12/09/2024
Comme l’a écrit Alain Daniélou, « Georges Izard était le fils d’un instituteur de Béziers. Il avait connu mon frère Jean à l’Ecole normale. Ni mon père ni ma mère ne soutinrent en aucune façon le jeune couple qui connut des années difficiles. Ambitieux, très bon orateur, habile politique, Georges fit une brillante carrière d’avocat. Homme de gauche, il avait cependant défendu avec fougue, dans un procès célèbre, le dissident soviétique, Kravchenko que la gauche entière considérait comme un traître car il avait osé, à l’époque, parler du goulag et des repressions de « saint » Staline. Dans son somptueux appartement du boulevard Saint-Germain et la vaste propriété qu’il avait acquise à Morsang, près de Corbeil, Georges était entouré de toute une cour d’amis où se mélangeaient la littérature, les arts, la politique (de gauche comme il se doit). Catherine recevait avec gentillesse, simplicité et une habilitée consommée. Pourtant il semble qu’elle n’ait jamais réfléchi aux mobiles secrets des hommes qui composaient ce petit monde sur lequel elle régnait. Elle reste complétement désemparée lorsque Georges mourut subitement en 1975. Le groupe des amis si fidèles qui se réunissaient à Morsang chaque semaine s’évapora comme une volée de moineaux. Catherine resta seule, abandonnée par la plupart des « copains » qui avaient paru si proches. J’entends souvent parler d’elle avec beaucoup d’affection et d’admiration. Mais les intérêts et les calculs des hommes qui se mêlent à la vie politique leur interdisent tous les rapports humains qui ne servent pas leurs ambitions. » (1) Je vous invite à méditer sur ce texte. Ce court extrait nous rappelle cette vérité profonde : rien n’a vraiment changé dans ce monde impitoyable qu’est la politique, là où les fortes résistances masculines dans cet univers existaient déjà qui rendait l’engagement féminin des plus difficiles, même lorsqu’on était une femme intelligente et instruite même lorsque l’on était l’épouse d’un homme tout aussi brillant...
Nota Bene : Une petite coquille s’est glissée dans le texte d’Alain Daniélou : Georges n’est pas mort en 1975, mais en 1973.
(1) « Le chemin du Labyrinthe Souvenirs d’Orient et d’Occident », Alain Daniélou, Asieur, 2017.