12/02/2025
Les Reporters de Beaubois, Alain et Dominique on choisi de partager avec vous leur propre histoire de vie, voici leurs témoignages :
« Pourquoi est-ce que la vue est tellement essentielle à la vie ?
Perdre la vue un jour, c’est perdre tous ses amis, la famille et tout.
C’est la pire des choses.
Perdre la vue c’est comme voir que tout s’écroule.
C'est dommage de perdre la vue à 19 ans … J'ai pris le volant et je suis parti c'est tout, avec un ou 2 verres d'alcool en trop … Moi ça m'est arrivé.
Et aujourd'hui, comme demain, je resterai non-voyant jusqu'à la fin de mes jours. Je n'ai plus rien dans la tête, plus rien pour voir.
Mes yeux Bleus comme j'avais, tout a été brisé dans l'accident.
Maintenant une autre vie commence en laissant tout le reste derrière.
Je me suis assez battu pour réussir, pour regarder de l'avant. Je me battrai encore, aujourd'hui et demain, pour tout le temps qu'il me reste à vivre.
Je me bats pour être le plus heureux possible.
Par Dominique
Je suis ici depuis 29 ans, un jour avec ma mère, elle me dit : « dis donc Alain il faudrait peut-être que tu penses à ton avenir. Avec ton père on ne saura pas toujours là. »
Je lui ai répondu que « j'aimerais bien aller dans un foyer religieux » .
Au foyer de jour, après l'école braille, elle a demandé à sa paroisse, au prêtre ce qui existait pour moi. Il lui a dit non, il n'y a rien, qu'il ne savait pas. Elle est allée voir un 2eme prêtre, qui lui a dit la même chose il n'y a rien qui existe. Elle est allée à un 3e prêtre qui lui a dit pareil, il n'y a rien pour votre fils.
Ma mère n'en dormait pas.
Nous faisions partie de la croisade des aveugles, tous les mois on faisait des sorties.
Elle les a appelés et ils lui ont dit : « il y a un foyer de vie qui se construit dans les Côtes-d'Armor : le foyer de Beaubois ».
Elle a alors appelé le directeur, c'était en juillet 94 et il lui a demandé s’ils avaient des vacances bientôt, « Le lundi 8 août serez-vous chez vous ? » « Je viendrai pour vous connaître et surtout connaître votre fils »
Il est venu nous voir, c'est moi qui l'ai reçu.
Il s'est adressé à mes parents puis à moi et m'a demandé quand est-ce que je voudrais rentrer au foyer. Moi j'ai dit en 97 il m'a alors dit de bien réfléchir car il avait peur qu'il n'y aurait plus de place à ce moment-là. Je suis donc rentré le jeudi 4 mai 95, 2 jours après l'ouverture du foyer. J'étais content
Mes parents ont dit au revoir au foyer de jour, aux personnes, le lendemain on partait tôt. On s’est levé à 5h. J'ai pleuré au moment de partir, j’avais le cafard. Ma mère m'a dit « ne pleure pas tout va bien se passer ». Ils m'ont emmené tous les 2 en voiture.
On est arrivé trop tôt, on s'est baladé, on a admiré le château puis on est allé au restaurant à l'écu sur la place de Jugon. On y mange très bien.
Nous sommes retournés au foyer, j'ai été très bien accueilli par les professionnels.
Mon arrivée s'est très bien passée, le soir mes parents sont partis à 18h. Ma mère m’a dit au revoir la première, mon père, lui qui était méchant et dur, m'a demandé si je voulais qu'ils reviennent demain. J'ai dit « non, papa », il s'est mis à pleurer, je n'ai pas compris pourquoi. Il n’a jamais admis ma cécité.
Quand ils sont partis j'étais soulagé.
J'ai demandé « est-ce que c'est possible que j'aille à la messe comme je suis croyant et pratiquant ? » « Oui bien sûr » m’a-t-on répondu
Le directeur m'a alors demandé si je voulais l'accompagner à la messe de Ploarec le dimanche après mon arrivée. J’ai accepté.
Le soir j'ai appelé ma mère tout de suite, le dimanche 7 mai, je lui ai souhaité son anniversaire ; « c’est bien tu ne m'oublies pas » a t’elle dit.
« j'ai du mal à m'habituer sur le groupe bleu » « C’est normal, il faut quand même que tu t'y fasses »
Au début j'étais sur un groupe avec des personnes sourdes c'était difficile de m'habituer.
Ma mère est venue me voir pour la fête des mères fin mai et le soir en rentrant chez elle, mon père a fait son premier AVC, il a été hospitalisé. Ça m'a marqué ça.
Voilà c'est mon histoire, je suis bien content d'être ici.
Je remercie maman de m'avoir trouvé ce foyer.
Je me sens heureux même si je ne vois pas.
Par Alain