12/06/2026
Lundi, nous étions présentes devant le tribunal judiciaire d’Arras. Voici le discours qu’a prononcé Marie à cette occasion, et qui résume bien notre colère :
« Bonsoir Mesdames et messieurs.
Nous sommes réunis ce soir suite à un appel national pour exprimer notre colère face à la mort de Lyhanna. Notre choc, en apprenant le profil de Jérôme Barella, son bourreau. 2 plaintes pour viol sur mineurs avaient déjà été déposées contre lui. Une en 2022, classée sans suite et une autre en 2025 pour laquelle il attendait d'être auditionné.
M. Macron et ses collègues ont communiqué leur colère suite aux dysfonctionnements dans cette affaire. Dysfonctionnement ? Vraiment ? C'est en réalité le fonctionnement habituel de la Justice en France pour les affaires de violences sexuelles sur mineurs. Plus de 80% de classements sans suite, moins de 5% de condamnations, 1% pour les cas d'inceste. Le cas de Barella n'est pas isolé.
Une enquête suite à une plainte dure en moyenne 2.5 ans.
Et contrairement, à ce que dit M. Macron, évidemment que c'est une question de moyens, financiers et humains. La CEDH a d'ailleurs condamné la France en 2025 pour son traitement des plaintes de violences sexuelles des mineurs.
Pour rappel, en France c'est minimum 160 000 enfants victimes par an, 1 enfant toutes les 3 minutes. Et la grande majorité sont victimes dans leur propre famille. Soit un bon nombre de « bons pères de famille » ... car s’il y a autant de victimes, il y a quasiment autant de pédocriminels. Et pourtant c'est le silence. On détourne les yeux.
Suite à la déferlante " ", Emmanuel Macron s'était engagé à faire de cette lutte une priorité. Il avait encouragé les victimes à parler. Mais les victimes ont toujours parlé. Le problème est qu'on ne les croit pas. Pas suffisamment. J'ai une pensée pour toutes ces mères protectrices qui, en voulant protéger leurs enfants, se retrouvent désenfantées, la justice préférant penser qu'elles mentent pour nuire à leur ex-conjoint. Les enfants sont alors confiés à leur bourreau. Dans plus de 60% des cas.
Des mères qui parfois choisissent la cavale pour protéger leurs enfants ! Parce qu'on ne donne pas assez de valeur à la parole des enfants. Alors que dans plus de 98% des cas, ils disent la vérité.
Et puis parler quand on voit encore la violence avec laquelle la parole des victimes est accueillie, c'est difficile. On le voit bien notamment dans les affaires médiatisées et touchant des célébrités. C'est prendre le risque d'être retraumatisé·e. De se retrouver isolé·e. Cela coûte de porter plainte : financièrement (10 000 euros en moyenne), mais aussi psychologiquement...
Je vais m'arrêter ici car en tant que militante et survivante moi-même, j'aurais beaucoup à dire. Je suis tellement en colère.
Alors nous tous et toutes, citoyens et citoyennes, faisons la promesse de garder les yeux grands ouverts. D'accepter de s'éduquer sur le sujet, de remettre en question certaines idées pour évoluer ensemble. Pour offrir un monde plus juste et sécure pour nos enfants.
Une pensée pour la famille et les proches de Lyhanna mais aussi tous les survivant·e·s. Muriel Salmona estime que le viol d'un·e enfant est un meurtre psychique... Nous comptons sur vous pour continuer le combat à nos côtés. Car non, la justice ne fonctionne pas bien actuellement. Mais l’on sait quoi faire depuis le rapport de la CIIVISE (commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) et ses 82 préconisations rendues en 2023. Qu'attendez-vous pour les mettre en place ? »