26/08/2026
LE CABINET DE MUSIQUE #2
🪈 Parler des instruments de musique en usage dans cette longue période qu'est le Moyen-Age est un exercice périlleux. En mille ans, la musique et les instruments ont « évolués ». Ils sont les héritiers de l'Antiquité et les aïeux des périodes qui ont succédé (Renaissance...). 🎵
Dans les textes, parfois obscures, certains instruments peuvent avoir plusieurs dénominations et à l'inverse, un même nom peut qualifier plusieurs instruments. 📜 Les sources iconographiques sont parfois trompeuses, selon les talents de l'artiste et l'époque. Les sources archéologiques sont peu nombreuses et rares sont les instruments retrouvés entiers.
Heureusement des historiens, musicologues, organologues, archéologues et luthiers ont tenté de relever le défi. 💪
📖 Dans le « Roman de Brut de Wace » (vers 1155), le récit de la cérémonie du couronnement d’Arthur nous livre l'une des premières listes d'instruments dans la littérature médiévale :
Mult out a la curt jugleürs
Chanteürs, estrumenteürs ;
Mult peüssiez oïr chançuns,
Rotruenges e novels suns,
Vïeleüres, lais de notes,
Lais de vïeles, lais de rotes,
Lais de harpes, lais de FRESTELS,
Lires, tympes e chalemels,
Symphonies, psalteriuns,
Monacordes, timbes, coruns.
Parmi cette liste, l'instrument le plus simple est le « frestel », plus connu aujourd'hui sous le nom de « flûte de Pan ». Un tube, une note ! 🎶
La Grèce est le berceau mythologique des flûtes de Pan européennes : la « syrinx ». Dans l’Empire romain, l’importance de cet instrument dans les pratiques musicales est attestée par les sources archéologiques et littéraires. 📜 Notamment dans les milieux pastoraux et, semble-t-il aussi, parmi les soldats.
L'auteur Tibulle (Élégies II, 5) le décrit « fistula cui semper decrescit harundo » : « la flûte dont le roseau va toujours diminuant ». ↘️ Tout est dit...
Plusieurs cannes de roseaux sont assemblées par des ligatures. L'iconographie romaine offre de nombreuses représentations de cette flûte de Pan « polycalames ».
⛏ Les fouilles archéologiques (notamment à Alésia) ont révélé un autre type de structure plus solide : une plaque de bois dur forée de plusieurs trous de différentes longueurs.
Toutefois, aucune illustration romaine n'évoque ce type « monoxyle ». L'hypothèse étant que, originaire du « Nord » de l’Europe, il était inconnu des Romains urbains du sud.
Appelé « frestel » au Moyen-Age, cet instrument est fréquemment représenté dans l'iconographie des XIe-XIIe siècles, notamment dans les scènes à caractère pastoral (Adoration des bergers 🐏) et parmi les musiciens du roi David.
On y voit des représentations « à l'antique » polycalame, mais aussi des flûtes monoxyles.
Trois artefacts médiévaux de cet instrument sont connus à ce jour. Deux sont en céramique glaçurée (Arnhem-Velp, Pays-Bas, 11 tuyaux, IXe s. ; Gescher, Allemagne, 5 tuyaux, XIIIe s.).
Le troisième, en bois, provient des fouilles urbaines d'York, dans le niveau viking (Xe s.).
A la Renaissance, le frestel est principalement représenté dans l'art à travers le mythe antique du dieu Pan et de Syrinx. Il y symbolise la vie pastorale. 🐑
De nos jours, certaines traditions musicales font encore appel à cet instrument. En Provence il se nomme le "Fresteu", en Italie du nord "Firlinfeu", dans les Pyrénées "Fioulet", en Roumanie "Naï".
Pour la plupart de ces instruments, leur constitution est inchangée depuis l'époque médiévale, ce qui nous autorise, dans une certaine mesure, à les utiliser. 😁
Gonzague