28/01/2026
👉La programmation à télécharger ici: https://shorturl.at/68Coj
👉Disponible en version papier dans le hall du cinéma et sur le site https://www.cinemas-utopia.org/bordeaux/index.php?id=1493&mode=cycle
Ce que les dominants appellent d’un mot, d’une expression, est appelé tout autrement chez les dominés. En Algérie on parlait des «événements», de maintien de l’ordre et finalement de guerre, là où les Algériens parlaient de Révolution. Aujourd’hui les Algériennes et les Algériens désignent la période de la colonisation par l’expression, claire pour eux tous : « Quand ils étaient là ». De même l’invasion de l’Ukraine par la Russie est une « opération spéciale ». Et ce qui vaut pour l’Algérie, vaut bien sûr pour les nombreux peuples colonisés qui ont conquis puissamment leur libération. Pourtant, le poids de la colonisation est resté fort présent dans les têtes... et au cinéma ! A tel point que les VAINQUEURS de ces luttes de libération ne sont que rarement ceux qui racontent l’Histoire. Ce sont encore les colonisateurs, qui depuis plus de cinq siècles, continuent de la raconter à leur façon, y compris après avoir perdu leurs possessions d’antan. C’est pourquoi dans les images du monde occidental, les luttes des peuples colonisés sont rarement montrées de leur point de vue. Fort heureusement, les choses changent ces dernières années comme en témoignent les films souvent primés des réalisateurs et réalisatrices descendants des sociétés colonisées. Au-delà de notre engagement naturel dans le combat anticolonial - de la FranceAfrique au soutien du peuple kanak ou palestinien – nous tentons avec modestie, d’insérer cette édition des Rencontres dans l’évolution assez récente - en France - de la pensée post-coloniale et, plus précisément, décoloniale. Venues des Amériques « latines » et des marges des empires dominants, se sont développées depuis des dizaines d’années des recherches, des militances, des productions artistiques qui veulent comprendre comment le monde occidental continue à façonner le monde en général. Elles proposent souvent de nouvelles narrations et de nos nouveaux imaginaires libérés de leur colonialité. Ce à quoi, à notre niveau, nous nous essaierons de contribuer sans prétendre établir de hiérarchie au sein de ce vaste mouvement des idées et des luttes. Durant cette semaine du 4 au 7 février, nous proposons des films créés par des défenseurs des peuples opprimés, par des représentants de la lutte anti-coloniale par des universitaires et des artistes. Nous ajoutons bien sûr, comme dans les rencontres précédentes de LA CLASSE OUVRIÈRE C’EST PAS DU CINÉMA, des analyses et des débats en matinée à la Bibliothèque municipale de Bordeaux Mériadeck, ou après les projections, résolument tournés vers la volonté d’échanger, d’en apprendre de chacune et chacun. Le mercredi nous questionnerons et tenterons de déconstruire les représentations cinématographiques de la colonisation et de la libération de l’Algérie. Nous passerons au jeudi pendant lequel nous débusquerons les formes de perpétuation de la colonialité des relations de pouvoir au travail, ici et maintenant, entre main d’oeuvre et grands patrons. Le vendredi nous nous interrogerons sur l’exigence de décoloniser les espaces dits « ultramarins » anciennement nommés Dom-Tom, autant d’expressions qui cachent mal le déni colonial français, à partir de films issus des luttes de la Kanaky. Enfin, là aussi brûlante actualité, nous explorerons, le samedi, les réflexions, les actions et les résistances aussi, à la question de la décolonisation des récits et des espaces muséaux. Que d’images et que d’histoires ! Mais nous les préférons comme vous, à l’ignorance et au déni. Concluons donc avec ces quelques vers du CANTIQUE AUX MORTS DE COULEUR de Louis Aragon, car ces questions de pleine actualité, viennent de loin :
Que saviez-vous des querelles
Que réglaient en miaulant
Les fusants et les shrapnels
Ces inventions de blancs
Hommes noirs tombés en Flandres
Dans la neige de chez nous
- L’équipe des Rencontres -
Rencontres Ciné Espaces Marx Utopia - Espaces Marx Aquitaine-Bordeaux-Gironde