09/05/2026
🎖️ Cérémonie du 8 mai 1945
Un grand merci à toutes et tous pour votre présence à la cérémonie commémorative du 8 mai. Un grand merci tout particulièrement aux enfants, qui donnent à ce moment de souvenir et de transmission tout son sens.
Une mention spéciale à nos porte-drapeaux : René Doux, Jean-Michel Labranque, Emma et Maxence, qui ont porté nos couleurs. 🇫🇷
La journée fut ensoleillée, comme pour accompagner dignement la mémoire de nos compatriotes martiniquais que nous honorons. La matinée s'est prolongée avec un verre de l'amitié convivial dans la salle du conseil. Un beau moment de partage entre habitants. 🌸
Le discours :
Mesdames et Messieurs,
Chers élus,
Chers anciens combattants, porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,
Chers habitants de Boutigny,
Il est des dates qui ne s’effacent pas. Le 8 mai 1945 est l’une d’elles.
En ce jour, il y a quatre-vingt-un ans, le silence des armes succédait enfin au fracas de la guerre. L’Allemagne nazie capitulait sans conditions. L’Europe, meurtrie, dévastée, exsangue, pouvait commencer à respirer à nouveau. La France, elle, retrouvait sa liberté, cette liberté pour laquelle tant des nôtres avaient consenti le sacrifice suprême.
Nous sommes réunis ce matin, comme chaque année, pour ne pas oublier.
Ne pas oublier les soldats tombés sur les champs de bataille, en France, en Afrique du Nord, en Italie, sur les plages de Normandie et de Provence. Ne pas oublier les résistants qui, dans l’ombre, ont tenu la flamme de la dignité nationale quand tout semblait perdu. Ne pas oublier les déportés, hommes, femmes, enfants, arrachés à leur foyer, conduits vers l’horreur des camps de mise à mort, dont beaucoup ne sont jamais revenus.
Et ne pas oublier ceux qui sont tombés ici, sur notre propre sol, à Boutigny. Quatre soldats venus de loin, de la Martinique, cette île française au bout de l’Atlantique, qui avaient traversé les mers pour défendre une France qu’ils n’avaient peut-être jamais vue, mais qu’ils portaient dans leur cœur. Ils s’appelaient :
Clair Négrobard
Appolinaire André Eniona
Frédéric Joseph Philibert
Maurille Ernest Himmer
Ils ont été abattus ici même, au carrefour de la Cantine, par les troupes nazies. Leur sang a coulé sur cette terre que nous foulons ce matin. Ils sont morts loin de leur île, loin des leurs, pour que nous soyons libres. Que leurs noms ne soient jamais oubliés. Que Boutigny se souvienne d’eux comme de ses propres enfants.
Ces hommes et ces femmes n’étaient pas des héros de roman. C’étaient des gens ordinaires ; des ouvriers, des paysans, des instituteurs, des étudiants que l’Histoire avait placés face à un choix extraordinaire. Ils ont choisi la résistance, l’honneur, la patrie. Grâce à eux, grâce aussi à nos Alliés qui ont combattu à nos côtés au prix de sacrifices immenses, la liberté l’a emporté sur la barbarie.
C’est cette dette que nous honorons aujourd’hui.
Mais commémorer ne suffit pas. Notre responsabilité, en tant qu’élus, en tant que citoyens, est de faire vivre ce souvenir au-delà de la cérémonie. Car les témoins directs de cette guerre sont désormais rares. Bientôt, il n’y aura plus de voix pour nous dire : « J’y étais. » Ce sera alors à nous, à vous, à vos enfants, de porter cette mémoire, de la transmettre, de la défendre contre l’oubli et contre toutes les formes de révisionnisme.
Mais transmettre la mémoire, c’est aussi transmettre ce qu’elle a engendré. Car la victoire du 8 mai 1945 n’aurait été qu’une paix fragile si elle n’avait été suivie d’une victoire du droit. Les hommes qui avaient vécu l’horreur ont compris qu’une paix durable ne pouvait reposer sur les seuls traités militaires : il fallait bâtir une architecture de valeurs, opposable à tous les États, à toutes les tyrannies.
C’est ce qu’a compris René Cassin, juriste français, grand mutilé de la Première Guerre mondiale, compagnon du général de Gaulle à Londres dès 1940. Cette année 2026 marque le cinquantième anniversaire de sa disparition, survenue le 20 février 1976 ; c’est l’occasion de rappeler ce que nous lui devons. Quand la paix revint, il ne rentra pas chez lui. Il alla porter, au sein des Nations Unies, le combat d’une génération traumatisée par Auschwitz et la barbarie d’État. Dès 1946, il s’attela à la rédaction de ce qui allait devenir, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme, texte fondateur, né directement du souvenir des camps et de la déportation. Le monde reconnut l’immensité de ce combat : en 1968, René Cassin reçut le Prix Nobel de la Paix, récompense suprême pour une vie tout entière consacrée à la dignité humaine. De ce texte allait naître la Convention européenne des droits de l’homme, puis, progressivement, l’Europe telle que nous la connaissons. Non pas une Europe imposée par la force, mais une Europe choisie, fondée sur des valeurs que les peuples avaient payées de leur sang. La construction européenne n’est pas un projet technocratique né dans des bureaux : c’est une réponse morale à la guerre, portée par des hommes et des femmes qui avaient tout vu, tout vécu, et qui avaient choisi, malgré tout, de croire en l’avenir.
La paix que nous avons héritée de cette génération courageuse n’est pas un acquis définitif. Elle se construit, elle se protège, elle s’entretient chaque jour. Elle exige la vigilance face aux extrémismes, la fermeté face aux dérives autoritaires, et la volonté constante de défendre les valeurs sur lesquelles notre République est fondée : la liberté, l’égalité, la fraternité.
En cette période où le monde connaît à nouveau les tourments de la guerre aux portes de notre continent, le message du 8 mai résonne avec une force particulière. Il nous rappelle que rien n’est jamais définitivement acquis, que la démocratie peut être fragile, et que ce sont les hommes et les femmes debout qui font la différence.
Au nom de Boutigny, je veux exprimer notre gratitude la plus profonde à tous ceux qui ont servi, à tous ceux qui ont résisté, à tous ceux qui ont souffert pour que nous soyons libres. Je veux saluer les porte-drapeaux, les associations d’anciens combattants qui perpétuent inlassablement cette mémoire avec dévouement.
Et je veux dire aux générations les plus jeunes parmi nous : regardez ces drapeaux, écoutez ces noms lus à voix haute. Pensez à Clair, à Appolinaire, à Frédéric, à Maurille, tombés ici-même, le long de cette route que vous empruntez peut-être chaque jour. Derrière chacun de ces noms, il y a une vie, une histoire, un visage.
Souvenez-vous.
Vive la République.
Vive la France.
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