02/04/2024
Journée mondiale de l autisme, je me décide à parler... moi et mon mutisme sélectif on s allie quelques minutes... pour partager un quotidien et des pensées...
Je n'en parle pas beaucoup... du moins en public. En privé, ça n'est pas toujours évident non plus. Les réactions vont d incompréhension totale et insensibilité ahurissante à bienveillance profonde.
J'aimerais qu'on parle du spectre de l'humanisme, moi... celui qui fait qu'on est entendu ou pas, celui qui est attentif au silence d'une gestuelle qui parle. Celui qui fait de la compréhension de la différence un axe majeur de l éthique fondamentale et de la condition de nos coexistences sur terre. Celui qui fait attention à l'autre, qui qu'il puisse être. Celui qui remarque quand quelque chose est très difficile pour quelqu'un qui garde pourtant le silence et tente par tous les moyens de s adapter, de faire des efforts qui le massacre petit à petit.
Quand je sors de mon cocon, je dois affronter les lumières, les odeurs, les bruits qui n'ont rien de naturel et viennent attaquer la quiétude de mon âme, les gens qui vous touchent en pensant que c'est sympa alors qu'ils viennent d'entrer de force dans votre espace vital, oh on aimerait bien pouvoir faire ça mais on ne peut pas toujours... Quand je sors de mon cocon, jaffronte les codes sociaux que je trouve déments... illogiques, absurdes, inhumains. Ils viennent frapper mes idéaux et les déracinent jusqu'à ce que je ne tienne plus debout. Je vois les visages, les mouvements, les différences de classe sociales, j'entends les mots, les pots d'échappement, les talons, dans ma tête "liberté égalité fraternité" se heurte à linsensibilite flagrante des gens qui ne voient pas une mamie qui galère à porter ses courses, des larmes discrètes d'une inconnue au détour d'une rue, d'un etranger seul qui n ose pas aller dire bonjour, de la curiosité d'un enfant qui se demande qui a décidé qu'une ville devait être comme ceci ou comme cela. J affronte. C'est un combat. Mon corps entier se crispe, tout est douloureux surtout si j'ai accumulé de la fatigue, physique, psychique, morale, intellectuelle. Cette fatigue, je vis avec depuis l'enfance. Mon sourire forcé venait la camoufler. Chaque sortie, j'enfile ma cape d héroïne et je porte mon maquillage de guerrière. Et avant chaque sortie, je dois me préparer psychologiquement. Et après chaque sortie, je dois me reposer plusieurs heures. Parfois jours. A chaque interaction, je suis honnête si on me demande "ça va?" Je réponds honnêtement et j'attends que l'autre me répondent honnêtement aussi, que si quelque chose ne va pas, s'il souffre de quoi que ce soit, il en parle, même si on a pas élevé les cochons ensemble, je m'en fiche de savoir si je connais bien cette personne ou pas, ce qui m'intéresse c'est vraiment comment elle va. J'observe les mots cachés dans les traits du visage, dans les mouvements. Longtemps je ne comprenais pas qu'à un "ça va" on réponde machinalement "ça va", que notre société elle est comme ça. Que ses intentions sont vides de sens. Que ses codes sociaux c'est du décor. Qu'on fait genre. Je fais pas genre. Je fais plus genre. Ça dérange. Ça bouscule.
"T'es bizarre", "t'es f***e", "tu cherche trop loin", "tu te pose trop de questions". Ça ce sont les phrases que j'ai entendu toute mon existence... si vous saviez comme je vous trouve Étranges comme je trouve nos sociétés vides de sens, Mais moi j'ai appris, je suis allée vous étudier pour vous comprendre, pour entrer en contact avec vous, c'est ce qu'elle fait notre clique pendant que la normalisation du mal s étend, pendant qu'elle vit le rejet, l exclusion. On est des machines a resolution de problèmes parce quon vit dedans depuis toujours, on a pas le choix, c'est notre modus vivendi et cest cela qui apporte a ce monde des inventions, de la créativité, des choses qui améliorent le monde. On se trompe aussi beaucoup, ca nous dépasse ces hérésies.
Heureusement entre nous on se reconnaît, ça fait des bulles d'amour au milieu de ce chaos maîtrisé. Entre nous, on parle sans filtre, sans tabou, on change le monde, on le defait on le refait on déchiffre jusque dans les moindre détails, là ou le diable habite, et on s'apporte ce qui nous manque à tous. De l'humanité. Ça irrite.
On ne ment pas. On ne triche pas.
Souvent on a l'air arrogant, on dit tout haut ce qu'on pense de ce qui ne va pas sur cette planète et ça fait valser les prétentions en place alors on nous renvoie ces prétentions pensant que parce qu'elles sont majoritaires, elles ont raison.
Souvent, on a deux combat, celui de notre survie dans ce monde qu'il nous est impossible de tolérer tel quel et celui pour le monde. On a des causes. Elles viennent de nos idéaux qui viennent de la structure de notre mental et on ne les prend pas à la légère. Ils prennent toute la place avec nos idées et nos émotions. Ça rend notre présence parfois difficile à vivre, à comprendre, a aimer. L'amour pour nous, c'est l'amour et on rigole pas avec. Chaque rupture illégitime qu'on voit dans l'âme des autres où dans le monde vient briser notre esprit, notre âme. On le vit du dedans.
Nous sommes naïfs, et parce que nous ne mentons pas, nous pensons que les autres ne mentent pas non plus. Parce que nous aimons au premier degré nous pensons que les autres aiment de la même façon.
Parce que nous sommes loyaux et que nous avons souvent une éthique incorruptible nous pensons que les autres sont ainsi aussi.
Quand nous posons des questions, c'est honnête, c'est pour comprendre. Ça n'est pas pour juger ou pour entrer dans l'intimité.
Nous faisons corps avec le monde, un corps étrange. Volontaires à faire partie de cette terre sans y reconnaître nos principes. Sans savoir où est notre place. Sans comprendre pourquoi toutes les injustices qu'on vit, qu'on voit, qu'on ressent, pour nous ou pour les autres ne sont pas réparées.
Pour nous, c'est inadmissible. Pour nous, ce monde qui avance avec de drôles de principes, est dénué d'humanisme.
Quand on participe à une conversation, qu'on écoute et qu'on donne des solutions c'est parce qu'on vit ce qu'on entend. Souvent c'est mal venu alors que ça vient du cœur. C'est notre façon d'être au monde.
On ne se moque pas, on ne comprend pas la moquerie, la dérision oui et on y participe mais se moquer non, c'est abîmer l'intégrité.
Chaque forme de rejet est vécu comme une gifle à l'âme.
Chaque moquerie est vécue comme un déchirement où on retient nos larmes.
On essaie de comprendre. On tourne en boucle. Parfois longtemps. Est ce que c'est nous? Est ce que c'est les autres? On cherche la justesse et la justice en tout.
Notre position en société n'est pas une posture. On incarne ce qu'on pense. Et ce monde nous révolte.
Chaque larme que nous versons pour notre propre souffrance ou celle des autres, c'est un morceau de notre âme qui s'en va.
Chaque insulte, chaque manquement à l'amour, c'est une lame qui transperce notre être. Et parce que nous sommes différents, nos blessures ne peuvent pas toujours guérir. Et nous sommes blessés chaque jour...
A chaque réveil nous savons que nous nous réveillons pour combattre. Que c'est inexorable. Que même si on a pas la force, on a pas le choix.
Nous avons tous pensé au su***de. Plein de fois. C'est notre issue de secours.
Nous crions dans le noir sans être sûrs d'avoir le droit D'exister vraiment.
Souvent nous avons vécu des decennies seuls.
Incompris. On nous reproche de ne pas faire partie.
Nous cherchons une sécurité de l'âme. De l'esprit. Qui ici bas n'existe pas.
Alors on s isole.
Et on ne comprend pas.
Notre humour est biscornu, souvent pas politiquement correcte, souvent incompris. Scandaleux. On ose tout.
Nos idées restent dans les bibliothèques et façonnent le monde après notre mort. Quand de notre vivant, nous ne sommes pas reconnus bien souvent. Alors que notre cerveau, c'est une machine de guerre qui ne s'arrête jamais. Enfin, une machine de paix plutôt.
Vous marchez à côté de nous, vous travaillez avec nous, nous sommes dans vos familles, sur les terrasse des restaus, dans les écoles, assis sur un trottoir, dans les ministères, partout sur la terre et chaque instant est un effort surhumain mais vous ne faites pas l'effort que nous faisons pour participer à ce monde, pour vous comprendre. Pour le comprendre.
Souvent c'est invisible et c'est alors une vie de reproches. De rejets. D immondices et d'ignominies.
Il y en a qui passent leur vie entière sans le savoir.
Sans jamais pouvoir goûter à la liberté d'être soi même en envoyant balader les jugements.
D'exister, tout simplement.
De sourire au passage d'un oiseau, de s'habiller tout de couleurs vivantes, de déconnecter à une conversation sans intérêt pour nous et de revenir ensuite au monde. De sautiller de joie de jour de nuit dans tous les endroits. De danser quand ça nous prend, de chanter quand on le sent. De se lover contre un être de confiance ou dans nos couvertures. De ne pas parler pendant plusieurs jours. De faire des détours pour ne pas se mêler à la foule.
Pour nous, ce monde n'a pas le goût du vrai, de l authentique. Du naturel. Il manque de vérité et de pureté. D'amour véritable. Il manque de logique.
Imaginez, imaginez notre calvaire... et c'est pas un peu, c'est pas de temps en temps, c'est à chaque instant.
Souvent on a d'autres trucs qui s agglutinent ce qui complique encore tout... alors on se bat, on se bat, on se bat chaque jour.
Alors, ne nous en voulez pas. Ne nous en voulez pas de ne pas être comme vous. Faites ce que nous faisons, aimez nous comme nous sommes comme nous vous aimons comme vous êtes, même si ça paraît absurde. Tentez de comprendre plutôt que des préjugés, des opinions, des jugements et l'exclusion.
Même si on a dit "non" deux fois de suite à une invitation, ne nous oubliez pas à la troisième.
Si nous disparaissons trop longtemps, c'est que nous sommes en train de mourir, seuls, dans l'isolement.
Nos amis, les êtres qu'on aime on les aime vraiment, c'est un morceau de nous, on pense à eux souvent. Souvent, notre amie, c'est l'humanité entière...
Et les mots, pour nous, sont des promesses.
Nina 🕊