14/09/2017
Le tango, oui, oui, oui !!!
Le tango qui fait valser langoureux ou tanguer souriant sur les rythmes endiablés d’une milonga syncopée. Le tango qui fait rêver tous ces néophytes avec cette même question : depuis combien de temps vous dansez ? Qui veut dire combien de temps nous faudra-t-il pour atteindre ce niveau ?
Rassurez-vous messieurs dames la question disparait au bout de deux ou trois ans. Mais deux ou trois ans comment ?
Deux ou trois ans comme des fous, à user vos chaussures sur les pistes ? A tourner en rond vos vies et vos idées, ensorcelés dans la danse, comme des fous, passionnés, endiablés, prêts à tomber de sommeil au boulot en journée, tellement vous aurez dansé la veille, prêt aussi parfois à tout lâcher pour embrasser cette danse dans un métier ?
C’est qui ces gens qui acceptent qu’on danse en eux, qui dansent en d’autres, ces femmes dans l’abandon à reculons, que l’on suspend ?
C’est quoi un tanguero ? C’est quoi une tanguera ? Non, pas le danseur du dimanche, celui qui furète ça et là, ni ceux qui un temps l’ont été et qui sont désormais retirés, retraités. Retraités, c’est lorsqu’on a usé les chaussures sur les parquets et qu’un jour, on a pensé autrement.
Mais le tanguero, est-ce celui qui a peur que le reste de la vie ne lui mange son temps de danse ? Celui qui fait ses condoléances aux futurs parents de peur que leurs priorités ne changent ? Le tanguero, n’est-ce pas celui qui a besoin d’être au fait des potins, dans le « in » de la vague du qui danse avec qui ? Le tanguero ? N’est-ce pas celui qui regarde les couples se faire et se défaire, les complicités naître et fondre dans le rien ?
Peut-être.
Et la sensation ? Le retournement, le déchirement ou simplement la quête d’un dépassement de soi ? N’est-ce pas quelqu’un en quête verticale de la pensée, sans pencher ? En quête de sens ? Comment s’ancrer dans l’ici et maintenant ? Comment se sentir vivant ? Comment vibrer comme cristal ? Comment prendre, enlacer, se serrer, communiquer, comment réagir attentionné, comment paraître, être admiré, exister ou devenir héros et partir à jamais en dansant dans un immense éclat de rire ? Comment gérer les codes comme dans toutes sociétés ? Comment donner de l’importance au temps ? Est-ce celui qui creuse la plainte à l’infini ?
Aussi.
Le tanguero est un compas dans l’autre qui trace des cercles de vie et pour qui l’autre peut devenir un simple faire-valoir. Un danseur solitaire ? Certains sont miroirs, des miroirs à autre pour se bercer d’illusion.
Le tanguero sait ce qu’est le tango à la perfection mais il est rarement d’accord avec son voisin tanguero. S’ils se rencontrent par hasard en dehors du tango, le signe d’appartenance les rattrape et ils sont si heureux de pouvoir s’en parler, que toute leur journée en est illuminée, même si en bal ils ne se saluent jamais.
Le tanguero c’est, si vous vous arrêtez et revenez après bien des années, celui qui est toujours là, qui est encore là et qui n’a pas changé, à part cette petite ride là…
L’homme tanguero c’est celui qui a tenu tellement de femmes dans ses bras qu’il n’en connait plus le nom ni la trace, à part peut-être, l’absence ?
L’homme tanguero c’est celui qui regrette la perte en boucle et en boucle dans des chansons plaintives qui crissent des sons comme des aiguilles d’horloge sur les parquets cirés. Le tanguero a la puissance de l’infini puisqu’il est interchangeable.
Et la femme ? Que vient-elle chercher là ? Les bras, la tendresse et tout ça ? L’abandon ? L’endroit du plaisir ? Retourner à ce que la société moderne pille aux femmes trop habituées à prendre leur vie à bras le corps : lâcher prise pour être à l’endroit du souffle ? Elle est brin d’herbe que l’on fait sonner entre les lèvres, elle est souple, elle est tonique, elle est roseau, elle est la mélodie de l’espace dans les bras du vent ?
Et que le temps s’arrête.
Elle tend sa jambe en arrière sachant toujours à quel moment exact il faut plier ou tendre, c’est celle qui s’exhibe, qui est la fleur du bal, qui est la fleur du mal. C’est celle que l’on regarde. La tanguera c’est celle assise avec le dos bien droit. C’est celle qui a le regard dur tellement elle en a passé et elle en passera. Elle porte par avance toutes les blessures d’une vie. La tanguera qui sourit ou qui ne sourit surtout pas. La tanguera immuable dans sa belle robe, ses cheveux ramassés, ses cils bien lissés un peu bas. C’est celle qui fuit les regards quand elle ne veut pas.
Mea culpa.
Le tanguero, la tanguera, c’est quoi qui les rattrape ? Une simple passion ? Comment une passion peut-elle être simple puisque son propre est la complication ? Comment enchevêtrer des jambes comme si de rien, quand c’est l’impulsion de nos vies qui se jouent ?
Alors j’ai encore une question, le tango c’est quoi ?