28/03/2024
Tu auras vécu une grande part de ta vie à attendre, attendre ton tour à toi aussi. Des départs, des adieux, des à plus t**d, des amours de ta vie aux amis perdus, des pas pressés d’une réunion matinale au caddie de course. Tu auras connu les boîtes de conserve, les gares et leur architecture disparate, le souffle dispersé du vent de chez toi et la mer, la mer, toujours recommencée, que tu avais promis de beaucoup aimer. Tu auras regardé « Des chiffres et des lettres » et te seras endormi en lisant « La Gloire de mon père ». Tu auras payé ta baguette 1€10 toute ta vie et te seras étonné de ne pas en avoir trouvé 20h passées.
Ce matin tu auras ouvert ta boîte mail sans mail, lu ton journal papier titrant « Grandes marrées » « Grèves » « Inauguration du nouveau parc truc machin ». Ce matin encore ce monde t’inquiète, demain tu l’auras quitté. Tu auras pleuré à plein d’enterrements, ri à des dizaines de mariages, serré des milliers de mains, cuisiné un demi-million d’omelettes et cru en une seule chose ; la paix.
Tu auras aimé la trivialité des choses, le vin rouge couleur foncée du dîner, le gros sel posé sur la table, les cagettes de légumes de l’armoire du garage, les philharmonies de Bach et celles de ta Ford Fiesta 2010. Tu n’auras jamais rien regretté, tu auras dansé sous le soleil et conduit sous la pluie. Tu y auras toujours cru, toi, à la vie, et tu ne lui en as jamais voulu. Tu auras soupé seul des années, regardé tous les Tours de France et préparé l’apéro Wh**ky Pistaches pour les invités.
Tu auras dit au revoir à ton papa Résistant un soir à six ans, cette lueur n’aura jamais quitté tes yeux bleus. Tu auras aimé tout le monde ou presque. Tu auras adopté quatre petits-enfants et tu me diras plus t**d « en l’humain, toujours croire ».
Tu seras mort, j’y croirai encore. Tu auras connu le Grand ciel d’étoiles et tu m’as dit qu’il y avait une place pour toi. Tu auras allumé cette petite lumière en moi avant d’éteindre la tienne. Tu seras cette troisième étoile. Tu te seras envolé loin, très loin. Si loin, que je t’écris ce mot que tu ne liras jamais, et que je te promets de toujours t’aimer même si tu ne le sauras jamais.
Merci pour tout, Papi 🤍