30/07/2026
🌳 DIVERSITÉ FONCTIONNELLE : UNE FORÊT NE SE RÉSUME PAS AU NOMBRE D’ESSENCES PLANTÉES
Dans une publication consacrée à l’adaptation des forêts au changement climatique, l’INRAE souligne un changement de paradigme essentiel : il ne suffit plus de protéger les peuplements contre un risque considéré isolément. Il faut désormais penser en termes de « multirisque », en tenant compte simultanément des sécheresses, des tempêtes, des agents pathogènes, des insectes ravageurs et des autres perturbations susceptibles de se combiner.
La réponse proposée repose notamment sur la diversité fonctionnelle.
Cette notion ne désigne pas seulement la présence d’un grand nombre d’essences. Elle consiste à associer des arbres dont les caractéristiques écologiques, les stratégies de croissance, les besoins en eau, les capacités de régénération et les réactions aux perturbations sont différentes.
Lorsqu’un aléa affecte certaines essences, d’autres peuvent continuer à assurer une partie des fonctions indispensables de l’écosystème. La diversité agit alors comme une forme d’assurance écologique.
Les travaux présentés par l’INRAE indiquent notamment que les forêts mélangées sont généralement plus résistantes aux insectes ravageurs, avec, en moyenne, 20 % de dégâts en moins que les peuplements composés d’une seule espèce.
L’Institut insiste également sur l’importance de l’hétérogénéité du paysage : forêts naturelles, peuplements diversifiés et espaces multifonctionnels peuvent former une mosaïque dans laquelle une perturbation n’atteint pas nécessairement toutes les parties du massif avec la même intensité.
Mais cette réflexion scientifique ne doit pas être transformée en slogan.
🔥 LA DIVERSITÉ DES ESSENCES NE CONSTITUE PAS, À ELLE SEULE, UNE PROTECTION MÉCANIQUE CONTRE LES INCENDIES.
Le comportement du feu dépend également de la sécheresse des végétaux, de la quantité de combustible disponible, de sa continuité horizontale et verticale, du sous-bois, du vent, du relief, de la structure du peuplement et des conditions météorologiques.
Une forte continuité verticale du combustible — depuis la végétation basse jusqu’aux branches et aux houppiers — peut faciliter le passage d’un feu de surface vers les cimes.
La diversité structurelle ne doit donc pas être confondue avec l’accumulation ou la continuité incontrôlée des combustibles. Elle doit être pensée conjointement avec la structure du massif, la circulation de l’eau, les discontinuités paysagères, la prévention du risque et l’évolution prévisible des conditions climatiques.
De la même manière, planter plusieurs essences ne suffit pas, à lui seul, à constituer un écosystème forestier fonctionnel et résilient.
Une forêt n’est pas une simple addition d’arbres. C’est un écosystème vivant construit dans le temps, comprenant notamment :
— un sol fonctionnel et sa matière organique ;
— des réseaux de champignons et de micro-organismes ;
— une diversité génétique ;
— une faune et une flore interdépendantes ;
— du bois mort et des arbres à différents stades de vie ;
— une capacité de régénération naturelle ;
— des continuités écologiques ;
— des relations complexes entre l’eau, le climat, les sols et le vivant.
La plantation peut contribuer à restaurer un milieu dégradé et, lorsqu’elle est scientifiquement conçue et durablement suivie, participer à la reconstitution progressive d’un écosystème forestier.
Elle ne peut cependant tenir lieu, à elle seule, de politique forestière, ni garantir, par elle-même, la naissance d’un milieu fonctionnel et résilient.
Chaque intervention doit reposer sur un diagnostic écologique préalable du site, sur la connaissance du sol, de l’eau et du climat, sur le choix d’essences et de provenances adaptées, sur la préservation des dynamiques naturelles ainsi que sur un suivi inscrit dans le temps long.
Cette conception de la forêt rejoint directement les principes de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre.
En reconnaissant l’Arbre comme un être vivant sensible, source de vie et bien commun de l’humanité, la Déclaration invite à ne pas le réduire à un objet interchangeable, à une unité statistique ou à un simple élément d’une opération de plantation.
Protéger les arbres et les forêts suppose ainsi de considérer non seulement leur présence, mais aussi leurs fonctions, leurs relations, leur environnement et les conditions écologiques permettant leur développement, leur intégrité et leur renouvellement.
📖 SOURCES ET RESSOURCES
Publication de l’INRAE sur la diversité fonctionnelle :
https://www.inrae.fr/dossiers/changement-climatique-comment-faire-face-aux-nouveaux-risques/diversite-fonctionnelle-au-coeur-protection-forets
Ressource scientifique complémentaire sur la vulnérabilité des peuplements forestiers face au feu :
https://hal.inrae.fr/hal-05065015
Cadre officiel de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre :
https://www.declarationuniverselledesdroitsdelarbre.org/cadre-officiel-de-la-declaration-universelle-des-droits-de-larbre/