26/09/2026
La Croix du 24 septembre 2026
EXCLUSIF - Visite du pape en France : le message de bienvenue des autres religions à Léon XIV
Haïm Korsia
Grand rabbin de France,
Christian Krieger
Pasteur réformé, président de la Fédération protestante de France
Najat Benali
Présidente des Association musulmane de France
Antony Boussemart
Co-président de l’Union Bouddhiste de France
À l’occasion de la visite du pape Léon XIV en France du 25 au 28 septembre, des responsables protestant, juif, musulman et bouddhiste souhaitent ensemble la bienvenue au pape et se réjouissent d’entendre une parole d’espérance, de justice et de paix au milieu du tumulte du monde.
Du 25 au 28 septembre, le pape Léon XIV foulera le sol français.
Paris, l’Unesco, Notre-Dame, le Stade de France, puis Lourdes et Metz : un itinéraire dense, à la rencontre des fidèles, de la société civile et des enjeux européens et internationaux.
Représentants du judaïsme, du protestantisme, de l’islam et du bouddhisme en France, nous voulons saluer ensemble cet événement, non par courtoisie, mais parce qu’il nous concerne tous.
Il nous concerne d’abord parce qu’il est des joies qui, sans effacer ce qui nous distingue, peuvent spontanément se partager les uns avec les autres.
Nous nous réjouissons profondément de ce que cette visite pontificale représente d’enthousiasme et d’élan pour le catholicisme qui connaît comme toutes les traditions religieuses en France une recomposition profonde de ses pratiques, de ses effectifs et de sa place dans le débat public.
Nous souhaitons que la venue de Léon XIV soit pour l’Église catholique non seulement un heureux moment de rassemblement et de visibilité, mais surtout – comme elle-même l’espère – l’occasion de recevoir une parole qui la rejoigne, la stimule et l’encourage spirituellement.
Nous connaissons bien, chacun dans nos traditions, la valeur de ces moments où une communauté rassemblée se laisse réveiller par une parole de foi.
Une audience internationale rare
Cette visite nous concerne aussi parce que la voix de l’évêque de Rome porte bien au-delà des frontières confessionnelles. Peu d’autorités religieuses disposent aujourd’hui d’une telle audience internationale et peuvent encore faire entendre une parole d’espérance au milieu du tumulte du monde.
À l’heure où les conflits meurtriers s’enlisent, les canaux diplomatiques traditionnels s’essoufflent et au moment où progresse la tentation du repli ethnocentriste, une voix capable de faire encore résonner une parole de justice et de paix constitue une ressource précieuse.
Qui plus est, si cette parole est spirituelle et assume sa portée sociétale, si elle dialogue avec la culture contemporaine sans s’y dissoudre ; restant libre face aux pressions et aux tentatives d’instrumentalisation des puissants, alors cette parole inspire le respect.
C’est la raison pour laquelle la parole du pape est entendue bien au-delà de l’Église catholique, y compris par celles et ceux qui ne partagent ni sa foi ni son autorité.
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Un dialogue interreligieux appelé à s’intensifier
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C’est pourquoi nous formons aujourd’hui le vœu que cette visite serve de point d’appui à un dialogue interreligieux appelé à s’intensifier et à s’approfondir encore.
Ce dialogue existe déjà en France et a montré, dans les moments les plus douloureux de notre histoire récente, sa capacité à porter une parole commune.
Au lendemain des attentats de novembre 2015 comme à l’occasion du 7 octobre 2023, la Conférence des responsables de culte en France a permis à nos traditions de s’exprimer d’une seule voix : réprouvant la violence sous toutes ses formes, rejetant fermement l’antisémitisme comme la haine antimusulmane ou antichrétienne, et appelant au respect de la dignité de chaque victime, sans distinction.
Cette même instance a aussi su se saisir, hors de toute urgence médiatique, d’un sujet exigeant qui touche à l’intime : les violences se*****es, y compris celles commises par des responsables religieux sur des fidèles.
Nos traditions ont partagé leurs dispositifs de prévention et d’écoute et engagé un travail commun pour mieux prévenir ces violences et accompagner celles et ceux qui en sont victimes.
Ces prises de position et ces chantiers communs prouvent qu’un dialogue interreligieux exigeant est possible en France et qu’il peut contribuer réellement au débat public lorsque les circonstances l’exigent. Ce dialogue peut même inspirer des leaders religieux ailleurs dans le monde.
Un choix de vie à faire
« Pour que le monde ait la vie. »
Cette parole évangélique, choisie comme devise pour cette visite, résonne bien sûr avec sa profondeur propre pour les chrétiens (qu’ils soient catholiques ou non) mais la question qu’elle adresse à la société est universelle.
Dans un temps où la puissance décuplée de la technologie appelle un surcroît de discernement humain et où tant de forces travaillent à séparer les peuples et isoler les communautés les unes des autres, il est plus que nécessaire de s’interroger sur ce qui, aujourd’hui, fait vivre le monde.
La parole du Deutéronome prend tout son sens avec cette affirmation : « Tu choisiras la vie », car, oui, il y a un choix de vie à faire, qui est un choix de fraternité, un choix de respect de l’Autre, un choix de laïcité. La laïcité française ne demande pas aux religions de se taire ni de se confondre.
En garantissant la liberté de croire ou de ne pas croire, elle nous place aussi devant notre responsabilité : personne ne construira à notre place la fraternité entre croyants de convictions différentes.
Une Église catholique qui repense aujourd’hui sa présence dans la société française peut contribuer puissamment à approfondir cette dynamique et à faire du dialogue avec les autres religions l’un des axes durables de son engagement.
C’est pourquoi nous nous associons à la joie de l’Église catholique qui accueille le pape Léon XIV, avec la ferme espérance que le souffle qu’elle en recevra nourrira un engagement renouvelé à nos côtés, pour que vive la fraternité.