17/10/2026
Discours de la FSU du Cher prononcé lors de l'hommage à Samuel Paty, Dominique Bernard et à toutes les personnels de l'éducation nationale assassinés.
6 ans, 6 ans que nous nous rassemblons pour honorer la mémoire de Samuel Paty, assassiné en pleine rue, un soir d’automne.
En ce vendredi de vacances, la mémoire se fait plus vivace encore. Et chaque heure qui nous rapproche de la fin des cours nous rappelle ce vendredi d’octobre où Samuel Paty ferma la porte de sa classe, pour la dernière fois…
A la mémoire de notre collègue de Conflans-Sainte-Honorine, s’ajoute, depuis cette terrible journée d’octobre 2023, celle de Dominique Bernard tombé lui aussi sous les coups d’un de ces fanatiques à Arras.
Tous deux ont voulu se tenir debout, résolus à lutter contre ces obscurantismes dont l’unique dessein est de réduire au néant notre République et les valeurs qu’elle incarne.
Tous deux ont été assassinés.
Tous deux sont tombés sous les coups de ce fanatisme aveugle qui précède les ténèbres.
Que de temps il nous aura fallu pour sortir de l’obscurité, pour construire sur les décombres des guerres et des révoltes cette République éclairée et humaniste.
Que de luttes il nous aura fallu pour que vivent les valeurs qui fondent notre société.
Que de femmes et que d’hommes il aura fallu pour construire, loi après loi, ce berceau du vivre ensemble qu’est notre République.
Au fil des années, on la croyait éternelle et invulnérable, mais il n’aura fallu qu’un éclat métallique dans le bruissement des feuilles d’automne pour que l’on en saisisse toute la fragilité, que l’on prenne conscience de l’éphémère de ces sociétés humaines qui ne tiennent que par la volonté et l’engagement de celles et ceux qui les défendent.
Hélas, il ne suffit pas toujours de mots. Pour que vive cet idéal qui fonde notre société depuis désormais près de 250 ans, il faut parfois payer le plus haut prix, celui du sang.
16 octobre 2020, 13 octobre 2023, deux dates rougies à jamais par le sang versé par nos collègues, Samuel Paty et Dominique Bernard.
Ils sont tombés tous deux dans la lumière dorée de l’automne, l’un pour avoir défendu la liberté d’expression, l’autre pour s’être dressé contre la folie meurtrière en marche.
Ce qui nous réunit ici, ce matin, c’est la certitude que les valeurs que nos deux collègues incarnaient doivent vivre et triompher. C’est là le seul et le véritable hommage que nous leur devons. Les gerbes de fleurs fanent au pied des plaques commémoratives, les discours s’envolent dans le vent, mais notre engagement demeure et honore la mémoire de nos collègues.
Dominique Bernard et Samuel Paty ont besoin que nous poursuivions, sans faiblir, sans faillir, leur combat.
Alors, durant cette minute de silence, douloureuse de souvenirs, ne baissons pas les yeux, n’inclinons pas nos têtes mais ayons la force, toutes et tous, de regarder en face, sans ciller, ce que les extrémismes peuvent faire subir à ceux qui se dressent devant eux.
Unis et déterminés, témoignons ici, ensemble, de notre engagement pour que jamais ne triomphe la nuit de l’obscurantisme sur le soleil de la République.
Que leur voix, éteintes par la violence froide des fanatismes, continuent de resonner en nos poitrines et dissipent ces ténèbres qui ont voulu les faire taire.
Il ne tient qu’à nous d’être dignes de leur mémoire.
Avant que ne retombe le silence, il faut que soit redonnée la parole au poète.
« J’habite à même l’ombre — ainsi la flamme entière
Pénètre la pensée et meurt sur ses confins
[…]
Vivants je ne le suis sinon qu’en vos poitrines
Réside encor la voix que la mort me ravit
Et redire mon nom me fait l’ombre divine »
[…]
René Leynaud
Photo : mairie de Bourges