15/10/2026
Dans un reportage consacré à une éleveuse de chèvres, on nous explique à quel point elle aime ses chèvres si intelligentes, qu’elle les respecte, prend soin d’elles et se soucie de leur bien-être.
Puis, au détour d’une phrase :
« Les mâles sont écartés. »
Écartés.
C’est un euphémisme bien pratique.
Dans un élevage de chèvres pour le lait, les femelles sont fécondées parce qu’il faut qu’elles aient un bébé pour produire du lait. Des petits naissent donc chaque année.
Mais les mâles ne produisent pas de lait.
Une grande partie d’entre eux n’a donc aucune utilité pour la production. Ils sont « écartés ».
Bibouc était l’un de ces mâles.
Et « écarté », dans son cas, ça a fini sur le bord d’une route, accidenté, avec une patte gravement fracturée.
Ce qui nous frappe avec Bibouc, c’est le décalage entre les mots et la réalité.
On parle désormais beaucoup d’animaux « heureux », d’éleveurs qui « aiment leurs animaux », de « bien-être », de « respect », de « relation avec l’animal ».
On n’achète plus un animal, on « adopte ».
On ne vend plus un animal, on lui « trouve une famille ».
Et les animaux qui ne correspondent pas aux besoins de la production ne sont plus tués : ils sont « écartés » ou “réformés”.
Les mots ne sont pas anodins. Ils permettent de raconter une histoire dans laquelle l’animal semble être au centre, alors que la question fondamentale reste la même :
Que devient l’animal lorsqu’il ne produit plus ce pour quoi il a été sélectionné ?
À L’Autre Ferme, personne n’a à être utile pour avoir le droit de vivre.