22/10/2026
Depuis toute petite, j’ai connu le regard et le jugement des autres, notamment à cause de mon poids. Je pensais qu’en devenant adulte, tout cela serait derrière moi. Pourtant, j’ai retrouvé ces mêmes jugements plus t**d, notamment dans mon parcours de maman.
À 24 ans, je suis devenue maman pour la première fois. Très tôt, j’ai senti que mon fils fonctionnait différemment. Il avait énormément d’énergie, dormait peu et pouvait se mettre en danger. Il fallait constamment être derrière lui.
Son entrée à l’école a été particulièrement difficile. Les enseignants avaient beaucoup de mal à gérer son comportement et, pendant une période, il n’était accueilli à l’école qu’une heure et demie par jour.
Au fil des années, les difficultés ont continué. Lorsqu’il a intégré un dispositif ULIS, j’espérais enfin qu’il pourrait trouver sa place et être mieux compris. Malheureusement, cette période a été très compliquée.
J’ai été énormément jugée et critiquée sur l’éducation que je donnais à mon fils. Un signalement a même été fait, mettant en cause mon éducation, alors que de mon côté, je voyais surtout un enfant en difficulté qui avait besoin d’un accompagnement adapté.
Mon fils a également subi du harcèlement de la part d’autres élèves, mais il s’est aussi senti rejeté et mis à l’écart par certains membres du corps enseignant.
La situation était difficile pour tout le monde. Certains jours, l’établissement appelait son père ou moi en urgence pour que nous venions le récupérer parce qu’ils n’arrivaient plus à le gérer.
À force d’entendre que le problème venait de mon éducation, j’aurais pu finir par le croire. Et pendant longtemps, j’ai effectivement beaucoup culpabilisé.
Puis mon fils est entré en ITEP.
Et là, quelque chose a changé.
Il allait mieux.
Il était écouté, accompagné et se retrouvait dans un environnement davantage adapté à son fonctionnement. Son traitement pouvait être suivi correctement et, surtout, son rythme était respecté.
Dans une classe traditionnelle, il devait avancer, apprendre et comprendre au rythme imposé à tous les élèves. Pour lui, ce rythme pouvait être trop brutal. En ITEP, il a enfin pu ralentir et apprendre à son rythme.
Cet enfant que certains présentaient comme « ingérable » pouvait donc aller mieux lorsqu’on lui proposait un environnement correspondant réellement à ses besoins.
Après l’ITEP, Théo a intégré un IME. Depuis trois ans maintenant, il est en IME Pro.
Et même lorsque l’on pense avoir traversé le plus difficile, les inquiétudes ne disparaissent pas forcément.
Lors de sa première année en IME Pro, Théo a subi du harcèlement scolaire. Cette fois, forte de tout ce que nous avions déjà vécu, j’ai réagi rapidement. J’ai insisté pour que la situation soit prise au sérieux et j’ai prévenu que j’étais prête à porter plainte si cela continuait.
J’ai finalement reçu une lettre d’excuses de l’élève concerné et la situation s’est apaisée. Il a pu terminer son année beaucoup plus sereinement.
La deuxième année a apporté d’autres difficultés. Théo est tombé amoureux d’une jeune fille qui a eu une mauvaise influence sur lui et lui a notamment appris des façons de se mettre en danger.
J’ai fait plusieurs signalements parce que j’étais inquiète, mais cette fois encore, je n’ai pas toujours eu le sentiment d’être réellement entendue.
À un moment, un éducateur a même affirmé que Théo « entendait des voix ». Pourtant, ce que Théo entendait avait une explication bien réelle : il entendait les personnes parler dans les autres pièces ou encore la musique provenant de l’étage inférieur.
Cela m’a particulièrement marquée parce qu’après toutes ces années, j’avais encore cette sensation que ma parole de mère et ma connaissance de mon propre enfant n’étaient pas suffisamment prises en compte.
Aujourd’hui, Théo a 16 ans et il est toujours en IME Pro.
Il a grandi. Il est autonome et, évidemment, à son âge, il a aussi son jardin secret. Je le respecte.
Mais je ne suis jamais complètement rassurée.
Après avoir passé autant d’années à surveiller, protéger, anticiper les dangers et intervenir lorsqu’il en avait besoin, il est difficile de lâcher prise du jour au lendemain.
Je sais que je ne peux pas tout savoir de ce qu’il vit lorsqu’il n’est pas avec moi. Je sais aussi qu’il doit apprendre à faire ses propres expériences, à devenir autonome et à construire sa vie.
Mais lorsqu’il s’agit de sa sécurité ou de son avenir, je ne peux pas m’empêcher de m’en mêler.
Je suis une maman.
Et puis il y a eu Luhan
À 29 ans, je suis devenue maman une deuxième fois.
Dès qu’il était bébé, Luhan était lui aussi un enfant qui demandait beaucoup d’attention. Il criait énormément et supportait très difficilement de ne plus me voir. Je devais presque constamment rester dans son champ de vision pour le rassurer.
Les sorties, notamment dans les magasins, pouvaient devenir très compliquées.
Il était également plus petit et plus mince que les courbes correspondant à son âge. Pendant un temps, nous avons dû ajouter un complément à son lait pour l’aider à prendre du poids et à grandir.
Lorsqu’il est entré en maternelle, la séparation avec moi a été difficile. Mais petit à petit, il a réussi à la surmonter.
J’ai aussi compris que Luhan avait besoin de repères. Il n’aime pas les changements et il est hypersensible.
Avec lui, cependant, notre parcours scolaire a été moins chaotique que celui que nous avions connu avec Théo. Non pas parce qu’il n’avait pas de difficultés, mais parce que cette fois, j’étais mieux accompagnée et j’avais appris à anticiper.
Je savais qu’il ne fallait pas attendre que les difficultés deviennent trop importantes avant de demander de l’aide.
Comme son frère, Luhan a donc bénéficié de différents accompagnements : orthophonie, psychomotricité et ergothérapie.
Et c’est notamment grâce à Marion, son ergothérapeute, que j’ai enfin pu mettre un mot sur une partie de ses difficultés scolaires : Luhan est dyspraxique.
Il présente un ret**d scolaire, mais aujourd’hui, il fait des progrès fulgurants.
Il bénéficie notamment d’une tablette qui l’aide dans ses apprentissages, en particulier pour la lecture et l’écriture, mais aussi dans d’autres domaines. Il participe également à un atelier autour de la gestion des émotions afin de mieux comprendre ce qu’il ressent et apprendre à l’exprimer.
Son parcours me montre aussi à quel point un accompagnement précoce et adapté peut changer les choses.
Avec Théo, j’ai souvent dû me battre après que les problèmes étaient déjà installés. Avec Luhan, l’expérience acquise m’a permis d’anticiper davantage et de chercher plus rapidement les aides dont il avait besoin.
Mes deux garçons sont différents. Ils n’ont pas les mêmes difficultés, pas le même caractère et pas les mêmes besoins.
Mais ils m’ont appris tous les deux qu’il faut parfois arrêter de demander à un enfant de rentrer absolument dans une case et commencer par chercher comment lui permettre d’avancer avec ses propres capacités.
Être mère de deux enfants qui rencontrent des difficultés n’est pas toujours simple.
Il y a les rendez-vous, les démarches, les inquiétudes, l’école, les traitements ou les accompagnements, les moments de doute et toutes ces questions que l’on se pose sur leur avenir.
Mais leur père et moi essayons de nous serrer les coudes du mieux que nous pouvons.
Nous n’avons pas toujours toutes les réponses. Nous faisons parfois des erreurs. Nous apprenons encore.
Mais nous avançons avec eux.
Toutes ces années m’ont appris quelque chose : un enfant différent n’est pas forcément un enfant mal éduqué. Parfois, il a simplement besoin qu’on lui permette d’apprendre, de grandir et d’avancer autrement.
Je continue encore aujourd’hui à entendre certaines remarques sur mon poids ou sur l’éducation de mes enfants. Mais je ne les vis plus comme avant.
Parce qu’entre-temps, j’ai rencontré Enfant’Ain.
Je pensais rejoindre une association. J’y ai trouvé une famille.
Des personnes qui nous écoutent, nous épaulent, nous conseillent et nous permettent aussi de nous changer les idées. Avec elles, je n’ai pas besoin de justifier constamment mes enfants ou ma façon d’être mère.
Pendant longtemps, les jugements des autres m’ont fait douter de moi.
Aujourd’hui, je sais que notre parcours n’a pas été facile. J’ai douté, pleuré, fait des erreurs et dû me battre pour mes enfants. Mais j’ai également appris à mieux les comprendre et à leur faire confiance.
Et surtout, j’ai appris à me faire confiance à moi aussi.
Mes enfants ne sont pas des enfants mal élevés. Ce sont des enfants qui ont eu besoin qu’on les comprenne et qu’on leur laisse le droit d’avancer à leur propre rythme.
Aujourd’hui, grâce notamment à la famille Enfant’Ain, je sais que nous ne sommes plus seuls face à tout cela.
Et je ne les remercierai jamais assez pour leur présence et leur soutien.