16/12/2021
Images d’un jour - Mercredi 1-09-2021
Survol des glaciers de la face nord du Mont Blanc depuis le Tacul 1.2.
Depuis deux mois le survol d’une bonne partie du Massif du Mont Blanc coté Français est interdit aux parapentes. Il en va ainsi tous les mois de juillet aout pour tous les PUL, Planeurs Ultra légers, depuis l’arrêté ministériel du 13 octobre 2008 portant création d’une zone réglementée identifié LF-R-30. Il s’agissait, s’agirait de faciliter le travail des secours du PGHM pendant la période estivale.
Jusqu’à cette année(2021) les vols touristiques motorisés avaient une complète liberté d’utilisation, d’exploitation commerciale, de cet espace dont l’accès à plusieurs altisurfaces pour se poser et décoller au grand dam de tous les autres utilisateurs, alpinistes, randonneurs ou simples visiteurs du massif. Il est rare sauf par très mauvais temps de pouvoir apprécier le silence de la montagne tant dans la vallée de Chamonix et ses sentiers que sur les glaciers, faces rocheuses ou sommets tellement la fréquentation d’avions et d’hélicoptères qui s’y promènent est élevée. La fermeture des remontées mécaniques liée à la gestion de la pandémie de Covid aurait entrainé une augmentation conséquente de ces survols touristiques et une réactions de divers acteurs locaux.
Depuis le 12 mai 2021 un nouvel arrêté restreint temporairement l’altitude minimale de ces survols motorisés. La ZRT 30 C (Zone de restriction temporaire) interdit tout survol motorisé des reliefs en dessous de 1000 pieds soit environ 300m et interdit les atterrissages et décollages des altisurfaces pendant “la période d’ouverture des refuges” (1 juin au 15 octobre).
Il n’aurait été alloué aucun moyen supplémentaire de contrôle ce qui aurait rendue l’exercice caduque. De plus cette interdiction de survol en dessous de 1000 pied sol, soit 300m n’interdit en rien à un aéronef de longer à proximité une face ou paroi raide voir verticale de plus de 300 m comme les Drus, les Grandes Jorasses, la Verte, les Droites, Le grand Capucin, la Dent du Géant etc….
Les drones étant eux aussi interdits dans le massif, c’est en mode piéton que je documente l’évolution estivale et la fonte rapide des glaciers du massif du Mont Blanc en attendant le 1 septembre 2021.
Dans la vallée de Chamonix le Glacier des Grands Montets et le bassin du glacier du Tour échappent encore aux différentes réglementations tant pour les PUL que les aéronefs motorisés qui disposent d’une altisurface sur le glacier du tour.
L’été dernier (Aout 2020) un accident m’avait privé de parapente pendant deux mois repoussant mon 1er survol photographique au 17 octobre.
Cet été plutôt pourrit, a beaucoup limité les vols en parapente dans les zones autorisées du massif. Mais les prévisions météo nous annoncent un retour de l’anticyclone, un créneau de beau temps avec des vents faibles, de bonne conditions de regel de nuit et donc de bonnes possibilités de décollages en altitude et de survol ensoleillés pour la première semaine de septembre.
De retour d’une trop brève escapade salutaire à la dune du Pylat je me remet en jambe avec quelques sorties en mode marche et vole, maison/Plan-Praz/maison D+ 1000m
Depuis dimanche(29-08-2021) la prévision se précise et ça devrait décoller en ouest nord ouest avec quasiment pas de vent au dessus de 4000m. Ce serait le moment d’aller décoller depuis le Mont Blanc et de documenter les glaciers en face nord.
J’envoie des messages, passe quelques appels.
Lundi passe; je reçois la confirmation de la CMB concernant mon passage pour l’aiguille du midi.
Aucun de mes partenaires d’aventure potentiel n’est disponible. Chacun y va de son aventure perso. Ce sera donc, sauf surprise, une mission solo, un décollage en face nord de l’arrête du midi assez tôt le matin.
Et pour l’arrête en ce moment pas besoin de ski.
Au cas ou je prends un piolet long, un deuxième piolet technique et une corde.
La nuit porte conseil.
Quand je me réveille à 6h00. Il fait bien frais dans l’appartement.
Do**he chaude, jus de gingembre citron, demi pamplemousse, café noir et pan cake à la banane.
Je pars à vélo pour la première benne (7h10). Le sac est lourd. En plus de la voile, de la sellette, de l’équipent d’alpinisme de mon équipement vidéo, j’emporte une corde de 50m, une thermos de café et 3 pan cakes, au cas ou.
Un déraillement de chaine intempestif au passage de la barrière du train à crémaillère, me fait rater de justesse la première benne.
Ce n’est pas grave je ne vais qu’à l’arrête du midi.
La 2eme benne est pleine, une majorité d’alpinistes. Beaucoup montent pour voler du Tacul ou du Mont Blanc.
Il est 7h45 lorsque je sors du tunnel sur l’arrête regelée, un piolet dans une main un bâton dans l’autre. La neige craque sous mes crampons. Les conditions sont parfaites. Il y déjà du monde en chemin devant moi. 100 m plus bas deux parapentistes préparent déjà leurs voiles au décollage sud. Il n’y a pas un brin d’air. La face nord est complètement à l’ombre et la face Sud est elle aussi encore en partie dans le bleu. Je suis là trop tôt pour produire de belles images des glaciers. Alors attendre sagement en buvant mon café ou oser monter plus haut.
Il y a des occasions à ne pas manquer. Je décide de remonter la face nord du Tacul pour décoller à 4200 m. Je tombe la veste l’attache en haut du sac, détache mon deuxième bâton.
En face sud la neige a fondu, regelé, fondu regelé. Elle a été beaucoup parcourue. Le passage à ski n’aurais pas été très agréable.
Je cours presque à la descente piolet dans une main et me force à ralentir avant que la pente ne se redresse. Il y a du monde au dessus, je met mon casque.
A partir de maintenant le risque, non le danger bien réel est une chute de Sérac. Il ne fait pas bon trainer. Je réalise la quasi totalité des images en mouvement.
Devant moi 3 skieurs vont bon train. Je continue à mon rythme. Ce matin, la montée à pied dans l’ombre est entrecoupé par 3 rimayes. La premiere passe facilement grace à une avalanche récente qui la recouvre. Le dernier pont lui commence à être limite, plutôt mince en son milieu. Mon choix de piolet long me permet un ancrage solide dans la pente de l’autre coté, je me hisse à la force des deux bras c’est passé…
Quelques minutes plus t**d, je sors dans le soleil en approchant de l’épaule. Je suis monté beaucoup plus vite en mode piéton qu’il a 2 mois avec les skis.
J’hésite alors de continuer vers le Mont Blanc. Il est déjà un peu t**d à mon gout et mon sac est définitivement très lourd aujourd’hui.
Il est 9H28 quand je retrouve les 3 speed riders sous le sommet en train de se préparer. Mathieu V. rêve à voix haute de se faire déposer en hélicoptère pour décoller du haut des grandes Jorasses. Boulon me reconnait. Tof y va d’une tirade contre les survols en hélico.
Aujourd’hui nous somme tous montés à pied à 4200 m et partageons cet instant de grâce sur cette large épaule blanche de neige au coeur du massif du Mont Blanc, cet écrin minéral, cette nature pure dont nous faisons nous aussi partie et qui nous offre cette journée de rêve.
Deux autres paralpinistes, nous rejoignent. Le déco en face sud sud est un peu trop engagé pour l’un d’eux.
Nous nous préparons à notre tour pour décoller voir voler ensemble, plein ouest, avant que le vent de nord annoncé ne revienne.
10h20. Grégoire part en premier suivit de très près par Jean Baptiste. Ils courent encore quand je m’élance avec un peu plus d’écart, ma voile monte tout de suite, mais faute de vent il me faut courir et courir encore pour générer assez de vitesse. Ma trajectoire m’entraine vers la gauche là ou la pente est plus raide, j’évite d’un grand pas une crevasse dont le pont semble fragile et déjà je vole tout droit vers la face nord du Maudit. Le temps d’un virage serré vers la gauche suivit d’une courbe panoramique vers la droite pour filmer le col et la vue vers l’Italie, et déjà je survole les premières crevasses couvertes de neiges du glacier sans nom qui descend entre l’épaule du Tacul et la face nord du Maudit.
Je prend le cap au sud passe devant la pointe Durier en direction des gigantesques séracs qui barrent la face nord du Mont blanc. Gregoire sous sa petite voile montagne est déjà loin devant moi. Plus bas peut être aussi. L’impression de paix dans la face est telle que je m’approche sans hésiter de la lèvre du glacier, de l’énorme cassure ou sérac…Cassure que je longe toujours plus près. Cassure qui se fracture en des blocs gigantesques qui basculent lentement silencieusement inexorablement…J’échappe un instant à l’emprise de ce spectacle en arrivant sur l’autre rive, je traverse alors une ascendance et ne sais résister à la tentation. J’envoi un virage serré à droite pour refaire une passe dans l’autre sens mais comme pour les sérac ma descente est inévitable et je repars très vite en sens inverse. J’arrive tout de même à repasser en rive gauche au niveau des grands plateaux jouant de mon ombre au dessus des crevasses jusqu’à l’arrête nord du Gouter. Je repars encore une fois plein Est, Nord Est pour documenter l’état des glaciers au dessus des grands Mulets avant de reprendre mon cap d’origine plein Ouest. Cap qui m’amène par une longue traversée sous la face nord du Gouter jusqu’à l’arrête rocheuse qui borde la rive gauche du glacier de Taconnaz. Un virage à 180 à l’aplomb de cette arrête m’amène tout droit sur la cassure d’ou est partie l’avalanche de Taconnaz d’Avril 2021. Je descend maintenant le glacier avec une trajectoire en S,. Trajectoire qui m’amène à placer, par jeu, mon ombre sur une énorme croix blanche peinte sur cette arrête. Probablement un repère de visée géologique…
En dessous de 3000m, la couche de neige esthétique et protectrice qui recouvrait les glaciers, lors de notre survol du 12 juin, a largement fondue découvrant la couche de sables et poussières du Sahara déposée en février.
Comme un cancer, les surfaces rocheuses sombres gagnent de toute part sur les glaciers dans la face Nord du Dôme du Gouter.
Elles s’élargissent et remontent chaque année de façon inexorable participant largement à l’accélération de la fonte des deux glaciers qui les entourent.
Je survole cette fois encore le lieu dit la jonction en aval de la bande de frottement des deux glaciers en dessous de l’éperon des grands Mulets. La crête rocheuse semble pousser tant elle dépasse chaque fois un peu plus au dessus du glacier. En fait ce sont les glaciers qui sombrent chaque année un peu plus…
Alors que je passe la quote 2500 m et que j’envoie un grand virage à gauche j’entends la go pro de la Follow cam toute proche qui bipe la séquence de fin de pile. Décevant après seulement 17 minutes de vol.
En dessous de mes pieds c’est un spectacle de débâcle qui s’offre à mes yeux, lames gigantesques effondrées, fondues par le travail de la pluie et les épisodes de chaleur caniculaires de l’été. Un été qui est loin d’être finit.
Un malheur ne vient jamais seul, la go pro montée sous la voile se met elle aussi en rideau à 2100m. Elle continue à tourner et à enregistrer deux demi champs incohérents enfant de se figer complètement. Phénomène qui restera constant jusqu’à mon atterrissage 3 fichiers de 4 GB plus t**d.
Ignorant tout de cette deuxième panne, je continue à voler en S pour documenter la partie basse du glacier des Bossons en me concentrant sur la rive gauche qui semble être très impactée cette année par la fonte.
Un dernier virage à droite, je survole d’ouest en est langue terminale dont les séracs surplombent de moins en moins la vallée. De plus en plus plate, de moins en moins épaisse, elle arbore un lac glacière qui parait être de plus en plus grand. La grotte de glace qui le recouvrait a fondue, la lèvre supérieure a reculé, elle est même probablement remontée un peu. Il y a maintenant un monticule rocheux qui le surplombe en aval. Des randonneurs m’y font des signes, je garde le cap plein Est, avec le terrain d’atterrissage du bois du Bouchet en ligne de mire.
La voile et les conditions météo m’assurent un retour et un atterrissage sans histoire.
Au sol quelle chaleur.
Il est 10h54 quand j’enlève mon casque et éteint les 2 go pro qui tournent encore.
Gregoire est déjà là, il a continué plein Ouest après Taconnaz pour aller tenter sa chance. Jean-Baptiste arrive un peu après. Je m’esquive, rentre chez moi, démarre l’ordinateur, exporte les cartes micro sd, mets les 3 go pros en charge, finit le reste de mon café, engouffre les 3 pancakes allège le sac en retirant la corde et reprend à pied le chemin de l’aiguille du midi.
Il faut profiter de la météo et documenter l’état des Glaciers de la Vallée Blanche et de la Mer de Glace.
à suivre….
NB: suite aux pannes des 2 Caméras je suis retourné survoler la partie basse du glacier des Bossons à plusieurs reprises dans les jours et semaines suivantes. A suivre…
Merci à nos partenaires; Compagnie Du Mont Blanc (CMB), Cilao, Kortel Design et Harry F..
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