27/05/2026
Brazzaville accueille l’Afrique, mais Mokoko et Okombi restent détenus.
Pendant que Brazzaville organise des sommets africains et parle de paix, d’unité et de panafricanisme, une question continue de déranger beaucoup de Congolais : pourquoi Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa sont-ils toujours en prison après près de dix ans ?
Officiellement, le pouvoir parle de condamnations judiciaires.
Mais pour une grande partie des Congolais, au pays comme dans la diaspora, il s’agit avant tout de deux détenus politiques.
Donc d’une affaire profondément politique. Deux hommes qui ont servi l’État, travaillé avec le pouvoir, puis décidé de s’opposer au président Denis Sassou Nguesso.
Et c’est précisément là que se trouve le véritable problème politique.
Le président Sassou Nguesso est au pouvoir depuis plusieurs décennies.
Aujourd’hui, beaucoup pensent qu’il prépare soit la continuité de son système à travers un dauphin politique (DCSN, Bouya…), soit une nouvelle adaptation constitutionnelle qui lui permettrait encore de rester au pouvoir.
Dans cette logique, libérer Mokoko et Okombi Salissa représenterait un risque politique majeur pour le système actuel.
Car on ne peut pas parler de paix, de réconciliation nationale et « d’accélération de la marche » tout en gardant en prison, depuis près de dix ans, deux personnalités dont la détention a été jugée arbitraire par le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire.
Tant que cette contradiction restera entière, le discours officiel sur la réconciliation demeurera fragile aux yeux de nombreux Congolais et d’une partie de l’opinion internationale.
Pourquoi ce raisonnement tient-il ?
Parce que malgré les années de prison, ces deux hommes conservent encore une influence symbolique et politique importante.
Ils représentent, pour une partie de la population, des figures capables de rassembler une opposition aujourd’hui très divisée, affaiblie financièrement et désorganisée par le PCT.
Le pouvoir le sait parfaitement.
Dans un contexte où l’opposition manque de leadership fort, la sortie de prison de Mokoko et Okombi pourrait rapidement recréer une dynamique populaire.
Même sans élection immédiate, leur simple retour dans le débat public pourrait compliquer le projet de continuité du système actuel.
Politiquement, le calcul semble donc simple : tant qu’ils restent détenus, ils restent éloignés du débat national, loin des mobilisations populaires et loin des futurs équilibres politiques.
C’est une stratégie que beaucoup considèrent comme une forme de contrôle politique.
Car dans la République des intouchables, les opposants les plus dangereux ne sont pas forcément ceux qui occupent quotidiennement les réseaux sociaux, mais plutôt ceux qui peuvent encore réveiller l’espoir populaire ou incarner une alternative crédible.
Mokoko, ancien chef d’état-major, et Okombi Salissa, ancien ministre, ne sont pas des inconnus. Ce sont des hommes qui connaissent l’État, les institutions et les rouages du pouvoir.
Leur expérience et leur histoire leur donnent encore un poids politique réel.
Voilà pourquoi beaucoup pensent que leur maintien en détention n’est pas seulement judiciaire, mais profondément stratégique.
Le paradoxe est alors évident :
Le président parle de réconciliation nationale.
Le président parle de paix.
Le président accueille des conférences sur l’Afrique et la souveraineté des peuples.
Mais dans le même temps, deux figures majeures de l’opposition restent privées de liberté depuis 2016 et 2017, malgré les appels répétés des organisations de défense des droits humains et de nombreux acteurs politiques.
Je ne suis pas dans la tête du président de la République, ni dans les stratégies internes du PCT. Mais au regard des faits, beaucoup pensent aujourd’hui que le pouvoir ne libérera probablement pas Mokoko et Okombi, non par faiblesse juridique, mais par calcul politique.
Car les deux hommes restent des symboles, des repères et donc, potentiellement, des menaces pour une succession verrouillée et une opposition déjà fragilisée.
Alors, la question n’est peut-être plus de savoir si le président peut les libérer.
La vraie question est plutôt :
le pouvoir actuel a-t-il politiquement intérêt à les libérer ?
Et beaucoup de Congolais pensent aujourd’hui que la réponse est non. Moi aussi.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Je vous lis dans les commentaires. Donnez-moi vos réponses.
Espérance Ngassaki KETTO
Afrikili.tv