19/04/2026
Il y a un an, mon monde s’est arrêté.
Et depuis, j’ai parfois l’impression de vivre dans un endroit que seuls certains connaissent…
un monde parallèle, invisible, où l’on apprend à respirer avec un cœur en morceaux.
Je ne sais pas si tous les parents qui ont perdu un enfant ressentent cela.
Je ne sais même pas si les mots existent vraiment pour le dire.
Mais aujourd’hui, j’avais besoin de parler à cœur ouvert.
Bien sûr, il y a l’absence.
Ce vide immense, vertigineux, qui ne se comble jamais,
ce silence qui hurle plus fort que tous les bruits du monde.
Bien sûr, il y a la douleur.
Cette souffrance sourde, constante, qui s’invite partout,
dans chaque souvenir, dans chaque geste, dans chaque instant.
Mais il y a aussi tout ce qu’on ne nous dit pas.
Il y a le temps…
le temps qui ne s’arrête pas, lui.
Les saisons qui défilent comme si de rien n’était,
le printemps qui revient, l’été qui s’installe,
et cette sensation insupportable que chaque jour qui passe
m’éloigne un peu plus de la dernière fois où je l’ai vu.
Comme si avancer, malgré moi,
c’était le quitter une seconde fois.
Il y a ces moments où, contre toute attente, un sourire revient.
Un éclat de rire, furtif, presque coupable.
Et immédiatement après… cette sensation de trahison.
Comme si le simple fait de ressentir encore un peu de joie
venait salir son absence.
Alors que non…
ces sourires ne sont plus les mêmes.
Ils sont plus fragiles, plus rares,
et infiniment plus lourds à porter.
Il y a aussi les regards.
Ceux qui se posent sur nous avec une infinie douceur…
mais qui nous brisent quand même.
Parce qu’ils sont chargés de pitié,
et que nous, on voudrait juste être regardés… normalement.
Et puis il y a cette solitude étrange.
Celle qui ne disparaît pas, même entouré.
Même au milieu d’une foule, même au milieu des siens.
Parce qu’au fond, quelque chose s’est fissuré à jamais,
et que cette fracture-là ne se voit pas.
Il y a les mots aussi.
Ceux qu’on n’a pas demandés, mais qu’on reçoit quand même.
“Le temps fera son affaire.”
“Tu dois avancer.”
“Un jour, ça ira mieux.”
“Tu dois faire ton deuil.”
Mais le deuil d’un enfant…
ce n’est pas une étape.
Ce n’est pas une destination.
C’est une traversée.
Et parfois, on n’a pas besoin de phrases.
Juste d’une présence.
D’une main posée sur l’épaule.
D’un silence qui dit simplement :
“Je suis là.”
Parce que cette douleur-là…
personne ne peut vraiment la comprendre.
Même moi, qui ai perdu mon enfant,
je n’oserais jamais dire que je comprends totalement
ce que vit un autre parent.
Car chaque amour est unique,
et chaque absence l’est tout autant.
Alors à vous, parents au cœur brisé…
oui, votre peine est légitime.
Oui, vous avez le droit de pleurer.
Vous avez le droit de vous effondrer, de vaciller, de ne plus savoir.
Vous avez le droit d’être exactement là où vous en êtes.
Et à vous, qui n’avez pas connu ce drame…
merci.
Merci de rester.
Merci d’essayer, même maladroitement.
Merci pour vos silences, pour vos gestes, pour votre présence.
Merci de ne pas détourner le regard.
Parce que parfois…
être là, simplement,
c’est déjà immense.
©️Géraldine Lenoir Fauvel