31/05/2026
La FINUL
Avant tout commentaire désobligeant, insultant, humiliant, accusateur contre les Casques Bleus de la FINUL, je vous DEMANDE d'aller sur France 2 Replay pour regarder le documentaire "Vrbanja, l'assaut de la dignité" et d'écouter attentivement les témoignages des anciens soldats français du 3e RIMA qui ont vécu ces heures dramatiques en Bosnie.
Vous y entendrez notamment ces soldats, et leurs officiers, dire, avec toute la mesure respectueuse nécessaire, que la mission de maintien de la paix des Casques Bleus n'a, en fait, aucun sens.
Les soldats engagés dans les forces de maintien de la paix de l'ONU sont les tous premiers à être conscients de l'absolue vanité de leur mission, de leur présence et de leur impact sur un conflit. Ils ne servent, réellement, qu'à rassurer les politiciens sur leur pouvoir d'action fantasmé face à un évènement qui les dépasse. En déployant des Casques Bleus, ces politiciens ont le sentiment d'avoir fait quelque chose et peuvent se regarde dans le miroir déformant et auto-flattant de leur ego.
La réalité, c'est que les Casques Bleus n'ont jamais rien empêché. Et ce n'est pas leur faute. Ils ne peuvent pas. Ils n'ont pas de terrain juridique, appelé "ROE" (Rules of Engagement) qui leur permet d'agir réellement.
Au départ, en 1978, l'idée de la FINUL était excellente.
Remontons à 1975: Cette année là, la guerre civile libanaise commence avec une embuscade tendue aux Phalanges Libanaises chrétiennes par les Fedayin palestiniens de l'OLP. Que foutent les palestiniens dans cette histoire?
Remontons à 1970. Septembre 1970 pour être exact. Cette année-là, les palestiniens en ont marre que le Roi de Jordanie se donne un droit de regard sur les opérations terroristes et paramilitaires qu'ils veulent mener contre Israël. Ils veulent être un Etat dans l'Etat et le Roi de Jordanie le refuse. Ils décident donc de tuer Hussein de Jordanie et de s'emparer de l'Etat jordanien, ce qui permettra de faire main basse sur l'armée jordanienne et son matériel et de l'utiliser contre Israël. Mais la Jordanie ne l'entend pas de cette oreille et au cours du mois de septembre 1970, l'armée jordanienne, secrètement soutenue par Israël, combat militairement les Palestiniens. On considère qu'en une dizaine de jours, il y a eu entre 4000 et 10 000 morts palestiniens en Jordanie, essentiellement des civils, puisque, déjà, les combattants palestiniens se fondent dans leur population. Les combats sont tels que les combattants palestiniens qui le peuvent quittent la Jordanie et se réfugient au Liban, via la Syrie.
Ils ont compris la leçon? Ben non, ce serait trop simple.
Entre 1971 et 1975, l'OLP va mener la même politique au Liban: Préparer ses attaques contre Israël sur le sol libanais en se foutant comme d'une guigne de ce que le Liban peut subir comme conséquences. Le Liban, ce n'est pas la Jordanie. La Jordanie est un Etat autoritaire, dont le gouvernement est entièrement entre les mains des Bédouins, des arabes du désert rudes et combatifs qui n'aiment pas les autres arabes sédentaires et urbains (qui, eux, ont la trouille des Bédouins, d'ailleurs). Le Liban, c'est un Etat multiconfessionnel créé par la France pour que les Chrétiens araméens de la côte Méditerranéenne ait un pays et ne soient pas noyés dans la majorité musulmane de Syrie. (En fait, le Liban, c'est un projet sioniste à destination des chrétiens du Proche-Orient, tout simplement.) Mais pour que ce pays existe, il a fallu négocier entre les factions religieuses du pays, chrétiens catholiques romains, orthodoxes, maronites, chaldéens, protestants, etc, qui vivent mélangés à des musulmans chiites, sunnites, alaouïtes, ismaélites et aussi à des druzes, qui ne cochent aucune des cases précédentes. Le Liban est donc tout sauf un Etat centralisé fort qui serait capable de tenir tête à l'OLP. L'OLP devient donc ce qu'il rêve d'être: un Etat dans l'Etat au Liban. Ce qui, évidemment, agace et inquiète beaucoup les différentes communautés libanaises qui se sentent dépossédées de leur souveraineté et prises en otages, notamment les communauté chrétiennes du Sud Liban.
C'est bon, vous suivez jusque là?
En 1975, l'OLP et les Kataeb, les Phalanges libanaises chrétiennes de la famille Gemayel finissent par entrer en conflit armé d'une rare violence et tout le reste de factions religieuses et politiques du pays suit. Ce sont plusieurs dizaines de factions armées belligérantes qui se foutent sur la gu**le. La Syrie, qui a toujours considéré que le Liban était sa zone de baignade dont elle avait été privée par le projet crypto-sioniste christianisé du colon français, en profite pour entrer militairement au Liban en 1976 et soutient l'OLP contre les chrétiens du Sud Liban. Les chrétiens du Sud Liban, eux, reçoivent en 1978, le soutien d'Israël dont l'armée mont jusqu'au fleuve Litani pour protéger sa frontière nord et garantir une zone chrétienne à ses alliés.
Bizarrement, après presque 3 ans de guerre civile et une invasion du nord du Liban par la Syrie, c'est quand Israël envahit le sud du Liban que l'ONU décide, sur proposition française, la mise en place d'une force d'interposition de l'ONU, les fameux Casques Bleus. L'objectif de la FINUL est d'interposer une force de maintien de la paix entre l'OLP et Israël (mais pas entre la Syrie et les Kataeb chrétiens, évidemment), ce qui permet d'exiger le retrait israélien. La FINUL se met en place rapidement et, dès le départ, ça se passe mal. Alors que les israéliens se retirent de Tyr, les palestiniens tentent de les attaquer. Les militaires français de la FINUL s'interposent et sont attaqués par les palestiniens. Pour tenter de calmer les choses, le Colonel Jean Salvan tente de discuter avec les chefs palestiniens mais il tombe lui aussi dans une embuscade palestinienne qui tue le radio du Colonel et blesse son chauffeur qui est capturé. Le Colonel Salvan survit, malgré pourtant 18 impacts de balles.
La FINUL, depuis 1978, doit s'interposer entre Israël et les groupuscules armés au Liban dont les attaques pourraient justifier une riposte ou une invasion israélienne. En soi, l'idée est bonne. Si, entre le fleuve Litani et la frontière israélienne, il n'y a que la FINUL et qu'Israël ne subit donc, depuis 47 ans, aucune attaque, infiltration, attaque terroriste depuis le Liban, tout irait bien.
Mais le diable est dans les détails. Dans la réalité de l'action, que peuvent légalement faire les Casques Bleus qui leur permet d'atteindre cet objectif? Dans les faits, rien. Ils n'ont pas le droit d'empêcher des groupes armés de s'installer au sud du fleuve Litani. Ils n'ont pas le droit de désarmer ces groupes ou de procéder à des enquêtes et arrestations. Ils n'ont pas le droit d'ouvrir le feu sur des groupes armés qui franchiraient illégalement la frontière israélienne. Ils n'ont pas le droit d'ouvrir le feu sur des batteries de mortiers ou de roquettes qui tireraient sur Israël. Ils ont le droit de riposter s'ils sont nommément attaqués en propre, c'est à dire s'il est avéré qu'un des belligérants mène une attaque délibérée contre eux, ce qui n'est officiellement jamais le cas, évidemment. Donc que font les Casques Bleus? Ils font de la présence, observent, par différents moyens, et rendent compte à l'ONU. Et que fait l'ONU de leurs comptes-rendus? Elle en fait une réunionite soporifique à New York puis les archives jusqu'au moment ou un évènement plus grave que les autres permet de les ressortir pour en faire des statistiques qu'on présente au Conseil de Sécurité.
Regardez le documentaire sur Vrbanja, vous aurez les impressions d'impuissance et d'inutilité des Casques Bleus, avec une liberté de parole que ceux qui sont actuellement en mission au sein de la FINUL ne peuvent pas avoir. Vous aurez aussi les témoignages d'incompréhension de ces soldats qui sont parfaitement conscients d'être détestés par les deux côtés.
Les soldats de la FINUL ne sont pas des anges, des saints, des icônes de droiture. Certains sont vigoureusement anti-israéliens, j'en suis certain. D'autres comprennent très bien qu'Israël ne peut pas compter sur la FINUL pour sa sécurité. D'autres encore se demandent pourquoi ils ne voient pas leurs enfants grandir pour le seul but que des bedonnants à l'ONU ou dans les chancelleries dorées puissent se pignoler devant leur miroir auto-flatteur.
Ca fait 47 ans que la FINUL ne sert à rien, ou en tout cas pas l'objectif qui justifiait sa mission lors de sa mise en place. Ce n'est pas sa faute. C'est la faute d'un idéalisme onusien, compréhensible en 1978 parce qu'on avait pas le recul de l'histoire sur les Casques Bleus, qui leur a donné une mission impossible sans les moyens de l'accomplir.
Alors, que faire? Deux options:
- On retire la FINUL. Point barre. Et on ne pleure pas des larmes de politicien obèse quand Israël riposte massivement contre des attaques du Hezbollah ou même contre des préparatifs du Hezbollah.
- On change la mission et les ROE de la FINUL. On réorganise la FINUL en une force de "gendarmerie de combat", c'est à dire une force ayant la capacité et la juridiction d'intervenir comme une force de police et de réagir comme une force militaire s'il y a une opposition armée. On sélectionne des forces de gendarmerie parmi les meilleures du monde, dont l'objectif sera d'enquêter sur les groupes armés au Sud Liban, de démanteler les trafics d'armes, de découvrir les caches, d'intercepter et de démanteler les réseaux de communication, industriels et financiers. On les fait appuyer par des forces spéciales, elles-mêmes appuyées par des troupes conventionnelles parmi les plus rudes et combatives du monde. On convoque le chef de cette force et on lui donne sa mission en une seule phrase toute simple: "Vous démantèlerez complètement tous les groupes armés non-étatiques au sud du fleuve Litani, par des opérations de gendarmerie et par des opérations de combat si nécessaire." Une fois que la mission est remplie, la FINUL est réduite à une force de gendarmerie indépendante de l'Etat libanais dont l'objectif est de s'assurer que de nouveaux groupes armés non étatiques ne se forment pas.
Et bien sûr, aucune des deux solutions ne seront appliquées. La première reviendrait à avouer que 47 ans de FINUL et d'ONU n'ont servi à rien à part bouffer du pognon. La deuxième est juridiquement inapplicable si on veut respecter la souveraineté de l'Etat du Liban, que nous sommes les seuls à respecter parce que le Hezbollah, l'Iran, la Syrie, les Palestiniens et tous les groupes terroristes du coin s'en battent la raie en fumant la chicha...
Pug