08/03/2026
[8 mars]
Discours de notre coprésidente, Aissata, pour rappeler pourquoi nous luttons.
« Que faisons—nous aujourd’hui ?
Fêter, célébrer, commémorer, honorer, glorifier le droit des femmes ? Bonne idée !
Ou
Rappeler encore et encore que des femmes meurent en grand nombre pour la mauvaise et simple raison qu’elles sont des femmes ?
Célébrer les droits acquis, en être fières, réclamer leur application ?
Ou
Demander, que dis-je exiger le droit de ne pas mourir sous les coups d’un que ça chatouillerait comme un prurit d’en tuer une.
Parce que ce n’est qu’une femme, un objet, une propriété, un meuble...
Je ne sais pas choisir, je prends les deux.
Je prends les deux parce que l’un ne va pas sans l’autre.
Célébrer les droits, oui mais sans jamais oublier que chaque victoire n’est qu’une bataille gagnée dans une guerre qui, elle, continue de faire des mortes.
Et c’est là que je regarde ailleurs. Que je regarde vers nos voisines.
Il va falloir attendre combien de temps encore, chez nous, pour obtenir une vraie loi ? Comme c’est le cas en Espagne où depuis la loi intégrale contre les violences faites aux femmes, votée en 2005, le nombre de féminicides est passée de 76 en 2008 à 48 en 2024.
Bravo. Ce n’est pas suffisant 48 c’est encore 48 de trop, mais c’est quand même remarquable. C’est la preuve que quand on veut, on peut.
Alors, qu’ont-elles fait de si différent, nos voisines espagnoles ?
Elles ont fait comprendre une chose essentielle : la violence conjugale n’est pas une affaire privée. C’est une violation des droits humains. Et elle a été traitée comme telle.
Des tribunaux spécialisés ont été créés. Des juges, des procureurs, formés spécifiquement. Finie la loterie du « ça dépend sur quel magistrat on va tomber ». La justice sait, elle voit, elle agit.
Ils ont mis en place des mesures de protection immédiates. Sans attendre que la victime trouve le courage (ou le temps) de porter plainte. Des bracelets anti-rapprochement qui sonnent l’alarme dès que l’agresseur s’approche. Des téléphones d’urgence avec géolocalisation pour qu’à tout moment une femme en danger puisse être secourue.
Ils ont aussi élargi leur regard. En 2025 ils ont fait mieux encore, ils ont voté une loi contre les violences vicariantes.
Désormais en Espagne un homme qui s’en prend aux enfants de sa compagne pour la punir, encourt jusqu’à trois ans de prison. On ne dit plus « c’est un drame familial », on dit c’est un crime.
Parce qu’en Espagne, ils n’ont pas choisi entre célébrer et agir. Ils ont fait les deux.
Il va falloir attendre combien de temps encore pour que nous, françaises, obtenions une vraie loi, un ensemble de mesures qui mettent les femmes à l’abri.
Alors célébrons le 8 mars. Célébrons les femmes, leurs droits, leur force. Et célébrons tout cela autour de ce banc. En nous rappelant que parmi tout ceux que nous célébrons aujourd’hui, il y a ce droit-là.
Le droit de ne pas être tuée parce qu’on est une femme.
Ce n’est pas une faveur.
Ce n’est pas un espoir
C’est un droit.
Et nous sommes là pour le faire respecter. »