneau de l’évêque. Marque de galanterie depuis le XVIème siècle dans le milieu de la noblesse, il reste un hommage codifié. On effleure sans la ba**er, la main tendue de la dame. Il se popularise dans la bourgeoisie au XIXème. On y trouve ses variantes nationales, « à la française » ou « à la polonaise ». Les Berbères et plusieurs cultures asiatiques le pratiquent encore au niveau familial.
Ce qui n’est pas dit dans les manuels et qui nous rapproche d’aujourd’hui, c’est le contexte corporel des toilettes des nobles dames et autres beaux messieurs de la noblesse d’antan : perruques montées, fard et poudre à foison au visage, hygiène corporel douteuse, habit corseté, bref l’approche de la belle et du galant ne respirait pas l’odeur de santé comme imaginé aujourd’hui. Une distance respectable arrangeait tout le monde, tout en gardant le signe d’attention que le rang, voire l’émotion pouvait susciter.
Si les marques de pouvoir ou de contraintes sont vivement surveillées dans la société globalisée portée par les réseaux sociaux, il n’en demeure pas moins que tout change et se transforme aussi. Les influenceurs nous aiment avec la peau toujours lisse et plus parfumée que jamais, à tour de bit. La sexualisation des corps bat son plein, mais l’égo sue de solitude et la mièvrerie nourrit les écrans et les cœurs. Tandis que le climat chauffe la terre et nous fait bouillir les sens, une canicule chasse l’autre. Transpirer, transpirer, il en restera bien quelque chose ! Mais comment garder la tête froide tout en vivant nos émotions dans le vagissement électrique de la clim’ ?
Le geste de sympathie, le mot gentil qui touche, le clin d'œil complice, la main câline amicale ne sont plus en présentiel, mais digitalisée. Donne-moi ton âme, mais ne touche pas mon corps. Il est temps de rétablir des signes d’amours simples et vrais. De la famille aux ami(e)s et aux amant(e)s. Les codes amoureux ne vont pas exploser pour autant ni la dr**ue mouliner nos émotions. Un peu de tendresse simple ? Bo**el !
Jean Musy
Publié dans LeMatin.ch le samedi 4.07.2026
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HOMMAGE : Jean Ziegler sur ses " Chemins d’espérance " - « Je suis un croyant bolchévique combattant l’ordre cannibale d...
09/08/2026

HOMMAGE : Jean Ziegler sur ses " Chemins d’espérance " - « Je suis un croyant bolchévique combattant l’ordre cannibale du monde »
A écouter sur : https://www.radiozones.com/rediff_jeanziegler.php
Jean Ziegler vient de mourir à l'âge de 92 ans, mercredi 10 juin dernier. Le sociologue bernois de Russin mondialement reconnu a tiré sa révérence définitivement. Radio Zones lui rend hommage en rediffusant une interview avec lui du 31 janvier 2017, où il nous présentait son livre " Chemins d'espérance ". Radio Zones présente ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Jean Ziegler a bien connu Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dans sa jeunesse qui lui ont conseillé de franciser son prénom pour se faire un nom à Paris. Il en a gardé la leçon politique majeure des fondateurs de la Gauche prolétarienne : « Il ne faut jamais désespérer Billancourt », c’est-à-dire les ouvriers des usines automobiles qui luttaient pour leur conditions de travail.

C’est cet optimisme invétéré qui guide sans relâche ses « combats gagnés, parfois perdus, mais que nous remporterons ensemble », comme aime à le souligner le sociologue suisse désormais retiré de l’université, mais toujours sur le front aux Nations Unies, où il mène ses derniers combats depuis quinze ans.

« J’entends armer les hommes et les femmes de bonne volonté », écrit-il dans son seizième et dernier livre Chemins d’espérance (Ed. du Seuil), tout juste paru. Une œuvre « de combat », car la plume « peut aider à démasquer l’ennemi, à libérer les consciences, à semer le vent », précise-t-il. Il y raconte l’urgence de dénoncer « l’ordre cannibale du monde », qui tue par la faim, chaque seconde, des enfants sur la planète, rappelant au passage qu’il fut Rapporteur spécial des Nations Unies pour de droit à l’alimentation.

Dans cet entretien exclusif, Jean Ziegler nous raconte ici ses luttes, comment il a choisi la voie de « l’intégration subversive » au sein des institutions - l’université, le Parlement suisse et enfin l’ONU - pour mener sa mission de « bolchévique qui croit en Dieu », avec les risques de l’exercice. Aujourd’hui Jean Ziegler est membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies.

Interview Jean Musy - Réalisation technique : Cyril Cailliez
Photo : © Jean Musy (2017)
Hommage à Jean Ziegler rediffusé le 12 juin 2026
A écouter sur : https://www.radiozones.com/rediff_jeanziegler.php

LIVRE : SYLVAIN QUI RIT, REGIS QUI PLEURE, C'EST LA FÊTE A L'EDITEURRégis Debray et Sylvain Tesson s’entreplument amical...
16/05/2026

LIVRE : SYLVAIN QUI RIT, REGIS QUI PLEURE,
C'EST LA FÊTE A L'EDITEUR
Régis Debray et Sylvain Tesson s’entreplument amicalement chez Gallimard / Equateurs, sous le titre « Le grimpeur et le grognard », paru en avril dernier. Dix-sept épîtres rédigées « dans le genre correspondance de Mme de Staline », comme nous l’écrit le moraliste de l’altitude dans la dédicace personnelle qu’il nous a adressée.

Ce sont deux vrais casse-cou. Le « grognard » a passé sa jeunesse de la rue d’Ulm aux prisons boliviennes, où il s’est fait casser la gu**le et faillit être fusillé. Le « grimpeur » s’est fracassé dans l’ascension malheureuse d’un toit, dont il a la manie. Tous deux ont mûri leur « engagement » dans une convalescence aussi douloureuse que philosophique.

L’un choisit de marcher lors plutôt en solitaire, quand il ne roule pas audacieusement à vélo ou en side-car dans les grands espaces, lointains de préférence, à la façon de Rousseau : tout près de l’écritoire. L’autre, tiré de l’ombre carcérale, a fréquenté depuis les arcanes de la politique, sa « boîte à chagrins », pour s’en extraire et planer, plume en main, au-dessus du pouvoir, en drone de drame.

Du catch sur le tatami de la dialectique

Ces champions cathodiques, catégorie poids lourds, trente-deux ans de différence d’âge au compteur, catchent devant nous leurs différences sur le tatami de la dialectique. D’emblée le ton est donné : Tesson : « A vingt ans, vous vouliez attaquer le monde. Moi, le fuir. Vous, le changer. Moi, en j***r. Cela faisait de vous un militant, de moi, un aventurier ». Debray : « Vive le solitaire qui a de la compagnie. L’odeur de poudre ayant pris le large, la poudre d’escampette fait rêver, et on vous en sait gré ». Histoire contre géographie (Tesson, écrivain marcheur, est géographe de formation). Debray : « Les lendemains qui chantent ayant déchanté, nous restent les sommets pour nous enchanter ». Tesson : « Monter sur la montagne, faire la révolution, descendre, échouer. Dans les deux cas, on revient au point de départ. Le grimpeur et le révolté : conquérants de l’inutile ».

Cette correspondance stylée - merci les éditeurs - est un duel savoureux entre poids des mots et choc des egos, où les bretteurs ferraillent franchement, à fleurets littéraires mouchetés, respect oblige, dans une réflexion sur l’engagement et le sens de la vie. Véritable veillée d’armes avant la lutte finale fatale.

Jean Musy, Rédacteur en chef de Radio Zones 93.8 FM
et www.radiozones.com
Voir : https://www.radiozones.com/chronique_debraytesson.php
Photo : © éditions Gallimard 2026 - Francesca Mantovani
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RUSSIE : « NOUS SOMMES AUJOURD'HUI A UN TOURNANT DE LA LITTERATRURE RUSSE » avec Mikhaïl Chichkine, écrivain russeEcoute...
14/04/2026

RUSSIE : « NOUS SOMMES AUJOURD'HUI A UN TOURNANT DE LA LITTERATRURE RUSSE »
avec Mikhaïl Chichkine, écrivain russe
Ecoutez sur Radio Zones : https://www.radiozones.com/cdl73_mikhailchichkine.php
Pourquoi faut-il casser les statues de Pouchkine, se fonder sur Tchekhov, se soigner avec Tolstoï et se purifier les mains après la lecture de Dostoïevski, au grand dam des slavistes ? Qui a interdit Heidi en Russie ? L’écrivain russe Mikhaïl Chichkine, lauréat des trois plus grands prix littéraires russes nous en donne la clé avec Le Bateau de marbre blanc, son dernier livre (Editions Noir sur Blanc), une collection d’essais rassemblés comme une bibliothèque critique de la littérature et de la culture russe, vue sous le prisme de la guerre et de la répression qui frappe toujours son pays. Rencontre avec Radio Zones.
« Nous sommes dans une situation terrible où nous devons revoir et ré-estimer tout ce qui a été écrit en russe jusqu’à aujourd’hui », nous dit-il. La guerre a passé par là, omniprésente dans l’histoire de la Russie, récente ou non. Pour Chichkine, « nous sommes aujourd’hui à un tournant de toute la littérature russe, concentrée jusqu’alors sur son territoire et empreinte de patriotisme. Mais elle est restée dans le passé et les manuels ». Il y a désormais une fracture. « Maintenant commence l’ère d’une littérature russe en russe, avec des écrivains qui habitent partout de par le monde et qui font de la littérature en langue russe, qui appartient à la culture mondiale ».
R***e littéraire critique
Pouchkine : « Quand on détruit dans toute l’Ukraine les monuments et les statues de Pouchkine, j’estime que c’est parfaitement juste, car ces statues ont été érigées comme symboles de l’empire par l’empire russe, et cet empire doit disparaître avec tous ses symboles. Il a toujours utilisé les écrivains à ses propres fins. L’expérience de Pouchkine montre qu’en Russie, on ne peut vivre ni avec le pouvoir ni contre le lui. La vie de n’importe quel écrivain ou artiste en Russie, c’est toujours ce choix tragique : soit on chante des chants patriotiques, soit on se tait, soit on émigre ».
Tchekhov : Il est fondamental pour la future littérature, car « pour lui, le plus important n’est pas le patriotisme, mais la dignité humaine ».
Dostoïevski : « Dans Crimes et Châtiments, il prend un criminel en Sibérie, qui y découvre le Christ. Mais lequel ? Pour lui, il est évident qu’il n’y a que le Christ orthodoxe qui est authentique, pas le Christ occidental qui n’est pas vrai ». « Il a cette haine pour les catholiques et les révolutionnaires, tous des athéistes qui ne croient pas dans le vrai Christ orthodoxe. Pour lui, la Russie et les Russes sont les peuples élus qui doivent sauver l’occident ». Ainsi « il détestait aussi les Juifs pour la même raison. Si les Juifs sont le peuple élu, qui sont alors les Russes, des imposteurs ? Donc, il faut lire Dostoïevski, mais après on doit se laver les mains ».
Tolstoï : « Quand j’allais mal à l’hôpital, j’ai relu pour la dixième fois Guerre et Paix. C’était mon meilleur médicament ».
Autre curiosité révélée par Chichkine : « Dans mon enfance il n’y avait pas Heidi. J’ai découvert que la femme de Lénine, sa v***e Nadejda Kroupskaïa, responsable de la littérature enfantine en URSS, avait mis Heidi sur une liste noire, parce que la Révolution aime les orphelins, pas les enfants ».
Se taire pour survivre
Qu’est-ce qui a changé dans la société russe avec la guerre en Ukraine ? « La majorité de la population se tait et continue à mettre sa tête sur le billot, en disant le tsar sait mieux que nous. On l’explique par la peur. Cette stratégie de survie a eu lieu pendant des générations : pour survivre, on a intérêt à se taire ».
Interview : Jean Musy - Technique : Cyril Cailliez - Photo : © Igor Bitman
Rencontre à écouter sur Radio Zones (traduction simultanée : Maud Mabillard)

EDITO : ARRÊT SUR LANGAGESou l’illusion socratique de deux journalistes suissessur l’actualité américaine(Inutile ici de...
09/04/2026

EDITO : ARRÊT SUR LANGAGES
ou l’illusion socratique de deux journalistes suisses
sur l’actualité américaine
(Inutile ici de donner des noms. Il ne s’agit pas de faire le procès de quiconque, mais d’analyser le choix d’une démarche, voire de la posture)
Ils ont lancé leurs dialogues socratiques sur l’actualité américaine (élections US et arrivée de Trump II au pouvoir, guerre en Iran, etc.), fruits de leurs expériences de correspondant aux Etats-Unis pour des médias suisses. L’idée de dialo-bloguer en duo publiquement, à bâtons rompus, sur l’actualité outre-atlantique avec des points de vue quelque peu différents, pas très divergents, plutôt complémentaires, est en soi divertissante dans la forme et souvent intéressante.
Ils y apportent surtout des informations de l’intérieur, soit de la culture américaine et de ses tenants, assez peu de la contre-culture et des mouvements sociaux, sauf ce qu’on en rapporte là-bas, quand les événements les commandent. C’est aussi le fait que le public des médias pour lesquels ils publient, en général, ne sont pas l’expression du progressisme en Suisse, plutôt celui de la pensée libérale économique. Il faut informer les bourgeois avides de savoir où le monde va - intérêts commandent - mais ne pas trop les effrayer, quitte à prendre quelque liberté dans le choix des acteurs retenus.
Bien évidemment, ils sont de bonne foi. Et les voilà même courageux et parfois audacieux, car la presse européenne ne rapporte pas vraiment ce qu’est la vie américaine dans ses travers et ses banalités, voire ses brutalités, sauf quand la protestation devient insupportable face au meurtre d’état, comme récemment à Minneapolis, avec ICE.
Ils nous offrent leur état d’âme, eux, journalistes - Ah, mon cher Socrate ! Oh, mon bon Phaedon ! - une mise en scène mise au point avec style pour personnaliser le dialogue avec le lecteur, quand il ne s’agit du spectateur - ah ! la tentation de l’image, quand on a vu Hollywood ! « Le show must go on ». Le narratif devient scénario. On s’échange des émotions et des éblouissements, voire des indignations très sélectives.
LA VERITE PORTE UN NOM
On décortique la politique US avec les sources bien connues, au top des ventes ou des citations lues dans la « presse de référence » des grands journaux américains qui s’en vont un après l’autre dans le giron ultra-conservateur. L’importante est de tout dire jusqu’au coïtus journalisticus interruptus. Attention ! Ne pas franchir la ligne rouge qui pourrait nous collisionner avec un quelconque engagement, signe de perdition de la crédibilité bourgeoise. Pourtant la vérité porte un nom.
Fascisme, n**isme, dictature, les définitions sont claires et documentées. Qu’il s’agisse de les appliquer aux Etats-Unis et particulièrement à la clique de dirigeants en poste, pour certains, élus, n’empêche pas de nommer comme il convient leurs actions, leurs modes de pensée et d’expression.
Leur trouver une rationalité, une idéologie est devenue une mode intellectuelle en Europe. Des chercheurs s’en emparent, prenant parfois les idéologues du trumpisme pour des penseurs, là où il n’y a souvent que des imposteurs. C’est qu’un dirigeant, qui plus est d’une grande puissance, ne peut être qu’intelligent et rationnel. Ce qu’il dit, sous-tend, devient discours à décrypter, y compris ses actes et décisions. Tout ce qui s’exprime de lui se révèle un mystère à déchiffrer. Sa part monstrueuse devient ainsi plus atténuée et fréquentable. Surtout quand les décideurs du monde entier doivent le rencontrer, discuter, voire négocier avec lui. On est entre « grands ».
La parole du diable devient légitime et les calculs d’intérêts stratégie. Le choeur des anges chantent l’enfer. Les diablotins sont des lutins ludiques au langage impudique, où toute critique est vouée aux gémonies, le racisme et l’outrance familières. On ne trouble pas l’ordre du monde pour cela.
Reste qu’à un moment le tapis rouge est tâché par le sang versé toléré. Quelques gouttes sont vite enlevées, mais lorsque l’auréole grandit, on ne la cache plus. Maintenant la guerre est là. On marche désormais dans l’hémoglobine comme sur un passage obligé. Le sang colle aux talons et l’on en devient complice. Foin des chaussures vernies, voilà la boue rouge de la vérité qui vous scotche aux pieds.
C’est ainsi qu’est « monté » le n**isme, comme le fascisme, très « démocratiquement ». Jusqu’au point de non retour. C’est-à-dire sitôt toute opposition tue, voire définitivement éliminée. Les peuples ne sont pas innocents. En février dernier, les Archives nationales américaines ont mis en ligne la liste des 8,5 millions d’encartés du parti n**i (NSDAP) sur 69,3 millions d’habitants (chiffres de 1937). Le procès des médecins n**is de Nuremberg a révélé que la moitié au moins des membres de la profession avait adhéré au parti d’Hitler. Il y a des votes qui engagent et des responsabilités collectives qu’on n’efface pas.
LA VERITE FORGE LES RESISTANCES
Que dire des massacres annoncés par Trump en Iran sur les objectifs civils au prétexte d’« à la guerre comme à la guerre » ? Là, notre duo de plume devient émotionnel et tout remué. Finies les analyses, voici le temps de l’émotion : « Je dois prendre du recul », « Je me mets au vert ». Le « conducator » américain devient un objet non analysable, mais épithétique. Cette fois-ci le show consiste à se montrer, faute de démontrer.
La vérité forge les résistances. Les journalistes ont le devoir de la dire par métier. Louvoyer sur les événements, tourner autour du sujet sans trop le définir, l’apprivoiser par l’étude qui ne va jamais qu’au bout de l’analyse, ne pas nommer tyran un autocrate, ni dictateur un névropathe, même de la télé-réalité, conduit inexorablement à l’anesthésie critique. A l’acquiescement tacite de toutes les horreurs à venir, comme un jeu d’images qui se succèdent les unes aux autres, désensibilisées de la conscience humaine et de nos responsabilités citoyennes.
Jean Musy

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