16/04/2025
C E G A I A S’INTERROGE…
Créée en 2007 à la suite d’une pollution industrielle importante sur le Cérou, l’association CEGAIA est, depuis, vigilante de toutes actions qui impactent l’environnement sur ce cours d’eau et sur ses bassins versants.
De cet état de veille est née l’idée de sensibiliser les habitants de ce territoire à sa richesse patrimoniale et sa biodiversité et
le développement de structures plus vertueuses pour lutter contre le réchauffement climatique nous interroge.
Il nous paraît ainsi nécessaire de vous informer sur notre positionnement pour ce qui concerne l’implantation des méthaniseurs de type industriel en milieu rural (différents d’un
méthaniseur individuel) .
Comment fonctionne la méthanisation ?
La méthanisation est un procédé basé sur la fermentation naturelle de matière organique permettant de produire du biogaz. Les matières premières sont des déchets organiques
issus de l’agriculture (fumiers, lisiers, résidus de cultures…) de l’industrie agroalimentaire ou des collectivités (boues d’épuration, biodéchets ménagers, fauches de bords de routes…)
Ce processus a lieu au sein d’une unité de méthanisation. Dans la grande cuve, appelée “digesteur”, les déchets organiques sont dégradés et chauffés par des bactéries et des micro-organismes, en absence d’oxygène, et cette action produit du méthane.
Ce biogaz peut être injecté dans le réseau de gaz naturel à l’échelle territoriale ou nationale.
Les risques de pollution
À la sortie du digesteur, il y a, d’un côté, le gaz et la chaleur, de l’autre, un résidu le digestat.
Celui- est épandu dans les champs comme engrais.
Mais l’épandage de ce digestat, fortement azoté ou une fuite accidentelle de celui-ci, pose des problèmes de pollution, et son impact sur l’environnement peut se révéler négatif à moyen ou long terme :
- par action directe sur le sol : une surconsommation du résidu par la terre pourrait contribuer à déséquilibrer sa fertilité, et réduire les organismes vivants.
- par impact sur l’eau: le digestat très riche en nitrates, pénètre dans les roches, et ses résidus s’infiltrent en polluant les cours d’eau et les nappes phréatiques.
Des écosystèmes entiers seront alors menacés (plantes, poissons, amphibiens, reptiles, insectes, mollusques....).
Cette concentration de nitrates dans les eaux pose également des problèmes de santé pour les humains.
Du reste de nombreux accidents ont déjà eu lieu avec des installations de ce type industriel.
Par exemple, à Châteaulin (Finistère) en 2022, 180 000 foyers ont été privés d’eau potable durant une semaine.
Près de chez nous
Sur la Communauté des Communes du Carmausin- Ségala deux installations identiques sont en cours : sur 900 m2 au sol, avec deux cuves de 28 mètres de diamètre, d’une hauteur de 8 mètres, un dôme de 7.5 mètres, une cuve de réception couverte, et un bâtiment de stockage fermé avec installation photovoltaïque et bassin d’orage au-dessus (réserve incendie).
L’objectif étant de traiter 30 tonnes de déchets végétaux et d’élevage par jour et par méthaniseur.
Certes, la méthanisation présente des avantages et peut paraître attractive pour les agriculteurs et les industriels qui la développent. Ainsi dans le milieu agricole elle apporte des revenus supplémentaires, et des créations d'emplois.
Mais elle suscite par ailleurs une forte opposition de la part des riverains concernés.
Le problème du méthaniseur réside dans son lieu d'implantation et dans sa taille .
MONESTIES : implantation à la Bouysse , à moins de 5 km du réseau de gaz, à 275 mètres d’un cours d’eau, le Cérou, la première habitation à 300 mètres, des cuves enterrées à 1.70 mètres.
Trafic routier prévu : 18 tonnes, un maximum de 7 allers-retours par jour, et accès au méthaniseur par la route communale de la Bouysse.
ROSIERES : implantation près de la voie rapide et du site de la DRIRE en zone boisée en contrebas, à 210 mètres des premières maisons, les cuves enterrées à 2 mètres.
Trafic routier prévu : maximum 6 allers-retours par jour sur la route de Valderiès, accès au méthaniseur par la route communale, chemin d’Albi.
Ici à Rosières, comment accepter le fait que l'on construise une telle usine dans une zone prisée et fréquentée par nos concitoyens, juste au-dessus d'un lieu de promenade très fréquenté le long
du Cérou ?
Cette rivière s'améliore avec le changement progressif des
pratiques agricoles et le travail de certaines associations qui s'emploient à son nettoyage.
La biodiversité y est précieuse mais ô combien fragile.
Malheureusement, le risque de pollution de l'air, des sols et de la rivière ne peuvent être écartés étant donnée la proximité du projet. (150 m du Cérou et bien plus près du Rau de Marlenc affluent du Cérou ).
De plus, les méthaniseurs peuvent entraîner des nuisances olfactives. Dans cette vallée qui
file tout droit vers Carmaux, elles sont probables et fonction des vents dominants .
Elles sont liées au transport et stockage des fumiers, à l'échappement possible de gaz tels que méthane, ammoniac ...
Enfin le balai quotidien d'engins agricoles transportant les intrants, les digestats en retour, nécessite des infrastructures routières adaptées dont le coût pour leur aménagement et
leur entretien ne saurait peser sur les administrés des communes concernées .
Que dire du vrai bilan carbone et écologique de telles structures ? Sûrement beaucoup moins vertueux que ce que l' on veut nous vendre.
En débat : avantages et inconvénients
On peut dire que la méthanisation contribue à réduire la dépendance aux combustibles fossiles et à limiter les émissions de gaz à effet de serre. Cette pratique a des avantages, elle permet de valoriser les déchets organiques, de préférence d’origine locale. Elle permet de produire du biogaz qui peut être utilisé comme source d’énergie, production d’électricité ou de chaleur.
La méthanisation en milieu agricole peut présenter une diversification de sources de revenus pour l’exploitant. Suivant les températures du processus, la méthanisation peut engendrer une diminution des pathogènes dans la matière organique.
Il est important de noter que la méthanisation ne doit pas être considérée comme une solution miracle au problème de l’énergie, mais plutôt comme un complément aux autres sources d’énergie renouvelable.
Mais on a vu précédemment que la méthanisation peut aussi avoir des inconvénients et un impact négatif sur l’environnement : pollution, fuites de gaz, nuisances olfactives...
Ensuite, elle nécessite une grande quantité de matières premières, ce qui peut entraîner une concurrence avec l’agriculture alimentaire et la valeur des terres agricoles, et la proximité de ces structures dépréciera également le prix des habitations riveraines.
D’autre part, la production d’énergie par des entrepreneurs privés constitue un abandon des prérogatives de l’Etat, donc du peuple souverain.
Les installations de gros méthaniseurs dans les domaines des agriculteurs constituent une enfreinte à la garantie, pour le citoyen, de pouvoir disposer d’une énergie continue, pérenne, sûre .
Ces installations, qui bénéficient d’aides financières publiques, ne seront que peu ou pas contrôlées . Or l’argent public ( subventions, PAC, prix du rachat du gaz…..) devrait être fléché de manière à pouvoir répondre aux questions légitimes des citoyens consommateurs qui sont , de fait, dépendants de l’agriculture.
Notre point de vue sur le sujet des financements se résume ainsi :
soit il s’agit d’une micro installation à destination de l’autonomie individuelle de la ferme avec à la fois peu d’impact financier public et environnemental
soit il s’agit d’une grosse unité et dans ce cas, elle est prise en charge par la communauté de communes (par exemple) et les aides publiques.
Par ailleurs, dans ce dernier cas, comme à Monestiés et Rosières, le coût du transport des matières constitue un point de crispation. Le rendement économique est actuellement argumenté par le fait du prix d’un gazole détaxé mais ce prix reste dépendant des pays producteurs, rien ne dit que cette conjoncture va perdurer….
Face à ces constats impliquant la responsabilité de tous les acteurs décideurs, producteurs, consommateurs, posons-nous la question de la pertinence de telles installations, et de la nécessité d’un vrai débat public.