20/03/2026
Le pied en griffe après un AVC : comprendre une déformation neurologique du pied
Introduction
Après un Accident vasculaire cérébral, de nombreuses personnes présentent des troubles moteurs touchant un côté du corps. Parmi les complications possibles figure le pied en griffe, une déformation des orteils fréquemment observée dans les suites d’un AVC.
Cette anomalie résulte principalement d’un déséquilibre musculaire et d’une spasticité liée à l’atteinte des centres nerveux qui contrôlent les mouvements. Les orteils se replient progressivement vers le bas et prennent une forme caractéristique rappelant une griffe.
Bien qu’elle puisse paraître limitée aux orteils, cette déformation peut avoir des répercussions importantes sur la marche, l’équilibre et la qualité de vie. Comprendre ses mécanismes, ses causes et les moyens de la traiter est donc essentiel dans la prise en charge des patients ayant subi un AVC.
Définition du pied en griffe
Le pied en griffe correspond à une déformation des orteils caractérisée par une flexion excessive de certaines articulations. Les orteils adoptent alors une posture arquée dans laquelle :
▪️l’articulation située à la base de l’orteil peut se relever
▪️l’articulation intermédiaire se plie fortement
▪️l’extrémité de l’orteil se replie vers le bas
Cette configuration donne aux orteils une apparence recourbée semblable à celle d’une griffe.
Dans les premiers stades, la déformation peut être souple et réversible, ce qui signifie que les orteils peuvent encore être redressés manuellement. Avec le temps, cependant, les tendons et les articulations peuvent se rigidifier, rendant la déformation permanente.
Anatomie et fonctionnement normal des orteils
Pour comprendre le phénomène du pied en griffe, il est nécessaire d’examiner brièvement l’anatomie du pied et les mécanismes qui contrôlent les mouvements des orteils.
Les mouvements des orteils sont assurés par plusieurs groupes musculaires qui travaillent normalement en équilibre.
Les muscles fléchisseurs permettent de plier les orteils vers le bas. Parmi eux, le fléchisseur long des orteils et le fléchisseur court des orteils jouent un rôle important dans la propulsion lors de la marche.
Les muscles extenseurs permettent au contraire de redresser les orteils. L’extenseur long des orteils et l’extenseur court des orteils participent notamment au moment où le pied se relève pendant la marche, évitant que les orteils ne traînent au sol.
Enfin, les muscles intrinsèques du pied, situés directement dans le pied, assurent la stabilisation des orteils et l’ajustement des appuis. Ils contribuent de manière essentielle à l’équilibre et à la coordination des mouvements.
Chez une personne en bonne santé, ces différents muscles fonctionnent de manière harmonieuse et permettent aux orteils de s’adapter aux contraintes de la marche.
Les mécanismes neurologiques après un AVC
Lors d’un Accident vasculaire cérébral, certaines zones du cerveau responsables du contrôle moteur peuvent être endommagées. Cette lésion entraîne plusieurs perturbations dans la régulation des muscles.
L’un des phénomènes les plus fréquents est la spasticité, qui correspond à une contraction excessive et involontaire des muscles. Les muscles deviennent alors rigides et difficiles à relâcher.
Dans le pied, cette spasticité touche souvent les muscles fléchisseurs des orteils et les muscles du mollet. Ces muscles deviennent dominants et tirent les orteils vers le bas de façon répétée ou permanente.
Parallèlement, certains muscles qui devraient s’opposer à ce mouvement, notamment les extenseurs et les muscles intrinsèques du pied, peuvent devenir plus faibles. Cette situation crée un déséquilibre musculaire qui favorise l’apparition de la déformation.
Les muscles et les tendons impliqués dans la griffe
Plusieurs muscles jouent un rôle majeur dans la formation des griffes d’orteils après un AVC.
Le fléchisseur long des orteils est l’un des principaux responsables. Ce muscle, situé dans la jambe, se prolonge par un tendon qui passe sous le pied et permet de plier les quatre petits orteils. Lorsqu’il devient trop actif, il tire les orteils vers le bas.
Le fléchisseur long du gros orteil peut également contribuer à la déformation en fléchissant fortement l’hallux.
À l’inverse, les petits muscles du pied appelés interosseux et lombricaux, qui stabilisent normalement les orteils, peuvent s’affaiblir après un AVC. Leur rôle étant de maintenir l’alignement des orteils, leur faiblesse favorise l’apparition des griffes.
Les tendons jouent également un rôle important dans l’évolution de la déformation. Lorsque les muscles fléchisseurs restent contractés pendant une longue période, les tendons peuvent se raccourcir. Ce phénomène entraîne une rigidité progressive des articulations et rend la correction plus difficile.
L’évolution du pied en griffe
La déformation en griffe peut évoluer progressivement.
Dans les premiers stades, les orteils peuvent se recroqueviller uniquement pendant certains mouvements ou lors de la marche. La déformation reste alors souple et peut être corrigée manuellement.
Avec le temps, si la spasticité persiste, les tendons et les ligaments peuvent se raccourcir. Les articulations deviennent alors plus rigides et les orteils restent pliés même au repos.
À un stade avancé, la déformation peut devenir permanente et s’accompagner de douleurs ou de difficultés importantes pour marcher.
Le pied en griffe dans les déformations du pied après AVC
Le pied en griffe apparaît souvent en association avec d’autres déformations du pied.
🫴Le pied équin
Le pied équin correspond à une position dans laquelle le pied reste orienté vers le bas, comme si la personne marchait sur la pointe des pieds. Cette situation survient lorsque les muscles du mollet deviennent trop contractés.
Le pied équin peut accentuer les griffes d’orteils en augmentant la pression exercée sur l’avant-pied.
🫴Le pied varus
Le pied varus correspond à une rotation du pied vers l’intérieur. Cette position modifie la répartition du poids du corps et peut accentuer certaines pressions sur les orteils.
Lorsque ces déformations sont associées, on parle souvent de pied équino-varus spastique, une configuration fréquente chez les patients ayant subi un AVC.
Les conséquences du pied en griffe
Le pied en griffe peut entraîner plusieurs conséquences fonctionnelles.
La pression exercée sur les extrémités des orteils peut provoquer des douleurs, en particulier lors de la marche ou du port de chaussures.
Les frottements répétés contre les chaussures peuvent entraîner l’apparition de cors, durillons ou irritations cutanées.
La déformation peut également modifier la manière dont le pied s’appuie sur le sol. Les orteils jouent normalement un rôle important dans la propulsion lors de la marche. Lorsque leur position est anormale, la poussée devient moins efficace et la marche peut devenir plus instable.
Chez certaines personnes, cette instabilité augmente le risque de chute.
Le diagnostic médical
Le diagnostic du pied en griffe repose principalement sur l’examen clinique.
Le médecin ou le kinésithérapeute observe la position des orteils, évalue leur mobilité et recherche la présence de spasticité. Il peut également analyser la marche afin d’identifier les mouvements anormaux ou les compensations.
Dans certains cas, des examens complémentaires peuvent être réalisés pour mieux comprendre l’origine de la déformation ou pour préparer un traitement spécifique.
Les traitements possibles
La prise en charge du pied en griffe dépend de la sévérité de la déformation et des symptômes.
La rééducation constitue généralement le traitement de base. Les exercices de kinésithérapie permettent d’étirer les muscles fléchisseurs, de mobiliser les articulations et de renforcer les muscles opposés.
Les orthèses, comme les attelles pour les orteils ou les orthèses cheville-pied, peuvent aider à maintenir une position plus fonctionnelle du pied et à améliorer la marche.
Dans certains cas, les médecins peuvent utiliser des injections de Toxine botulique, qui permettent de diminuer temporairement l’activité des muscles spastiques.
Des médicaments antispastiques, comme le Baclofène, peuvent également être prescrits lorsque la spasticité est importante.
Lorsque la déformation devient fixe et provoque des douleurs importantes, une intervention chirurgicale peut être envisagée afin de corriger la position des tendons ou des articulations.
Conclusion
Le pied en griffe est une déformation fréquente observée après un Accident vasculaire cérébral. Elle résulte principalement d’un déséquilibre musculaire lié à la spasticité et à la perte de contrôle moteur provoquées par la lésion cérébrale.
Les muscles fléchisseurs des orteils deviennent dominants, tandis que les muscles stabilisateurs et extenseurs s’affaiblissent. Cette situation entraîne progressivement la flexion excessive des orteils et la formation de griffes.
Bien que cette déformation puisse perturber la marche et provoquer des douleurs, une prise en charge adaptée associant rééducation, orthèses et traitements médicaux permet souvent d’améliorer la fonction du pied et la qualité de vie des patients.