03/04/2026
Le cœur ouvert
L’ouverture du cœur, la plénitude de l’intelligence du cœur se réalise toujours au-delà des mots, au-delà de ce qui peut se nommer, de ce qui peut se saisir, de ce qui peut se rejeter.
Le système mental est un système qui a comme fonction, entre autre, de conceptualiser, d'analyser, d’interpréter, de créer des catégories, de nommer mais fondamentalement il ne connaît que les étiquettes sur soi, sur les autres, sur le monde. Par ignorance, nous avons la propension de nous identifier à ce système et ainsi se construit la croyance illusoire que nous sommes uniquement cela. Et nous finissons par être prisonnier.es d'une vision partielle de la réalité du monde et de ce que nous sommes profondément.
L'expression «s’asseoir totalement, seulement s’asseoir», ne se limite pas seulement dans l'espace d'un dojo, n'est pas uniquement circonscrit à la posture spécifique de la méditation assise. Cette expression ne se réduit pas non plus à un temps en particulier. Mais peut se vivre dans les différentes actions de notre existence.
«S’asseoir, pleinement s’asseoir» n'étant pas limité à une position, à un temps, à une condition, nous conduit à comprendre intimement et à réaliser avec l’être dans sa totalité que les pensées au sujet de soi-même, n’est pas soi-même, que les pensées au sujet des autres n’est pas les autres, que les pensées au sujet de la vie, du monde n’est pas la vie, que les pensées au sujet de la Voie n’est pas la Voie.
Il ne s’agit pas de le savoir intellectuellement, mais il est essentiel que cela se réalise en soi-même, que cela se réalise au-delà de toute notion. C'est-à-dire de laisser s’abandonner tout ce que l'on croit savoir sur soi-même, tout ce que l'on croit savoir sur la vie, tout ce que l'on croit savoir sur la Voie, pour vivre intensément chaque instant.
Vivre intensément chaque instant demande de cultiver un esprit neuf, un esprit frais, un esprit qui est accordé à la nouveauté du moment présent ce qui «appelle» à une très grande acuité de l'esprit et à s'ouvrir à la souplesse du cœur.
Vivre intensément chaque instant demande de cultiver un esprit qui ne se coagule pas dans ce qui a été, ni ne se tend vers ce qui sera.
C'est, d’une certaine manière, l'esprit émerveillé. L'esprit qui a la capacité de s'émerveiller quand il n'est pas assujetti à la fixité de l'habitude.
Cet esprit neuf accordé au moment présent est en interdépendance avec notre capacité à être établi dans une attention, dans une présence qui ne bouge pas. C’est-à-dire une présence qui ne se saisit de rien et qui ne rejette rien. Une présence qui ne porte aucun jugement, qui, ni n’analyse, ni n’interprète.
C’est au cœur de cette présence que nous pouvons nous libérer de l’emprise du système de l’identification, car au cœur de cette présence, ce système n’a aucun appui, aucune nourriture, donc rien à quoi s’accrocher pour se cristalliser.
C’est au cœur de cette présence qu’agit ce que Ejo appelait la «Lumière spirituelle», qu’agit l’intelligence du cœur. Ce n’est pas cette construction que nous appelons une identité, ce moi conditionné qui réalise, mais ce qui réalise c’est cette lumière.
Cette lumière qui nous illumine nous permet de réaliser que «s’asseoir, pleinement s’asseoir», que la pratique de la méditation assise n’est certainement pas faire un quelque chose ou ne pas faire, et ce n’est surtout pas développer l’esprit d’éveil.
Comment pourrions-nous développer ce qui a toujours été là ? Nous pouvons uniquement nous y ouvrir, nous dépouiller de cette «vieille peau» qui est tissée par nos différents attachements, nos croyances, nos conditionnements.
La pratique de la Voie est fondamentalement une invitation à percevoir qu'en soi, il existe un bonheur, une paix, une tranquillité, une joie, une absence de peur qui ne dépendent d’aucune condition, qui ne dépendent d’aucun support extérieur.
Ainsi, c'est quand se détache cette «vieille peau» que l’ouverture du cœur, la plénitude de l’intelligence du cœur se déploient. Elles se réalisent toujours au-delà des mots, au-delà de ce qui est nommé, au-delà de ce qui est saisi et de ce qui est rejeté. Au-delà de la dualité.
Je vous souhaite une belle pratique !! De cœur à cœur,
Patrick