20/09/2026
𝐋𝐞 𝐦𝐨𝐧𝐨𝐩𝐨𝐥𝐞 ? 𝐒𝐚𝐮𝐟 𝐚𝐮 𝐦𝐢𝐜𝐫𝐨.
Nous avions été invités à participer à l’émission de RCFM consacrée à la crise des carburants.
Puis nous avons été déprogrammés.
Les représentants du collectif des stations-services «indépendantes» avaient fait de l’absence de notre collectif une condition de leur participation.
Très bien.
Mais lorsqu’on refuse le contradictoire, il faut au moins éviter de profiter du champ libre pour présenter comme des évidences des affirmations que personne n’est là pour contester.
Ils ne voulaient pas débattre avec nous. Alors vérifions leurs propos.
𝑳𝒂 𝒓𝒆́𝒈𝒖𝒍𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 ? 𝑪’𝒆𝒔𝒕 𝒃𝒊𝒆𝒏 𝒆𝒏𝒇𝒊𝒏 𝒏𝒐𝒏. 𝑩𝒓𝒆𝒇 𝒐𝒏 𝒏𝒆 𝒔𝒂𝒊𝒕 𝒑𝒍𝒖𝒔 !
Commençons par une petite curiosité : il y a quelques mois, ce même collectif réclamait à l’État de réguler les prix « comme dans les DOM ».
À l’antenne, pourtant, un des arguments avancés est que les cours évoluent quotidiennement alors que le prix réglementé serait fixé mensuellement. Donc, risque de vente à perte.
Sauf que la régulation ne consiste pas à tirer un prix au sort le premier du mois.
Dans les territoires où elle existe, les prix sont construits à partir des coûts d’approvisionnement et de distribution, tandis que les marges de gros et de détail sont encadrées sur la base de coûts justifiés. Des ajustements supplémentaires sont même possibles en cas de circonstances exceptionnelles.
Bref, le système est tout de même un peu moins rudimentaire que celui présenté à l’antenne.
Puis pour critiquer la régulation, 𝗶𝗹𝘀 𝗼𝗻𝘁 𝗲́𝘃𝗼𝗾𝘂𝗲́ 𝗹𝗮 𝗳𝗶𝘀𝗰𝗮𝗹𝗶𝘁𝗲́ : elle est plus élevée en Corse, donc la régulation ne permettrait pas réellement de faire baisser les prix.
Mais qui a dit que seule la fiscalité pouvait faire baisser le prix ?
Réguler, c’est justement agir aussi sur les coûts et les marges pour faire baisser les prix.
Et si demain la fiscalité baisse, cette baisse sera intégrée au prix maximum réglementé et bénéficiera exclusivement à l’usager.
La fiscalité n’efface pas la question des marges.
Enfin 𝗶𝗹𝘀 𝗼𝗻𝘁 𝗱𝗲́𝗴𝗮𝗶𝗻𝗲́ 𝘂𝗻 𝗿𝗮𝗽𝗽𝗼𝗿𝘁 𝗱𝗲 𝗹’𝗜𝗚𝗙
Pour relativiser la régulation, on nous rappelle ensuite que l’IGF a constaté que les carburants coûtaient davantage aux Antilles-Guyane qu’en métropole.
C’est vrai.
Ils ont juste « oublié » le passage du même rapport qui pointe le triple monopole de fait de la SARA sur l’importation, le raffinage et le stockage et qui identifie le raffinage comme le principal facteur de surcoût et évalue celui-ci à environ 14,6 centimes par litre.
Et à qui appartient la SARA ? On vous le donne en mille ! Si, si… à Rubis
La conclusion du rapport ?
Les modalités de calcul des prix sont jugées satisfaisantes et l’IGF préconise de renforcer la régulation et sa transparence.
𝑹𝒖𝒃𝒊𝒔, 𝑫𝒂𝒗𝒊𝒅 𝒇𝒂𝒄𝒆 𝒂̀ 𝑮𝒐𝒍𝒊𝒂𝒕𝒉
Nous avons également découvert Rubis dans le rôle du petit David affrontant le gigantesque Total.
L’image est jolie.
Petit détail historique : en 2009, le David Rubis est notamment arrivé en Corse en achetant au Goliath Total des actifs relatifs à 34 stations-service ainsi que 25 % du capital de DPLC.
David avait donc commencé par faire ses courses chez Goliath.
𝑹𝒖𝒃𝒊𝒔 𝒇𝒂𝒊𝒕 𝒅𝒆́𝒋𝒂̀ « 𝒕𝒐𝒖𝒕 𝒄𝒆 𝒒𝒖’𝒊𝒍 𝒑𝒆𝒖𝒕 »
Pour le démontrer, nous avons eu droit à un étonnant calcul.
Un prix du gazole annoncé à Fos. On ajoute le bateau. Puis DPLC. Puis différents coûts. On arrive à 2,35 €, 2,36 €, 2,37 €, voire 2,40 €.
Et puisque Rubis facturerait 2,27 €, il absorberait donc environ 13 centimes par litre.
Petit problème : aucun de ces chiffres n’a été sourcé à l’antenne.
Pas de facture d’achat. Pas de détail du fret. Pas de coût DPLC documenté. Pas de ventilation des coûts.
On part d’un prix annoncé oralement, on ajoute des coûts à la louche et on présente le résultat comme une démonstration.
C’est précisément pour cela que nous demandons depuis huit ans les vrais chiffres.
« Rubis n’a pas les moyens », ce n’est pas un chiffre. Qu’on nous donne le vrai coût.
𝑳𝒆 𝒔𝒑𝒆𝒄𝒕𝒓𝒆 𝒅𝒖 𝒎𝒐𝒏𝒐𝒑𝒐𝒍𝒆
L’inquiétude exprimée est que Vito et Eni disparaissent et que Total finisse seul.
Cette inquiétude, nous pouvons parfaitement l’entendre.
Mais elle constitue justement un argument supplémentaire en faveur de la régulation.
Peu importe qu’il y ait un, deux ou trois grossistes, elle préserverait les stations et leurs emplois en encadrant les marges de gros et de détail.
Pour nous, la question n’est donc pas de sauver Rubis, Total ou Eni. Il faut sauver les stations et protéger les consommateurs.
𝑬𝒕 𝒆𝒏𝒇𝒊𝒏… 𝒍𝒂 𝒔𝒐𝒍𝒊𝒅𝒂𝒓𝒊𝒕𝒆́ 𝒆𝒏𝒕𝒓𝒆 𝒑𝒐𝒎𝒑𝒊𝒔𝒕𝒆𝒔
Là, nous avons particulièrement apprécié.
On nous explique qu’à La Réunion, les pompistes auraient refusé une remise Total afin de ne pas « déstructurer le marché » et de ne pas « détruire leurs confrères ».
Très belle leçon de solidarité à l’encontre des stations-services du réseau Total en Corse.
Revenons simplement en Corse en 2022.
Total applique alors une remise supplémentaire de 20 centimes. Vito obtient à son tour une aide conjoncturelle de Rubis de 20 centimes pour s’aligner, tandis qu’Esso ne bénéficie pas d’un soutien comparable.
Les stations Esso se retrouvent en difficulté. À Calvi, l’une d’elles ferme même temporairement ses pompes faute de pouvoir suivre.
Vito a-t-il alors renoncé à ses 20 centimes pour ne pas fragiliser ses confrères Esso ?
Non.
Pire, le grossiste Vito a joyeusement récupérer des stations Esso qui ont voulu, en changeant de grossiste, bénéficier des remises
Alors expliquer aujourd’hui que les pompistes réunionnais auraient eu la sagesse de refuser un avantage pour protéger leurs confrères, tout en laissant entendre que les stations Total corses auraient dû faire de même…
La solidarité à géométrie variable, ça finit quand même par se voir.
Pour conclure nous avons ri à cette phrase : « 𝗡𝗼𝘂𝘀, 𝗼𝗻 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘃𝗲𝗻𝘂𝘀 𝗮𝘀𝘀𝘂𝗿𝗲𝗿 𝗹𝗲 𝘀𝗲𝗿𝘃𝗶𝗰𝗲 𝗮𝗽𝗿𝗲̀𝘀-𝘃𝗲𝗻𝘁𝗲 𝗱𝗲 𝗥𝘂𝗯𝗶𝘀. »
Après une émission passée à expliquer combien Rubis est petit face à Total, combien Rubis aide déjà, combien Rubis ne peut pas faire davantage et pourquoi il faudrait surtout regarder ailleurs…
Nous voilà rassurés.
Bref, en ce qui nous concerne, nous continuerons donc à faire ce que nous faisons depuis huit ans : regarder ce qui se passe en amont des stations, demander les chiffres et distinguer les intérêts des détaillants de ceux de leurs fournisseurs.
𝐏𝐚𝐫𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐧’𝐨𝐛𝐥𝐢𝐠𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐚̀ 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐑𝐮𝐛𝐢𝐬. 𝐄𝐭 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐨𝐦𝐦𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐞𝐧𝐜𝐨𝐫𝐞 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬.