17/06/2026
BOLIVIE : "L’ENTRÉE EN RÉVOLUTION"
Hier 16 juin, au 47e jour du soulèvement populaire, le cabildo (AG de démocratie directe) de El Alto, la ville ouvrière de 800 000 habitants, haut lieu des luttes boliviennes, et aussi banlieue ouvrière de La Paz, qui s'est tenu pour palier à la trahison du mouvement par la direction de la COB, principale centrale syndicale ouvrière de Bolivie, a voulu montrer sa représentativité nationale par l'union des collectifs auto-organisées, des communautés autochtones, des syndicats de la Fédération des transports, de la Fédération Tupac Katari (travailleurs et paysans) de la province de Camacho (département de La Paz), de la Fejuve ( fédération des conseils de quartier), de la CTSUCB (travailleurs paysans), de la Fédération Bartolina Sisa (femmes liées à la COB).
Ce cabildo d'El Alto remplaçant la COB a la direction du mouvement, a donc confirmé la continuité des blocus et des protestations appelant à les renforcer jusqu'à la chute du président Rodrigo Paz tout en affirmant que cette assemblée marquait la fin de la première étape de leur mouvement de "pression" sur le gouvernement pour ouvrir une deuxième étape, l'entrée dans une « révolution » (ce sont leurs mots) avec l'évocation d'un éventuel ultimatum au gouvernement et d'autres mesures radicales.
A ce cabildo, plusieurs représentants de l'Etat et personnalités politiques ont été déclarées "personna non grata" dans les zones contrôlées par les bloqueurs. Il a été aussi décidé que des routes secondaires qui servent à l'approvisionnement de La Paz seraient elles-aussi bloquées, ce qui commencé ce 17 juin avec les "Ponchos rojos" (milice ouvriers/paysans indigène Aymara estimée à 100 000 hommes du temps d'Evo Morales) qui ont commencé à le mettre en application. En même temps, évolution notoire qui donne la tendance générale, le cabildo a appelé à mettre en place des organismes d'auto-défense, face à la menace d'état de siège du pouvoir, bref l'embryon de l'armement du peuple (ce qui est une longue tradition en Bolivie de la révolution de 1952 à celle de l'eau en 2 000).
Pour le moment, bien que les organisateurs de ce cabildo tiennent à montrer l'unité ouvriers, paysans et indigènes, par delà les divisions qui les ont parfois opposées dans le passé et contre le jeu du gouvernement appuyé par la direction de la COB pour diviser indigènes et ouvriers, il parle encore par plusieurs voix de nature plus ou moins radicales, mais toutefois donne une orientation commune générale pour aller jusqu'à la chute du gouvernement, qui montre la tendance à la radicalisation en cours et la prise de contrôle du mouvement par les collectifs auto-organisés se rapprochant de l'expérience de "l'Assemblée populaire" de 1971, baptisée parfois "premier soviet d'Amérique du sud", et qui, surtout dans un premier temps, évite la division sur la base des cicatrices du passé entre ouvriers et autochtones.
De son côté, la direction de la COB qui marche maintenant ouvertement avec Rodrigo Paz, vient d'annoncer avec le soutien d'une fédération départementale de Tupac Katari et d'une autre de Bartolina Sisa, l'ouverture de négociations avec le gouvernement, contre tout ce qu'exprime le mouvement depuis le début qui veut lui sa chute, faute de quoi, roulement de tambour, "vous allez voir ce que vous allez voir" dixit la COB. Bien que dans le projet de discussion de la direction de la COB, il y ait des points centraux des revendications populaires, il est impossible pour le gouvernement de les satisfaire sans s'en prendre ouvertement aux capitalistes, à l'extrême-droite, aux grands propriétaires bref à tout le système. Il s'agit là d'une répétition du scénario de janvier 2026 où la direction de la COB avait déjà lancé cette bouée de sauvetage au gouvernement pour faire cesser la première vague du mouvement et où le gouvernement avait tout promis pour ne rien tenir.
Mais aujourd'hui, les travailleurs, paysans et indigènes sont instruits de ce scénario de trahison de janvier, et même avec l'appui d'une presse corrompue qui met en avant ce prétendu dialogue, ça ne marche pas parce que tout le monde a compris que derrière ce "dialogue", l'extrême-droite attend les premiers fléchissements du mouvement pour exiger l'état de siège et la répression la plus brutale. Pour le moment, la direction de la COB met tout son poids pour jeter de la confusion dans la situation en faisant croire qu'il pourrait sortir quelque chose de bon des négociations et qu'une fraction de la population espère ça, afin d'empêcher que ne se voit largement la tendance à la montée radicale du mouvement vers la "révolution". Elle ne fera qu’accélérer un peu plus son discrédit.