18/10/2026
POLITIQUE SUISSE : LA DEMOCRATIE DES INTERÊTS
La politique suisse affiche une remarquable stabilité depuis des décennies. Les experts nous le rappellent à chaque élection fédérale: 60% à droite, 40% à gauche. Bref, le « changement » se résume à une écume de quelques pour cent, qui ne fait bouger qu’une poignée de sièges.
Pourquoi cette immobilité? Parce que les revendications politiques se limitent trop souvent à choisir entre la poire et le fromage. Rarement les deux. Chaque parti cultive son pré carré, défend ses intérêts et ses clientèles, sans véritablement proposer un programme politique d’ensemble.
L’objectif n’est donc pas tant de conquérir le pouvoir que de conserver ses sièges. Il faut dire que la structure de notre système électoral rend les grandes conquêtes difficiles.
L’UDC en sait quelque chose: elle participe au gouvernement, obtient un siège, parfois deux dans les années fastes, mais peut difficilement espérer davantage.
Résultat: les campagnes électorales s’adressent avant tout aux fidèles du parti et à ceux qui partagent déjà ses convictions. Les autres? Chacun prêche pour sa paroisse, avec l’espoir de retrouver son siège. Plus rarement d’en conquérir un nouveau.
On pourra toujours disserter sur les nouveaux modes de communication, les stratégies de mobilisation ou le rôle des influenceurs. Rien n’y fait : la classe politique connaît ses intérêts et les verrouille solidement. Inutile d’aller trop glaner chez les voisins. Il faut d’abord garder ses chèvres et son blé.
Le Centre ? Un ventre mou qui respire par où ses ailes expirent. Difficile d’y nouer des alliances sans perdre la confiance des uns ou des autres. La droite dure exulte, exhibe ses sbires, mais se dégonfle devant les urnes. La gauche social-démocrate, elle, se montre prête à tous les compromis, pourvu qu’ils soient rosés. Santé !
L’extrême gauche reste un fantôme sur la scène nationale. Les Vert’libéraux peinent à trouver leur place. Quant aux Verts, ils fleurissent leur politique à coups d’initiatives, mais le bouquet finit presque toujours à la poubelle. Le parti conservateur, lui, se veut libéral avec les banques et les affaires, mais radical avec les travailleurs et les fonctionnaires.
De ce grand « melting-pot » émerge tout de même un bénéfice : le débat public qui accompagne ces « moments politiques ». Certains y voient la grande vertu de notre démocratie. Sauf que les dés sont pipés.
Car derrière les discours, les programmes et les belles professions de foi se cachent aussi des intérêts bien concrets. Qui connaît réellement l’ensemble des liens d’intérêts de nos chers élus au Parlement? Qui prend la peine de les rendre pleinement accessibles et transparents ?
On découvrirait peut-être quelques conflits… d’intérêts, par exemple avec les caisses d’assurance maladie ou les industries d’armement, où certains siègent pour y défendre d’autres profits que ceux de leurs cher(e)s administré(e)s. La transparence est à ce prix.
Jean Musy, Rédacteur en chef de Radio Zones 93,8 FM
et www.radiozones.com
Publié dans LeMatin.ch, le 17.10.26
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Photo Le Conseil National© Services du Parlement / Rob Lewis