16/06/2026
Il y a moins de deux ans, aimer quelqu’un du même sexe à Maurice pouvait valoir cinq ans de prison.
Pas parce que c’était une loi mauricienne. Pas parce que ça reflétait une tradition locale, une valeur héritée des ancêtres, un consensus culturel. Mais parce qu’en 1838, l’administration coloniale britannique avait imposé son code pénal à l’île — et que ce code, on l’avait gardé tel quel, longtemps après l’indépendance, longtemps après que l’Angleterre elle-même l’avait abrogé chez elle, en 1967.
Ce paradoxe mérite qu’on s’y arrête. Parce qu’il dit quelque chose d’important sur la façon dont le colonialisme continue d’agir — non pas seulement dans les livres d’histoire, mais dans les lois, dans les mentalités, dans ce qu’on considère comme « normal » ou « contraire à notre culture ».
Ce carousel, Siloy l’a construit pour poser une question simple :
Et si l’homophobie, ici, n’était pas une tradition — mais précisément le contraire d’une tradition ?
Les anthropologues Stephen Murray et Will Roscoe ont documenté au moins 21 formes culturelles de couples de même sexe dans des sociétés africaines précoloniales. La diversité des désirs n’est pas une invention occidentale. Ce qui est une importation coloniale, c’est sa criminalisation. La Cour Suprême de Maurice l’a d’ailleurs reconnu noir sur blanc, dans son arrêt du 4 octobre 2023 : la Section 250 « n’a pas été introduite à Maurice pour refléter des valeurs mauriciennes ».
Ce jour-là, deux hommes — Ryan Ah Seek, soutenu par le Collectif Arc-en-Ciel et le Human Dignity Trust — ont obtenu que cette loi soit déclarée inconstitutionnelle. Ils n’ont pas changé les mentalités d’un coup. Mais ils ont refermé un chapitre colonial ouvert depuis 185 ans.
Dans ce carousel, on traverse aussi l’Océan Indien au sens large. Les Seychelles, pionnières en 2016. La Réunion, département français où le cadre légal existe mais où la communauté q***r reste peu visible. Les Maldives, où l’homosexualité est toujours criminalisée. Des réalités très différentes, une même mer, des luttes qui se rejoignent parfois sans se connaître.
On parle aussi de résistance — non pas comme un mot abstrait, mais comme un ensemble de gestes concrets : une association fondée par quatre personnes en 2005, un espace de parole ouvert à des familles perdues, un drag mauricien qui monte sur scène et revendique sa place. La liberté légale ne suffit pas. Elle a besoin d’être habitée, portée, vécue.
Ce contenu n’est ni un manifeste, ni un jugement. C’est une invitation à regarder notre histoire avec honnêteté — et à faire de la place, dans nos conversations, à des vies qui méritent d’être vues.
Comptes à suivre & soutenir :
Collectif Arc-En-Ciel — Collectif Arc-en-Ciel, Maurice
Young Q***r Alliance — Young Q***r Alliance, Maurice
OUT Moris — Out Moris, Maurice
Association TIMIZÉ 🇷🇪 🏳️🌈 🏳️⚧️ — Timizé, La Réunion
Pink Islands Collective — diaspora mauricienne q***r, UK
NOU DIFERANS
***rOceanindien