27/06/2026
Prise de parole 26 juin 2026
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers collègues,
Chers Vauclusiennes et Vauclusiens,
Chers Camarades
Nous sommes ici parce que nous refusons qu'une politique continue de fragiliser les agents, de dégrader le service public et d'abandonner les plus vulnérables.
Le Vaucluse est aujourd'hui l'un des départements les plus pauvres de France.
Cette réalité n'est pas une statistique.
Elle a un visage.
Ce sont les familles qui n'arrivent plus à se loger. Ce sont les jeunes qui renoncent à se soigner. Ce sont les personnes âgées isolées. Ce sont les enfants qui grandissent dans la précarité. Ce sont les allocataires du RSA qui cherchent simplement à vivre dignement. Et face à cette réalité sociale qui s'aggrave, quelle est la réponse du Département ?
Toujours les mêmes recettes. Réorganiser. Mutualiser. Optimiser. Redéployer.
Faire plus... avec moins.
Nous le disons aujourd'hui avec force :
On ne combat pas la pauvreté en réduisant les moyens de ceux qui la combattent. On ne lutte pas contre les inégalités en épuisant les travailleurs sociaux. On ne protège pas l'enfance en surchargeant les équipes.
On ne renforce pas l'accès aux droits en laissant les services s'enfoncer dans la pénurie.
La pauvreté n'est pas une faute. Elle ne doit jamais être sanctionnée.
Elle doit être combattue. Et pour la combattre, il faut des politiques publiques ambitieuses.
Il faut des travailleurs sociaux disponibles. Il faut des équipes administratives en nombre suffisant. Il faut des services de PMI. Il faut des professionnels de la prévention. Il faut des moyens pour le logement.
Pour la santé. Pour l'éducation. Pour l'insertion. Pour la protection de l'enfance.
Le rôle d'un Département n'est pas de gérer la pauvreté.
Le rôle d'un Département est de donner à chacun les moyens d'en sortir.
Or aujourd'hui, nous assistons à une autre réalité.
Les agents sont épuisés. Ils perdent le sens de leur métier.
Non pas parce qu'ils ne veulent plus travailler. Mais parce qu'ils ne disposent plus des moyens de faire correctement leur travail.
Et cette souffrance-là, nous la connaissons.
Nous l'entendons tous les jours. Des collègues qui nous disent :
"Je n'ai plus le temps d'accompagner correctement les personnes."
"Je fais de la gestion de crise du matin au soir."
"Je passe plus de temps à réparer les dysfonctionnements qu'à exercer mon métier."
"Je rentre chez moi avec le sentiment d'avoir abandonné des familles."
Voilà la véritable violence.
Ce n'est pas seulement la surcharge de travail. C'est la perte du sens du service public. Et lorsqu'on enlève le sens à un métier, on broie les femmes et les hommes qui l'exercent.
Pendant ce temps, que nous propose-t-on ?
Une nouvelle réorganisation. Mais une réorganisation ne remplacera jamais des postes supprimés. Une réorganisation ne remplacera jamais des équipes complètes. Une réorganisation ne remplacera jamais un budget. Une réorganisation ne remplacera jamais une politique sociale ambitieuse.
On ne construit pas une maison sur des fondations qui s'effondrent. Et aujourd'hui, les fondations sont en train de céder. Avant de déplacer les murs, il faut consolider le bâtiment. Avant de redessiner les organigrammes, il faut remettre des agents dans les services. Avant de parler de performance, il faut parler d'humanité.
Regardons la situation du RSA. Les collègues nous alertent depuis des mois. Des radiations insensées, un manque d’information, une impossibilité de communiquer entre services et directions Des problématiques qui se complecifie sans moyens pour y repeindre
Des procédures complexes. Des dysfonctionnements.
Des usagers qui ne comprennent plus. Des agents qui encaissent chaque jour la colère et le désespoir.
Ce n'est pas seulement un problème administratif. C'est un problème démocratique. Quand une personne en situation de précarité n'accède plus à ses droits dans des délais raisonnables, c'est la République qui recule. Quand un agent n'a plus les moyens d'accompagner dignement un allocataire, c'est tout le service public qui est fragilisé.
La CGT refuse que les agents deviennent les amortisseurs des choix politiques.
Nous refusons que les collègues soient instrumentalisés pour faire accepter des économies présentées comme des modernisations.
Nous refusons que les agents portent seuls la responsabilité de dysfonctionnements dont ils ne sont pas à l'origine. Et nous appelons aujourd'hui tous les agents à ne pas se résigner. À continuer de faire remonter les difficultés qu'ils rencontrent. À ne pas laisser croire que tout va bien quand chacun voit que les services sont à bout de souffle.
Parce que défendre le service public, ce n'est pas se taire.
C'est avoir le courage de dire quand il ne peut plus remplir correctement ses missions. Ce n'est pas critiquer les agents. C'est les protéger. C'est protéger les usagers. C'est défendre l'intérêt général.
Aujourd'hui, nous demandons un changement de cap.
Pas une énième réorganisation. Un plan d'urgence. Des recrutements.
Le remplacement des absences. La résorption des vacances de postes. Des moyens pour les services sociaux. Des moyens pour les EDES. Des moyens pour la protection de l'enfance. Des moyens pour l'accompagnement des bénéficiaires du RSA.
Parce qu'un service public affaibli, ce sont toujours les plus pauvres qui en paient le prix. Et parce que nous refusons cette fatalité. Nous continuerons à porter la voix des agents. Nous continuerons à défendre les Vauclusiennes et les Vauclusiens. Et nous continuerons à rappeler que la richesse d'un Département ne se mesure pas à ses organigrammes. Elle se mesure à la façon dont il protège celles et ceux qui en ont le plus besoin. Voilà le combat de la CGT. Voilà pourquoi nous sommes ici aujourd'hui.
Nous voulons aussi dénoncer un climat qui devient préoccupant. Lorsque des agents alertent sur leurs conditions de travail, lorsqu’ils font remonter des dysfonctionnements, lorsqu’ils disent que le service public ne tient plus, la réponse ne peut pas être l’intimidation. La réponse ne peut pas être de brandir systématiquement le devoir de réserve comme un bouclier pour faire taire celles et ceux qui osent parler. La réponse ne peut pas être la convocation individuelle d’agents qui ont simplement exprimé des difficultés de terrain.
Nous le rappelons clairement : les agents publics ont des obligations, oui. Mais ils ont aussi le droit d’alerter. Ils ont le droit de dire lorsque leurs missions deviennent impossibles à exercer correctement. Ils ont le droit de faire remonter ce qui met en danger la qualité du service public et l’accompagnement des usagers.
Le devoir de réserve ne peut pas devenir un outil de silence.
Le devoir de réserve ne peut pas servir à masquer les défaillances d’une organisation.
Le devoir de réserve ne peut pas être utilisé pour empêcher les agents de témoigner de leur souffrance, de leur épuisement et des conséquences concrètes des choix politiques sur les Vauclusiens.
La CGT le dit fermement : les agents ne doivent pas être isolés, culpabilisés ou convoqués parce qu’ils ont le courage de dire la réalité du terrain.
Nous appelons les collègues à ne pas rester seuls. Faites remonter les situations. Saisissez vos représentants du personnel. Protégez-vous collectivement. Parce que ce qui est en cause ici, ce n’est pas la loyauté des agents. C’est la loyauté de l’institution envers ses propres missions de service public.
Avant de conclure, nous voulons dire une chose essentielle.
Aujourd'hui, cette parole ne doit pas appartenir uniquement à la CGT.
Elle appartient d'abord aux agents. À celles et ceux qui, chaque jour, font vivre le service public malgré les difficultés. À celles et ceux qui accueillent, accompagnent, protègent, orientent, entretiennent, instruisent, écoutent. À celles et ceux qui connaissent la réalité du terrain. Parce que la réalité ne se lit pas dans un organigramme. Elle ne se mesure pas dans un tableau Excel. Elle ne se résume pas à des indicateurs. Elle se vit chaque jour dans les services du Département. Alors nous invitons aujourd'hui les agents qui le souhaitent à prendre la parole. À témoigner. À raconter leur quotidien. À dire ce que deviennent leurs métiers. À dire ce qu'ils ne peuvent plus faire faute de temps, faute de moyens, faute d'effectifs. Parce que leur parole est légitime.
Parce qu'elle est indispensable. Parce que personne ne connaît mieux le service public que celles et ceux qui le font vivre. Mais nous voulons également donner la parole aux Vauclusiennes et aux Vauclusiens qui sont présents aujourd'hui. À celles et ceux qui viennent dans nos services. À celles et ceux qui attendent un accompagnement. À celles et ceux qui rencontrent des difficultés pour accéder à leurs droits. À celles et ceux qui vivent les conséquences de l'affaiblissement du service public.
Car lorsque le service public est fragilisé, ce ne sont pas seulement les agents qui souffrent. Ce sont aussi les usagers. Ce sont les familles. Ce sont les enfants.
Ce sont les personnes âgées. Ce sont les personnes en situation de handicap.
Ce sont les allocataires du RSA. Ce sont toutes celles et tous ceux qui comptent sur le Département lorsqu'ils traversent une période difficile. Aujourd'hui, nous voulons que cette parole soit entendue.
Par Madame la Présidente.
Par les élus départementaux.
Par l'ensemble de l'exécutif.
Nous ne sommes pas ici pour défendre des intérêts particuliers.
Nous sommes ici pour défendre un bien commun.
Le service public. Un service public humain. Accessible. Protecteur.
Un service public qui donne à chacun les moyens de vivre dignement.
Parce que défendre les agents, c'est défendre la qualité du service rendu aux Vauclusiennes et aux Vauclusiens.
Parce que défendre les conditions de travail, c'est défendre les conditions d'accueil des usagers.
Parce qu'un agent épuisé ne peut plus accompagner comme il le souhaiterait.
Et ce n'est la faute ni des agents... ni des usagers.
C'est le résultat de choix politiques. Alors aujourd'hui, nous lançons un appel.
Aux agents : continuez à faire entendre votre réalité. Vous n'êtes pas seuls.
Aux Vauclusiennes et aux Vauclusiens : ne laissez pas s'affaiblir le service public dont vous avez besoin. Défendre les agents, c'est aussi défendre vos droits.....