01/03/2026
Quotas maquereau et thon rouge 2026 :
Les représentants professionnels et l’État abandonnent la pêche artisanale au profit des armements industriels
Confrontée en ce début d’année 2026 à deux phénomènes inverses : l’effondrement de la population de maquereaux et le retour massif du thon rouge dans ses eaux, la France avait l’occasion de faire des choix stratégiques pour l’avenir de son secteur des pêches professionnelles.
Ces deux poissons sont recherchés dans notre pays par une diversité de métiers de la pêche allant de petits ligneurs côtiers jusqu’à des navires industriels (2 méga-chalutiers pélagiques pour le maquereau et 21 senneurs industriels pour le thon rouge). Nos représentants professionnels et l’État se sont donc retrouvés à devoir faire des choix face à la réduction de 70% du quota de maquereau et face à une augmentation de plus de 1000 tonnes du quota de thon rouge pour 2026.
De nombreux pêcheurs artisans ont exprimé, à l’automne dernier et cet hiver, une grande préoccupation à ce sujet car beaucoup de ces navires sont dépendants, a minima une partie de l’année, du maquereau. Des courriers ont été écrits à l’interprofession et au gouvernement, demandant la préservation de ces entreprises structurantes pour les territoires côtiers en leur garantissant un accès aux quotas de maquereau et la création de nouveaux droits d’accès pour le thon rouge, notamment en Manche et dans le Golfe de Gascogne où il est à nouveau présent en nombre.
Pour rappel, l’activité de pêche repose sur une ressource naturelle « commune » limitée par nature. La collectivité, via ses représentants politiques et professionnels, régit cette activité et permet, dans un cadre défini, que les acteurs professionnels vivent en prélevant cette ressource. La ressource n’est donc pas la propriété des acteurs économiques mais un bien commun. Depuis 2014, la politique européenne qui encadre l’activité de pêche, la P*P, s’est doté d’une article qui enjoint les États membres à définir des critères objectifs sociaux, environnementaux et économiques afin d’octroyer droits et quotas de pêche à leurs professionnels. Cela avait pour but de pouvoir maximiser les emplois face à une ressource limitée, de diminuer les impacts environnementaux de l’activité de pêche et de sortir du seul et unique principe dit « des antériorités » pour la gestion des pêches. Ce principe veut que celles et ceux qui ont pêché le plus par le passé (il y a des années de référence), aient la plus grosse part du quota. Sur les quais, on appelle ça « la prime aux bourrins ».
Ces derniers jours, les arrêtés officiels sont sortis concernant ces deux espèces et nous ont donc révélé les choix politiques et stratégiques du gouvernement et de nos représentants professionnels.
Le choix est clair, la pêche industrielle est confortée et la pêche artisanale condamnée.
« Alors que le comité national des pêches et le gouvernement avaient la possibilité de soutenir la pêche artisanale sur tout le littoral français, de permettre à de nombreuses entreprises de pêche de se diversifier pour ne pas sombrer, ils ont fait le choix de soutenir le lobby industriel, favorisant une poignée d’acteurs les moins efficaces en emplois, en impact environnemental, en plus-value économique et ne participant en rien à la souveraineté alimentaire » résume Charles Braine, patron pêcheur à Plougastel Daoulas et fondateur de l’association Pleine Mer.
Pour le maquereau, malgré un transfert inédit de 400 tonnes vers les diverses organisations de producteurs auxquelles appartiendraient des navires dépendants de l’espèce, les deux méga-chalutiers de l’armement France Pélagique conservent 45% du quota français, soit près de 1100 tonnes de maquereaux. La redistribution du reste à la multitude de navires artisans ne leur permettra pas de travailler sur cette espèce. Pour comprendre le scandale que représente ce choix, les deux navires industriels, le Prins Bernhard et le Scombrus, sont des navires congélateurs qui ne débarquent aucun poisson en France (ils le font aux Pays-Bas) et dont 100% des poissons sont exportés. Ils ne génèrent donc que très peu d’emplois à terre en France et ne participent en rien à la sacro-sainte souveraineté alimentaire.
Pour le thon rouge, la caricature est encore plus grande et pourrait prêter à rire si l’enjeu n’était pas si dramatique.
L’espèce a été surpêchée massivement et illégalement dans les années 90 – 2000 majoritairement par les flottes de senneurs industriels en Méditerranée ce qui a failli conduire à l’effondrement de sa population. Des mesures strictes ont été prises par la communauté internationale et 15 plus t**d, le thon rouge va mieux.
Avec ce retour d’une population abondante, beaucoup de navires de pêche artisanale qui voyaient revenir le thon rouge en nombre dans leurs eaux ont demandé à pouvoir avoir accès à cette pêcherie en prévision notamment de la diminution des droits pour le maquereau. Leurs espoirs ont été douchés.
Nos représentants professionnels et le gouvernement ont privilégié la flotte industrielle des 21 senneurs méditerranéens qui par le jeu des fameuses « antériorités », détiennent encore 79% du quota français. Ces navires qui pêchent leur quotas en moins de 15 jours tous les ans exportent la quasi-totalité de leurs prises qui sont vendues vivantes à des fermes d’engraissement dans des pays voisins du pourtour méditerranéen. Ce choix politique fort bénéficie outrageusement à une poignée d’acteurs (un « bonus 2026 » de 883 tonnes pour 21 bateaux, certains senneurs voyant leur quota passer de 400 à 470 tonnes annuelles) sans création d’emplois et encore une fois au détriment total de la souveraineté alimentaire de notre pays puisque ces thons rouges sont tous exportés.
« Nous appelons les élus de tous les territoires littoraux à interpeller le gouvernement et le président de la République pour faire enfin appliquer cet article 17 de la politique commune des pêches, 12 ans après son entrée en vigueur. C’est une question de survie pour la pêche artisanale française qui fait vivre nos ports partout en France. » ajoute Charles Braine