02/06/2026
Des Hommes et des Ailes
In Memoriam
Jean-Gérard Fleury
(24 novembre 1905 - 2 juin 2002)
Né à Inchy-en-Cambrésis (Nord).
Fils d’agriculteur, il quitte sa région natale pour faire des études de droit et de lettres à Paris.
D'abord diplômé de l’Institut d’Études Politiques, il sera brièvement lecteur dans un collège américain (1929-30), puis avocat et journaliste à Paris.
En 1931, il est envoyé en reportage sur la ligne aérienne Toulouse-Santiago du Chili, expérience décisive qui lui fournira la matière de son premier livre, Chemins du ciel.
Il se passionne alors pour l'aviation et devient l'ami de nombreux pilotes : Saint-Exupéry, Reine, Guillaumet, et surtout Jean Mermoz (1901-1936), qui lui fait passer son brevet de pilote.
Comme journaliste, il est responsable de la chronique aéronautique au Jour et à Paris-Soir.
Il publie aussi quelques articles dans Je suis partout en 1931-32 (à propos des États-Unis).
Mais l'essentiel de son activité et de sa vie concerne désormais l'aviation, ainsi que le Brésil.
Il y débutera sa carrière d'administrateur de sociétés.
Il s'y marie également, le 23 mars 1944, avec Nalige de Souza Leão, dont il aura deux enfants.
Il a ensuite travaillé dans de nombreuses entreprises, à des postes de responsabilité : il fut notamment conseiller du département étranger de Hachette, administrateur des docks de Bahia, représentant au Brésil de l'Omnium technique des transports par pipe-line (de 1945 à 1978), représentant de la Société Louis Bréguet et de Sud-Aviation.
Il a également été délégué du Brésil au Conseil supérieur des Français de l'étranger (1972), et correspondant du quotidien France-Soir.
Il a vécu presque toute sa vie au Brésil, notamment à Rio de Janeiro, où il mourut le 2 juin 2002.
* La carrière de Jean-Gérard Fleury est étroitement liée à l'une des grandes figures de l'industrie aéronautique française de l'entre-deux-guerres, l'avionneur René Couzinet (1904-1956), à propos duquel il est nécessaire de rappeler quelques faits.
En 1933, Vargas avait rencontré Couzinet et Mermoz, pour leur proposer de développer l'aviation au Brésil.
Le projet était des plus sérieux, il s'agissait de construire des avions dans une usine située à Lagoa Santa, dans le Minas Gerais, à 40 km au nord de Belo Horizonte.
Couzinet avait notamment conçu un bimoteur, le Guanabara, mais la France s'opposa à ce qu'il le fabriquât au Brésil, et l'ingénieur le construisit finalement en France (ce fut l'Arsenal 10).
Les tractations avec le Brésil reprirent toutefois après la disparition de Mermoz en décembre 1936.
Couzinet et Fleury déposèrent alors au Brésil les statuts d'une société, baptisée Construções aeronaúticas, qui devint en octobre 1937 la Fábrica Nacional de Aviões e de Hydraviões do Brasil (FNAH).
Basée comme prévu à Lagoa Santa, elle connaîtra un essor régulier jusqu'en 1941.
Dans ce cadre, Jean-Gérard Fleury est un des plus proches collaborateurs de Couzinet, voire son fondé de pouvoir.
Il apparaît comme le co-fondateur de l'usine-mère, à quoi s'ajoute, par ses soins, la création d'un bureau d'études à New York (1939-43).
Il est de ces Européens qui, pour reprendre une expression contemporaine, ont « fait l'Amérique », c'est-à-dire ont fait fortune en Amérique ; on ajoutera que, dans son cas, il a aussi fait l'Amérique dans un autre sens : à son niveau, il a contribué d'une certaine façon au développement du Brésil.
Comme on le voit, il est clair que, via Couzinet, Fleury doit une bonne partie de sa réussite professionnelle… à Vargas.
En fait, Fleury et Couzinet sont arrivés au Brésil au bon moment, puisque Vargas était justement en train de renoncer au modèle agro-exportateur pour promouvoir l'industrialisation, et, parmi les réalisations de prestige sur lesquelles il compte, une aviation nationale.
Cela méritait sans doute une biographie !
D'autant que, dans ses livres précédents (Chemins du ciel et La Ligne), l'auteur ménageait une place significative au Brésil, et même à son homme providentiel.
Lorsqu'il publie son court opus sur Getúlio Vargas, Fleury est en effet l'auteur de trois ouvrages...
"Chemins du ciel", récit à la première personne de son reportage de 1931, où apparaissent déjà les figures héroïques de l'aviation française
"Un homme libre chez les Soviets", dans lequel il sacrifie après bien d'autres au rite du « voyage d'URSS », et pour lequel il obtient le prix Albert Londres en 1938
"La Ligne", son livre le plus connu, retraçant l'épopée de l'aéropostale, qui sera maintes fois réédité, traduit en plusieurs langues dont le portugais, et toujours cité en référence dans les histoires plus récentes de l'aviation.
Mermoz, Saint-Exupéry, Reine, Serre, Guillaumet, en sont les principaux personnages.
Ainsi que l'affirme Joseph Kessel dans la préface de Chemins du ciel, « les aventures de l'air sont la suprême chanson de geste de notre époque. »
Fleury s'inscrit très clairement dans cette célébration des chevaliers modernes de l'aviation, à la manière si l'on veut d'un Saint-Exupéry, dont il est (ou se voudrait peut-être) un épigone.
De fait, la prose de Fleury entretient la légende des chevaliers du ciel, ainsi que le mythe de l'aviateur-écrivain.
Parmi les héros de cette geste émerge surtout Jean Mermoz, figure emblématique et ami personnel de Fleury, sur la mort duquel se clôt l'ouvrage...