17/08/2026
Pierre Faucher, à l’origine de la recherche historique à Ergué-Gabéric
Les membres de l’association Arkae, qui œuvre pour valoriser le patrimoine et l’histoire d’Ergué-Gabéric, saluent la mémoire de Pierre Faucher, membre actif depuis le début de l’association en 1990 et surtout initiateur de la commission extra-municipale de recherches historiques, créée un an après son élection comme maire d’Ergué-Gabéric en 1977.
Le constat était simple à l’époque : nous ne connaissions de notre commune que la monographie des chanoines Peyron et Abgrall publiée en 1909. Pierre souhaitait qu’on renouvelle cette vision très axée sur les monuments religieux et les manoirs pour explorer les différentes facettes de l’histoire locale. Il était ainsi en phase avec l’abbé Jean-Louis Morvan, recteur d'Ergué, qui bataillait ferme à l’époque pour que le retable de Kerdevot, vandalisé en 1972, retrouve sa place dans la chapelle. Ce sera fait le 19 avril 1979, après trois ans de restauration. Mais la commission extra-municipale prend en main quelques dossiers hautement symboliques : créer un blason historique pour la commune puis rénover l’orgue Dallam pour ses 300 ans en 1980. L’initiative de Pierre Faucher donne rapidement des fruits, puisque le retour du retable, les 300 ans de l’orgue de Saint-Guinal et le blason communal sont des réalités fin 1980.
Mais le travail de fond continue. Citons quelques noms : des élus comme Armand Le Borgn, Betty Rannou, mais aussi Jean-Louis Morvan, Raymond Hardy (le secrétaire de mairie), Jean Gueguen et Jean Cognard défrichent l’histoire de la papeterie. Nous étions très motivés et les découvertes ne manquèrent pas à l’époque, comme le reflète le bulletin municipal qui devient périodique et qui accueille nombre de témoignages d’habitants sur leur propre vie ou sur la vie de leurs quartiers.
Car Ergué-Gabéric bouge beaucoup à cette époque : l’échangeur de la voie expresse booste les constructions à l’ouest de la commune, les papeteries sont reprises par Vincent Bolloré en 1983, les zones artisanales et industrielles se multiplient, le nombre d’habitants croit exponentiellement. Raison de plus pour ancrer Ergué dans ses racines industrielles et paysannes. Les découvertes de la commission sont nombreuses : les archives du recteur Dumoulin exilé à Prague pendant la Révolution, le recensement de 1790, le projet de déplacement du bourg au centre de la commune,
les Gabéricois dans les guerres et les mémoires manuscrites de Jean-Marie Déguignet.
Rapidement le statut de commission extra-municipale apparaît comme peu adapté, car il oblige à passer par des contraintes administratives pour toute action publique. Deux livres voient le jour, et surtout un évènement qui portera la connaissance du patrimoine a tous les habitants : les Journées culturelles « Treuz an Erge Vras » (À travers Ergué-Gabéric) qui se déroulent en 1981. Le film documentaire sur Marjan Mao, ouvrière d’usine à la papeterie et chanteuse traditionnelle, sera présenté devant 600 personnes. En 1983, Pierre, qui a la douleur de perdre sa femme, ne se représente pas.
La commission extra-municipale laisse la place à une association « Kerdevot 89 », qui vise à fêter le cinquième centenaire de la chapelle de Kerdevot. Réélu en 1989, Pierre Faucher soutiendra les dix évènements prévus cette année-là et verra avec satisfaction une foule de 10 000 personnes assister au pardon. Il soutiendra le projet de vitraux contemporains que le succès de Kerdevot 89 permis de réaliser dans les années 1990, où il fallut batailler ferme avec les Monuments historiques pour faire accepter le projet. Mais Pierre savait défendre les intérêts de sa commune. Il était devenu conseiller général, premier vice-président de l’instance départementale et suppléant du député Bernard Poignant.
Dès 1990, l’association Arkae (nom primitif d’Ergué) se crée avec Raymond Lozac’h. La municipalité octroie un local à l’association qui, forte du succès de l’édition des Mémoires d’un paysan bas-breton, crée deux postes d’emploi jeune. Ce sera le début de l’aventure éditoriale d’Arkae, puisque trente ouvrages sont aujourd’hui au catalogue de l’association.
Pierre Faucher, tourne la page de la politique au début du siècle et participe à l’aventure d’Arkae. Il signe deux ouvrages : Balades et patrimoine à Ergué-Gabéric (2010), où il raconte sa découverte de la richesse des quartiers de la commune, puis Au fil de l’eau : rivières, ruisseaux et moulins (2013).
On aurait aimé fêter ensemble les cinquante ans de cette commission extra-municipale de 1978, où il fit œuvre visionnaire, car une commune qui ne cultive pas ses racines disparaît tôt ou t**d. Ergué-Gabéric avait besoin de valoriser son passé riche et original pour rester forte face aux appétits quimpérois, ce qui n’empêche pas de cultiver de très bons rapports avec la capitale de la Cornouaille et du pays glazik. Merci, Pierre, pour tout le travail fait pour valoriser le patrimoine et l’histoire d’Ergué-Gabéric.
Photo : lors d'une réunion de bureau d'Arkae en 2009 : Georges Le Nerrant (trésorier), François Ac'h (président) et Pierre Faucher (membre du bureau).