20/02/2026
Quand on parle du financement de la Sécu, et surtout s’agissant de la Maladie, on nous vend souvent ça comme une affaire de “coût” et de “bonne gestion”. En réalité, c’est une question de choix politiques dans la mesure où soit on garantit un droit réel aux soins en mettant en commun une part de la valeur produite, soit on fait payer à l’entrée et on organise le tri entre celles et ceux qui peuvent encore se soigner… et celles et ceux qui renoncent.
Ce déplacement n’est ni neutre ni abstrait, il change notre travail au quotidien. À force de tickets modérateurs qui montent, de franchises, de participations, de plafonds et d’exceptions, on ne nous demande plus seulement de servir un droit, mais de passer notre temps à expliquer pourquoi il recule. La solidarité devient un parcours d’obstacles, et les agents se retrouvent en première ligne pour encaisser l’incompréhension, la colère, parfois la détresse de personnes à qui l’on répond : “vous êtes trop au-dessus du seuil”, “vous n’avez pas droit à la C2S”, “il faudra avancer les frais”, “voyez avec votre complémentaire”. Autrement dit débrouillez-vous avec vos moyens. On passe du « un pour tous et tous pour un » à « chacun pour soi » !
Cette logique produit de la désorganisation. Chaque petite mesure ajoute une couche de complexité, multiplie les cas limites, les réclamations, les allers-retours et les dossiers qui tournent en rond. On passe trop souvent de notre cœur de métier, qui devait être d’ouvrir et de sécuriser des droits, d’accompagner, de résoudre, à une gestion de la pénurie et de l’empilement réglementaire. Et pendant ce temps, la relation avec les assurés se tend parce que ce n’est pas ceux qui ont voté la réforme qui leur répondent, c’est nous, les agents de la Sécu.
Au bout du compte, tout le monde y perd. Les plus modestes de nos concitoyens paient proportionnellement plus, les plus fragiles renoncent davantage, et les situations se dégradent pour revenir ensuite dans nos services sous une forme plus lourde, plus complexe, plus urgente. On appelle ça “maîtriser la dépense”. Mais dans la vraie vie, ça maîtrise surtout les droits, ça abîme la santé, et ça abîme aussi nos métiers.
Il devient plus qu’urgent de remettre le sujet à l’endroit. La Sécu n’est pas un produit d’assurance, c’est un droit universel. La question n’est pas “comment faire payer chacun un peu plus”, mais comment garantir collectivement l’accès aux soins, sans organiser le chacun pour soi et sans faire porter sur les agents la gestion quotidienne d’un recul programmé
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie une étude consacrée au coût, pour les ménages, du déremboursement partiel de certains soins par l’assurance maladie obligatoire. Dans un contexte de déficit de la branche maladie de la sécurité...