07/10/2026
***ALERTE SAR***
Les interventions se suivent, se ressemblent parfois… mais elles ne se terminent malheureusement pas toutes de la même manière.
Entre dimanche matin et lundi après-midi, nous aurons passé plus de 15 heures en mer, engagés sur trois interventions particulièrement intenses, au cours desquelles de nombreuses vies auront pu être sauvées.
Mais celle de dimanche soir restera, pour nous, l’une des plus dramatiques.
Il est un peu plus de 22 heures lorsque le CROSS Gris-Nez nous engage pour la deuxième fois de la journée.
Une embarcation vient d’être mise à l’eau, dans l’obscurité totale, avec près d’une centaine de personnes à son bord. Plusieurs autres personnes sont encore à l’eau, au niveau du Parc à Moules de Berck. Elles viennent d’être repérées par les gendarmes.
Nous appareillons en un temps record, malgré la marée basse.
Nous décidons de partir à cinq au lieu de quatre habituellement, avec trois nageurs de bord.
Très rapidement, nous arrivons sur zone. Par chance, les personnes qui n’avaient pas réussi à monter dans l’embarcation ont pu sortir d’elles-mêmes de l’eau. Une première inquiétude est donc levée.
Mais il faut maintenant retrouver le bateau en pleine nuit noire.
Pendant près de vingt minutes, nous le recherchons avec l’aide des patrouilles à terre, de nos moyens de vision thermique et nocturne, et de notre radar.
Puis, enfin, nous parvenons à détecter sa position. L’embarcation se trouve à plus de trois kilomètres de la côte.
Lorsque nous arrivons à son contact, nous découvrons un bateau surchargé, avec près d’une centaine de personnes à bord. Beaucoup de femmes et d’enfants.
Une forte odeur d’essence nous alerte immédiatement.
Pourtant, à cet instant, l’ambiance semble encore relativement calme.
Puis, en quelques minutes, plusieurs personnes commencent à nous appeler.
Et le drame commence.
En moins de dix minutes, nous allons extraire de cette masse humaine compacte, à chaque fois au prix d’efforts physiques considérables, d’abord des mains… puis des corps.
Deux jeunes filles.
Puis deux hommes.
Une jeune fille est hurlante. Elle souffre de brûlures provoquées par le mélange d’eau salée et d’essence présent au fond de l’embarcation.
Une jeune femme est inconsciente. Nous parvenons à la ramener avec nous.
Mais lorsqu’elle reprend connaissance, elle est en état de panique absolue.
Sa petite fille de dix ans a disparu au moment de l’embarquement.
Puis viennent les deux hommes.
Lorsque nous parvenons à les extraire, ils sont déjà en arrêt cardio-respiratoire. À cinq, nous entamons alors un combat contre la montre.
Un marathon.
Un combat inégal face à la vie et à la mort.
Nous serons rapidement épaulés par un autre infirmier, transféré depuis le bateau de la Guardia Civil espagnole venu nous prêter assistance.
Pendant 45 minutes, nous ne cesserons pas de masser ces deux hommes.
Jusqu’à leur prise en charge par les équipes médicales du SMUR et Les Sapeurs-Pompiers du Pas de Calais qui nous attendent à terre.
Malheureusement, malgré tous les efforts engagés, ces deux hommes ne pourront pas être sauvés.
La jeune fille brûlée sera héliportée en urgence vers un centre spécialisé dans la prise en charge des grands brûlés.
La jeune maman, malgré plusieurs pertes de connaissance, reprend progressivement ses esprits dans l’ambulance des sapeurs-pompiers.
Dans les dunes, les policiers poursuivent les recherches.
Et juste avant son transfert à l’hôpital, ils lui ramènent finalement sa petite fille.
Elle aussi devra être hospitalisée pour traiter des brûlures.
Cette nuit-là, nous avons fait ce pour quoi nous sommes engagés.
Nous avons porté secours.
Nous avons tout donné.
Nous avons tenté de sauver chaque vie qui pouvait encore l’être.
Mais cette nuit-là, malgré tous nos efforts, nos formations, nos entrainements nous avons perdu deux combats.
Nos pensées vont aujourd’hui vers ces deux hommes.
Nous ne connaissons même pas leurs prénoms.
Mais nous n’oublierons pas leurs visages, ni ces 45 minutes durant lesquelles nous avons tout tenté pour les ramener à la vie.
Il est près de 3 heures du matin lorsque nous pouvons enfin fermer la station.
Le sommeil sera difficile à trouver.
Pourtant, à 7 h 30, quelques heures seulement après notre retour, les équipiers sont déjà là.
Il faut réarmer le bateau.
Le nettoyer.
Procéder à la désinfection sanitaire.
Faire les pleins.
Remettre en place un sac de secours complet.
Remplacer l’oxygène.
Tout préparer pour pouvoir repartir immédiatement si une nouvelle alerte survient. Et elle surviendra deux heures plus t**d, nous repartons en mer pour une nouvelle mission humaine qui durera plus de six heures.
C’est aussi cela, être Sauveteurs en Mer - SNSM
Être là quand tout bascule.
Donner tout ce que l’on peut donner.
Sauver ceux que l’on peut sauver.
Et parfois, malgré tout, devoir accepter que certains combats soient perdus.
Nous continuerons pourtant à répondre présents.
Parce que c’est notre engagement.
Parce que c’est notre devoir.
Et parce que derrière chaque alerte, chaque embarcation et chaque visage, il y a avant tout une vie.
Comme toujours, tout propos déplacé, injurieux ou à caractère politique sera systématiquement supprimé.
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