23/11/2025
⭕️Hommage à Thérèse Bigey par Madeleine Morice pour la CGT du Territoire de Belfort (obsèques 22/10/2025).
Je voudrais au nom de mes camarades de la CGT du département rendre hommage à Thérèse et dire plus particulièrement à ses enfants Isabelle et Laurent et leurs conjoints, à ses petits-enfants combien Thérèse fut un des piliers de l’action syndicale pendant plus de 40 ans, dans notre département
Thérèse notre amie, notre camarade te voilà arrivée au terme de ta vie. Une vie marquée par ton engagement syndical et féministe
Nous savions que tu étais malade, mais comme tes soins contre le cancer duraient depuis 4 ans, nous ne pensions pas à un décès aussi rapide. Dimanche dernier tu communiquais encore avec Philippe et il y a 15 jours nous avons eu un échange téléphonique. Aussi l’annonce de ton décès jeudi nous a sidérés et plongés dans une grande tristesse.
Thérèse est née en 1939 dans une famille d’agriculteurs de la région de Fougerolles en Haute -Saône. Comme l’immense majorité des jeunes à cette époque elle commence à travailler à 14 ans d’abord à la ferme familiale, puis comme femme de ménage, et à la distillerie Peureux de Fougerolles.
De ses années de jeunesse, Thérèse gardait l’implacable inégalité de destin suivant le milieu de naissance. Elle aurait aimé faire des études mais c’était une époque où les études étaient réservées à une « petite élite », indépendamment des goûts et capacités de chacun. Cette soif d’apprendre qu’elle n’a pu satisfaire dans sa jeunesse, elle l’a conservé tout au long de sa vie.
Elle se marie avec Georges en 1960 et le jeune couple viendra s’installer dans le Territoire de Belfort. La famille se fondera avec la naissance de 2 enfants Isabelle et Laurent.
Thérèse sera pendant quelques années assistante familiale, accueillant des enfants « placés » comme cela se disait à l’époque par les services sociaux de la DDASS.
Au milieu des années 70 elle entre comme ouvrière à l’usine AMSTUTZ de Delle, usine métallurgique qui dans ces années-là fabriquait des appareils de chauffage
Elle y restera jusqu’à la retraite.
A Amstutz Thérèse rencontre les militants Cgt, très vite elle se syndique, devient déléguée du personnel Puis début des années 80 lors du départ en retraite du secrétaire du syndicat Angelo Savorgnano, elle est élue par ses camarades secrétaire du syndicat. Sacré défi à une époque où le mot parité n’était pas un mot usuel.
Sacré défi aussi à relever dans la Cgt, notamment dans le secteur de la métallurgie, où l’essentiel des responsabilités étaient confiées à des hommes qui parfois régnaient tel des patriarches. Et bien Thérèse a relevé ce défi avec brio elle a su convaincre, entrainer, mobiliser ses camarades et collègues de travail Et elle restera secrétaire de son syndicat jusqu’à son départ en retraite.
Elle participera activement à la vie et au rayonnement de la Cgt en étant membre la direction de l’UD pendant de nombreuses années, en participant aux divers congrès. Elle représentera la CGT à la CAF, à la caisse complémentaire de retraite. Elle sera aussi active à la direction du Comité inter entreprise de Delle.
L’heure de la retraite venue elle a poursuivi tout naturellement son engagement syndical et a été jusqu’à son décès secrétaire du syndicat des retraités de Delle.
Thérèse était une battante, jamais vaincue d’avance, très soucieuse des autres et notamment « des plus malheureux qu’elle » pour reprendre une de ses formules.
Nous avons fait ensemble un grand bout de chemin syndical, un peu plus de 40 ans.
Thérèse était une syndicaliste de la feuille de paie, du cahier de revendications, du carreau cassé selon la belle expression d’Henri Krasucki.
Mais elle était aussi une syndicaliste qui se bat pour une autre société libéré des malheurs causés par le capitalisme, une société de paix et de fraternité.
Ces convictions l’amenaient à placer l’intérêt collectif au-dessus de l’intérêt personnel.
Elle n’était pas de celles et ceux qui pensent qu’ils ont forcément raison, avant de prendre une décision elle s’interrogeait, consultait les uns et les autres.
Sa réflexion s’appuyait sur les discussions qu’elle avait à l’usine, mais aussi sur ses lectures et les échanges syndicaux variés
Franche sans porte de sortie, elle défendait avec opiniâtreté son point de vue tant auprès de ses collègues, que dans le syndicat ou face aux patrons.
Elle avait aussi à cœur de rendre compte de ses mandats, attitude si précieuse à l’exercice de la démocratie, ce qui lui valait le respect de son entourage.
Dans le cadre de mon mandat syndical j’ai souvent rencontré les responsables syndicaux des entreprises de Delle. J’allais à ces réunions toujours avec plaisir et j’y appréciais la simplicité, la bonté et le climat de confiance et de fraternité qui y régnait.
Quand je pense à Thérèse la première image qui me vient à l’esprit c’est Thérèse arrivant en manif à la maison du Peuple ou devant la préfecture, déterminée et entourée de ses camarades de Delle Philipe, Robert, Pascal, Claude, Jean Marie, Daniel, Gérard …Cette image comme un reflet de ce que je ressentais dans leurs syndicats respectifs
Comme beaucoup d’entre nous, l’engagement syndical de Thérèse l’a amenée à participer aux combats féministes avec en premier lieu la prise de conscience de l’importance primordiale du salaire pour l’émancipation des femmes liée à la nécessaire égalité des salaires hommes femmes. Que de réunions, d’assemblées, de délégations pour convaincre de ce qui apparait aujourd’hui comme une évidence. Et que dire des débats et luttes autour de la répartition des tâches dites ménagères qui reste aujourd’hui une revendication d’actualité.
Thérèse a beaucoup apprécié que Georges, son mari, bien que n’ayant pas les mêmes engagements qu’elle, lui laisse l’entière liberté de militer ce qui n’était pas si courant dans les années 80 y compris dans la famille CGT.
Convaincue que le savoir les connaissances participent à l’émancipation Thérèse a participé à de nombreux stages syndicaux. Elle fut parmi celles qui se sont battues en Franche-Comté au milieu des années 80 pour avoir un stage d’une semaine en externat. Combat féministe mené dans la Cgt où la majorité masculine essayait de nous convaincre que l’internat était tellement mieux, même si le pourcentage de femmes à y participer était minime.
Elle est de celles et ceux qui par leurs activités militantes ont acquis beaucoup de connaissances, se forgeant ainsi une authentique culture ouvrière.
Culture acquise par la nécessité de mieux comprendre le monde et ainsi mieux défendre les travailleurs, et travailleuses, mieux défendre les gens de peu comme sont parfois outrageusement nommé ceux qui ne sont pas dans les sphères des pouvoirs.
Cette culture acquise au fil des luttes sonne comme une revanche sur une jeunesse privée d’accès au savoir scolaire,
Merci Thérèse pour ce que tu as apporté à tes compagnons de travail
Merci pour ce que tu as donné à la Cgt et ses militants
Merci pour ce chemin parcouru ensemble
La mort nous éloigne physiquement,
mais elle n’a pas la force de nous priver de ce que nous avons reçu de toi.
Et comme ultime adieu ces vers de Paul Eluard que chacun, chacune des camarades de la CGT pourraient t’adresser
J’ai écrit ton nom sur le sable,
Mais la vague l’a effacé.
J’ai gravé ton nom sur un arbre,
Mais l’écorce est tombée.
J’ai incrusté ton nom dans le marbre,
Mais la pierre a cassé.
J’ai enfoui ton nom dans mon cœur,
Et le temps l’a gardé.
Madeleine Morice
⤵️Photos de Thérèse Bigey avec les camarades - 2014