09/08/2025
« La mémoire, c’est le passé conjugué au présent »… c’est par ces mots de conclusion que Francis SANS, Président d’Autour de Pierre Bayle a conclu la conférence ce vendredi 7 août 2025. Elle portait sur un fait survenu fin août 1625 au Carla-Bayle.
Les faits. Un petit groupe d’hommes retranché dans une ferme au lieu-dit Jean Bounet tiennent tête à l’avancée de l’armée du Maréchal de Thémines envoyé par Richelieu faire le siège du Mas d’Azil.
Cet épisode est connu mais se révèle aujourd’hui par de nouvelles trouvailles d’archives par l’historien Jean de Saint-Blanquat à l’occasion du quadricentenaire du siège du Mas d’Azil.
Mais ces textes posent de nouvelles questions sur les faits et notamment sur les boulets de canon que nous retrouvons de cette époque !
Travail de mémoire encore et toujours !!
Recherche et textes à retrouver en intégralité sur : https://masdazil-1625.blogspot.com
MÉMOIRES DE LA VIE DE FRANÇOIS DUSSON, OÙ L'ON VOIT TOUT CE QUI S'EST PASSÉ DE PLUS CONSIDÉRABLE PENDANT LES DERNIERS TROUBLES DE FRANCE AU SUJET DE LA RELIGION
Combat de Jean-Bonet
Dans cet endroit, je ne saurais m’empêcher de rapporter une action d’un soldat qui avait été domestique de Dusson, nommé Jean du Teil, que j’ai souvent ouï conter à lui-même, et qui est d’une valeur si éclatante qu’elle mérite une gloire immortelle. Depuis Calmont jusques au Mas, rien n’arrêta le Maréchal, qu’une méchante maison près du Carla nommée Jean-Bonet, qui était à Jean du Teil, où il s’était enfermé avec deux de ses frères, et quatre cousins germains, et où ils résolurent d’attendre la mort, qu’ils y rencontrèrent bientôt. Ils firent d’abord une si vigoureuse résistance, qu’ils arrêtèrent toute l’armée pendant deux jours entiers, et tuèrent plus de cinquante hommes en plusieurs sorties qu’ils firent. Mais enfin, voyant approcher le canon, et ne tenant plus contre la force, ils voulurent tenter un moyen de se sauver la nuit: celui qui sortit pour aller reconnaître l’endroit par où ils pourraient passer sans danger, en revenant faire son rapport, reçut un coup de mousquet à la cuisse par son propre frère, qui était en sentinelle, et qui l’avait pris pour un des ennemis. Il ne laissa pas de se traîner jusques à la maison, où il enseigna aux autres l’endroit par où ils pouvaient se sauver sans être aperçus de personne, et les exhorta de sortir le plus tôt qu’ils pourraient, et de le laisser seul exposé à la rage des soldats et à la colère du Général. Son frère fut si touché d’une résolution si héroïque, qu’il ne voulut point le quitter, et lui dit qu’il l’accompagnerait jusqu’au tombeau, puisque c’était lui qui l’y avait précipité. Jean du Teil voulut suivre leur fortune pour avoir part à leur gloire, et aima mieux mourir avec ses frères que de j***r honteusement d’une vie qu’il ne pouvait devoir qu’à la fuite. Les quatre cousins ne purent résister à des exemples d’un si grand courage, ils refusent de se sauver et veulent être les compagnons de leur mort comme ils l’ont été de leur valeur. Ils résolurent tous ensemble d’ouvrir la porte le matin à la pointe du jour et de ne la défendre plus que l’épée à la main. Dès que le jour parut, les ennemis se jetèrent sur eux: ils les attendirent et les reçurent avec un courage qui les étonna, et qui les fit douter longtemps s’ils en pourraient venir à bout ; mais enfin, après une longue résistance, ils succombèrent au nombre et à la force, et reçurent une mort qui doit rendre leur nom célèbre à la postérité.
L'HISTOIRE SECRÈTE DES AFFAIRES DU TEMPS (ANNE DE RULMAN)
Le Carla, Jean Bonet
Mr le Maréchal prit de là son chemin vers Ste Gabelle où, ayant séjourné quelques jours, il s'enfonça plus avant dans le Comté. Il fit semblant de vouloir aller assiéger Le Carlat qui est une petite ville assise sur un coteau à deux penchants tellement droits qu'on n'y peut que bien difficilement monter. Elle est bastionnée de deux côtés. Le baron de Leran était dedans pour leur gouverneur. Le sieur Maréchal se contenta de la menacer sans lui faire peur. Leran se fût mis volontiers dans l'obéissance si on eût eu le moyen de le contenter. Ce gentilhomme satisfait et les habitants du Carlat reçus à bonne composition, ils eussent entraîné tous les autres à leur exemple. Mais il demandait de grosses sommes à des personnes beaucoup plus disposées d'en prendre que d'en donner.
À la vue de cette ville, les nouvelles vinrent au camp que le rendez-vous de toute l'armée était aux Bordes pour l'assiéger. Le régiment de Cursol passa devant Carlat, et la compagnie de gendarmes du comte de Carman, conduite par Castagnac son lieutenant (qui tenait les ailes pour voir si quelqu'un ferait semblant de sortir de la ville), mais personne ne bougea. Enfilant leur chemin, ils firent rencontre à un quart de lieue de là, d'une quinzaine de gens de pied qui étaient sortis d'une métairie proche de là, nommée Jean Bonnet du nom de son maître. Ils s'en allaient jeter dans le Carlat, mais dès qu'ils furent découverts par les coureurs, ils furent contraints de s'aller rendre dans cette métairie de laquelle ils étaient sortis. Elle était assise dans un vallon assez spacieux d'un côté, le bois de l'autre, les champs et une belle prairie tout autour. Un petit ruisseau baignait ses murailles et une palissade lui servait de fausse-braie. Au-dehors, il y avait un bon fossé plein d'eau et sur le bord du fossé, une autre palissade avec son pont-levis.
Ces soldats, suivis de près, se jetèrent dedans, et ceux qui les talonnaient s'y fussent fourrés avec eux si une salve de mousquetades ne les eût arrêtés. L'enseigne du premier capitaine de Cursol et huit soldats du régiment du Claus y furent tués, et un de ses capitaines blessés. Avant que le corps du régiment fût arrivé, trente-cinq furent tués ou blessés. Les voilà résolus de se perdre et les assaillants de les avoir. Castagnac, étant du pays, mit peine d'avoir du pain pour les soldats. Il envoya avertir le sieur Maréchal du sujet de leur retardement et le prier de lui envoyer une pièce de canon pour les foudroyer. Mais il lui commanda de les laisser là et lui donna avis que le même accident lui étant arrivé, son canon était empêché. Ceux de Cursol et du Claus, désespérés de recevoir cet affront, se résolurent (sans canon et sans ordre) de les emporter. Toute la journée se passa dans de grandes irrésolutions pour trouver les moyens de les forcer.
La nuit venue, on les serra de près avec des bons corps de garde. Le fossé fut garni tout à l'entour de soldats couchés sur le ventre afin de les empêcher de se sauver. À la pointe du jour, on retira ceux qui étaient ainsi étendus sur le bord du fossé. Destros (lieutenant du baron de St Maxemin, capitaine au régiment de Cursol) était cette nuit de garde. Il vit un homme à huit ou dix pas loin, appuyé contre un arbre proche du fossé qui regardait çà et là. Lui ayant demandé «Qui vive !» et l'autre répondu «Du Claus», Destros n'usa point de réplique, croyant que ce fût un soldat de ce régiment qui avait son quartier là auprès. Cestui-là s'en retourna devers le fossé et fit sortir ses compagnons pour gagner du pied. Destros, reconnaissant la fourbe, cria «Tue ! tue !», mais il ne put empêcher que quatre des plus hardis ne se sauvassent à la course, à la barbe de trois mille hommes. Les autres s'étant retirés dans la maison furent suivis de si près que quelques-uns des plus courageux entrèrent avec eux. On tua tout ce qui s'y trouva, hormis un qui fut aussitôt pendu que pris. Ces gens, sortant de cette maison, y avaient mis le feu, ce qui empêcha les assaillants d'y séjourner. L'un des assiégés se jeta demi-brûlé dans le fossé où il reçut autant de coups d'épée qu'il y eut de soldats auprès de lui.
On apprit d'une vieille femme (laquelle n'eut pas le loisir de s'y enfermer) que Jean Bonnet s'était caché avec sa femme, ses domestiques et le restant des soldats dans une carrière qu'il avait creusée pour s'y sauver. Le feu étant épris de toutes parts, il n'y eut moyen d'y rentrer pour les chercher. La flamme éteinte, ceux du pays qui les allèrent fouiller les trouvèrent tous rôtis là-dedans par l'ardeur du feu qui avait pénétré les entrailles de la terre. Ils racontèrent qu'il n'y avait que trente ans que cette maison avait été assiégée, battue du canon, brûlée et rasée.