26/04/2026
19 juin 2025 : Ajaccio inaugure cinq rues aux noms d’héroïques combattants locaux
En novembre 2022, l’ONAC de la Corse du Sud et la Commission Mémoire départementale ont proposé à la municipalité d’Ajaccio d’honorer cinq figures d’exception en leur réservant une place symbolique dans le nouveau plan d’adressage de la ville. En juillet 2024, la municipalité a répondu
favorablement, avec un profond sens du devoir et des responsabilités. Un geste fort, salué par l’ensemble du monde combattant local et insulaire.
L’inauguration des nouvelles voies s’est déroulée le 19 juin 2025 à la cité Grossetti, en présence de M. Stéphane Sbraggia, Maire d’Ajaccio et Président de la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien, entouré d’élus, dont M. Christian Bacci, délégué à la mémoire et aux anciens combattants. Étaient aussi présents les représentants des familles
ayant donné leur accord pour que certaines rues portent le nom de leurs proches disparus, ainsi que des membres de l’Office national des combattants et victimes de guerre, représenté par le lieutenant-colonel (H) Raoul Pioli, président de la Commission Mémoire à l’origine du projet.
Ce moment, longtemps attendu et vivement souhaité par le monde combattant ajaccien, est désormais devenu réalité. Cinq rues
d’Ajaccio porteront à jamais les noms de cinq héros de guerre. Cinq fils de la Corse, cinq serviteurs exemplaires de la France, dont le destin était déjà inscrit dans l’histoire de la Nation au regard de leurs titres de guerre. Hélas, les médias locaux, peu familiers
avec la hiérarchie au sein du plus prestigieux de nos ordres nationaux et les actions d’éclat dûment reconnues sur le champ de bataille, n’ont pas jugé utile de rappeler l’exceptionnelle importance de leur passé militaire. Et pourtant, ce sont bien ces parcours, hors du commun, qui justifient que leur mémoire soit désormais gravée dans la pierre, au cœur du secteur des Sanguinaires, à Ajaccio.
Aujourd’hui, après l’inauguration officielle, il convient plus que jamais de rappeler, une fois de plus dans notre journal des DPLV mais toujours avec respect et admiration, les noms de ces cinq figures locales mises à l’honneur. Les voici, par ordre
alphabétique :
Abbé François Casta (1919-2011), aumônier militaire parachutiste, Grand Croix de la Légion d’Honneur. Dignitaire de la République, 11 fois cité sur le champ de bataille Homme de foi autant qu’homme de terrain, il a accompagné les soldats au plus près de l’action, dès les campagnes d’Alsace et d’Allemagne en 1944-1945, puis au fil de nombreux parachutages en Indochine
et en Algérie, toujours au cœur des affrontements. Aumônier militaire dévoué, il a sans relâche partagé les épreuves des combattants, apaisé leurs souffrances et veillé sur leurs âmes dans les heures les plus tragiques. Il ne fut pas un simple témoin du combat : discret mais indispensable, il en fut un acteur à part entière, là où le courage moral rejoint la bravoure physique.
Général Jacques Muzi, (1930-2009), Grand Officier de la Légion d’Honneur. Dignitaire de la République, 7 fois cité sur le champ de bataille Officier général rigoureux et chef profondément estimé, il s’est illustré par une autorité de commandement exemplaire, empreinte de justice et d’attention envers ceux qu’il avait la charge de conduire, aussi bien en Indochine qu’en Algérie. Même dans les affrontements les plus intenses et face
aux circonstances les plus critiques, il n’a jamais failli à ses responsabilités, demeurant fidèle à une vision exigeante, mais noble, du devoir et de la mission. Après avoir quitté le service actif, il a poursuivi son engagement avec la même constance, en veillant à entretenir, avec loyauté, la mémoire des
combats et des sacrifices.
Colonel Paul Rognoni, (1910-1998), Grand Officier de la Légion d’Honneur. Dignitaire de la République,13 fois cité sur le champ de bataille
Véritable meneur d’hommes, dans ce que ce terme a de plus noble, il a su fédérer bien au-delà des grades et des fonctions, porté par la justesse de son commandement, la rigueur de ses principes et la profondeur de son humanité. Sa carrière opérationnelle, marquée par des engagements déterminants
- en Tunisie, en Italie, lors de la libération de la France, puis en Indochine et en Algérie - témoigne autant du respect qu’il suscitait que de l’efficacité avec laquelle il a mené ses missions, toujours avec honneur, droiture et détermination.
Capitaine François Scarbonchi, (1923-2022), Commandeur de la Légion d’Honneur, 6 fois cité sur le champ de bataille Officier de terrain par excellence et homme d’action au courage reconnu, il s’est distingué par son sang-froid, sa bravoure et une loyauté sans faille, tant envers ses hommes qu’envers les missions qui lui étaient confiées. De la campagne d’Italie en 1943-1944 à la libération du territoire national, puis au cours des conflits d’Indochine et d’Algérie, il a toujours répondu à l’appel avec honneur et détermination. Le capitaine Scarbonchi restera dans les mémoires comme un chef qui guide, protège,
sert, et ne recule jamais devant ses responsabilités.
Colonel Dominique Taddei, (1919-2003), Grand Officier de la Légion d’Honneur. Dignitaire de la République, 16 fois cité sur le champ se bataille.
Officier accompli, à la fois homme de terrain et esprit de réflexion, il a marqué ses pairs par son engagement total, tant dans l’action que dans la transmission des savoirs et des valeurs militaires. De la Tunisie en 1943 à la campagne d’Italie, de la libération de la France aux conflits d’Indochine et d’Algérie, il a servi avec constance, loyauté et efficacité. Sa carrière illustre un engagement sans faille,
celui d’un homme qui n’a jamais cessé de servir, même une fois les armes déposées. Il est notamment parvenu à rapatrier l’ensemble des harkis de son unité depuis l’Algérie, avant de devenir l’initiateur du grand camp national de regroupement des harkis et de leurs familles à Saint-Maurice-l’Ardoise, dans le
Gard.
Les plus hautes distinctions qu’ils ont reçues, témoignent de parcours d’engagement, de courage et de sacrifice. Si les habitants de ces nouvelles rues ne connaissent pas toujours leur passé militaire, le monde combattant, lui, n’oublie rien.
Ces cinq hommes comptent à eux seuls 53 citations individuelles pour faits de guerre, dont 13 palmes, obtenues sur les théâtres d’opérations de 1939-1945, d’Indochine et d’Algérie. Ce sont des décennies de combats, de souffrances, de responsabilités assumées dans l’honneur et au service exclusif des armes de la France.
Donner aujourd’hui leur nom à des rues d’Ajaccio, c’est leur rendre justice. C’est transmettre une mémoire vivante, pour
que les générations présentes et futures se souviennent de ces combattants d’exception et des leçons qu’ils nous laissent. Désormais, chaque panneau de rue portera un message silencieux, celui du courage, du devoir, et du sacrifice au service de son pays.
Aux familles de ces héroïques officiers, il convient de leur adresser une profonde reconnaissance et l’admiration qu’elles
suscitent. Elles ont porté, parfois dans la douleur, l’histoire de ces hommes. Elles ont partagé leurs longues absences,
supporté leurs blessures, et vécu dans l’ombre de leur engagement. Aujourd’hui, leur mémoire rejoint celle de la ville d’Ajaccio, de la Corse et de la France. Le souvenir de ceux qui ont tout donné pour notre liberté ne doit jamais s’effacer.
Quant aux riverains de ces nouvelles voies, il importe que ces rues ne soient pas seulement des axes de passage, mais aussi des lieux de mémoire et d’inspiration. Que chacun, en les parcourant, se souvienne qu’au-delà de chaque nom repose une vie sacrifiée pour préserver celle des générations futures.
Raoul Pioli, © Journal « Combattants Corses » du 4° trimestre 2025