02/06/2026
Chroniques intemporelles et anarchisantes
d’un catholique gandhien
de Louis Campana - Éditions Baudelaire, 2026, 327 pages
Avec ce recueil, Louis Campana nous propose un journal de combat, une chronique spirituelle et un manifeste politique. Réunissant des textes publiés depuis 2019 sous la forme de lettres envoyées à de nombreux correspondants, ce livre étudie, décortique, éclaire défend un monde en tension, traversé par la violence des systèmes. Et, bien évidemment, il ouvre les portes d’une réflexion sur la non-violence.
Dès le titre, le ton est donné. Il y a chez l’auteur la ferme volonté de relier un ancrage chrétien à une radicalité sociale gandhienne. La référence à Gandhi est essentielle, car elle structure sa pensée. Chaque page est irriguée par le legs du héros pacifiste de l’Inde. On le comprend, l’horizon éthique et politique de ces Chroniques intemporelles est celui d’une désobéissance active, d’un refus résolu de toutes les logiques de domination et d’oppression.
Louis Campana est engagé depuis de nombreuses années dans les voies de la solidarité internationale, du dialogue entre les cultures et les spiritualités, ainsi que dans celle d’une écologie globale, intérieure et extérieure. Il a ainsi créé Gandhi International, association qui organise chaque année des événements en Inde avec les acteurs locaux de la société civile (ashrams, mouvements de paysans sans terre). Il a également réalisé de nombreux films documentaires retraçant les luttes sociales non violentes de l’Inde et d’ailleurs, comme La Marche des Gueux. La forme libératrice de la non-violence (2008), en collaboration avec François Verlet.
Chaque chapitre nous conduit dans une continuité, où l’action et la méditation ne cessent de se répondre. Au hasard, citons quelques-uns des titres de ses chroniques : "Obsolescence et nouveaux paradigmes", "Les peuples violentés", "Drogués à la peur ?", "Le vilain jeu des puissants", "Le seul vrai combat", "Dualité et non-dualité", "L’un et l’autre", "L’infime semence", "L’éternité rend libre, maintenant !"… L’auteur y interroge les institutions, les médias, les États, mais aussi les formes de conditionnement intérieur. La lecture permet de ressentir l’énergie particulière, presque électrique, des lettres qui réagissent aux événements tout en l’inscrivant dans une perspective plus large, quasi intemporelle. On notera aussi cette attention constante portée aux peuples autochtones.
Une certaine gravité dans la narration, avec des formules souvent frappantes, converse avec un ton poétique et parfois ironique. Ces chroniques peuvent surprendre, bousculer ; leur fil rouge demeure l’exigence de ne pas céder à la résignation. L’espérance est une valeur clé chez Louis Campana, celle d’une vie plus simple, plus digne, moins dépendante des logiques de puissance. Une vie gandhienne, une vie évangélique.
Nathalie Calmé