05/08/2026
Ma réaction aux déclarations de M. Said Bensdira concernant les signataires de la lettre ouverte au président Tebboune
Les déclarations calomnieuses et offensantes de M. Bensdira à l’encontre des militantes et militants ayant signé la lettre ouverte adressée au président Abdelmadjid Tebboune, à la suite de son discours prononcé en Allemagne invitant les opposants à rentrer en Algérie, appellent une réponse politique, sérieuse et argumentée.
En tant que signataire de cette lettre, j’ai pris connaissance de la vidéo qui m’a été transmise par l’un des cosignataires. Je précise que je ne suis habituellement ni les interventions ni les polémiques de M. Bensdira sur les réseaux sociaux. Toutefois, les propos qu’il y tient ne pouvaient me laisser indifférent.
En substance, M. Bensdira affirme ne connaître aucun des 53 signataires de cet appel. Selon lui, ils n’auraient jamais milité ni sur le terrain politique ni dans le mouvement civique. Il en conclut qu’ils ne représentent pas l’opposition et laisse entendre qu’ils ne seraient pas poursuivis pour leurs opinions ou leur engagement politique, mais pour des affaires de droit commun ou des motifs personnels.
Une telle position ne manque pas de surprendre. Elle rejoint, dans son argumentaire, le discours officiel du pouvoir, qui soutient depuis plusieurs années qu’il n’existe pas de détenus d’opinion en Algérie, mais uniquement des détenus de droit commun. Il est pour le moins paradoxal qu’une personne se présentant comme une figure de l’opposition reprenne une rhétorique aussi proche de celle des autorités qu’elle prétend combattre.
Ma première réaction fut l’indignation. Les insinuations et les jugements portés contre des femmes et des hommes dont beaucoup ont consacré des années, parfois des décennies, à la défense des libertés publiques et des droits fondamentaux sont profondément injustes.
Avec un peu de recul, j’ai cependant compris que cette incompréhension est presque logique. M. Bensdira n’a jamais partagé les espaces où s’est construit le militantisme démocratique que nous connaissons. Il semble appréhender l’opposition à travers une conception fondée davantage sur les rapports de force médiatiques, les logiques de clans, l’invective ou le chantage politique que sur l’action militante, le travail collectif et la défense des principes démocratiques.
Dès lors, il est normal qu’il ne comprenne pas notre démarche, qui est à l’opposé de la sienne. Notre initiative était avant tout politique et pédagogique. Elle visait à interpeller le chef de l’État, mais également l’opinion publique nationale et internationale, afin de mettre ses déclarations à l’épreuve des faits.
Notre objectif n’était pas d’obtenir des garanties personnelles pour les signataires vivant à l’étranger. Notre première préoccupation concernait les militants qui continuent de subir, en Algérie, la répression quotidienne. Car répondre positivement aux revendications formulées dans cette lettre signifie avant tout libérer les détenus d’opinion, ouvrir le champ politique, civique et médiatique, desserrer l’étau de la répression et permettre aux Algériennes et aux Algériens d’exercer librement leurs droits. C’est à eux que nous pensions en priorité : à ces camarades de lutte avec lesquels nous avons partagé des combats, des engagements, des risques, et dont nous connaissons les visages, les parcours et les sacrifices.
Pour ma part, je tiens à rappeler à M. Bensdira que je n’ai jamais été condamné pour une affaire de droit commun ou pour des motifs personnels. Les poursuites engagées contre moi sont directement liées à mes opinions et à mes activités de défenseur des droits humains. De même, mon organisation, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), n’a pas été dissoute pour des infractions de droit commun, mais bien en raison de son engagement constant aux côtés des victimes de l’arbitraire.
En réalité, je n’ai jamais croisé M. Bensdira dans les espaces où s’est construit, souvent au prix de lourds sacrifices, le combat démocratique : ni dans les mobilisations citoyennes, ni dans les campagnes de défense des libertés, ni dans les actions collectives contre l’autoritarisme. Cela ne signifie pas qu’il n’existait pas ; cela signifie simplement que nos parcours ne se sont jamais rencontrés. Nous n’étions manifestement pas dans le même camp. Peut-être même étions-nous parfois face à face.
Il est possible que M. Bensdira ait été contrarié de ne pas avoir été associé à cette initiative. Mais la crédibilité d’un engagement ne se mesure ni au nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux ni à la visibilité médiatique. Elle se construit dans la durée, par la constance des convictions, la cohérence des positions et la fidélité aux principes.
L’opposition ne se décrète pas et ne se distribue pas comme un label. Aucun individu ne peut s’arroger le droit de délivrer des certificats de légitimité politique à celles et ceux qui, depuis des années, paient parfois un prix très élevé pour leurs convictions. L’histoire de l’opposition algérienne est plurielle. Elle est riche de sensibilités diverses et de parcours différents. Elle ne saurait être confisquée par une seule voix, aussi médiatisée soit-elle.
Les signataires de cette lettre n’ont besoin de l’approbation de personne pour légitimer leur engagement. Leur parcours, leurs prises de position et leurs actions parlent pour eux. Ils ont choisi de s’exprimer collectivement parce qu’ils estiment que l’avenir de l’Algérie passe par une véritable ouverture politique, le respect des libertés fondamentales et un dialogue national sincère.
Les attaques personnelles et les campagnes de dénigrement n’ont qu’un seul effet : affaiblir les forces démocratiques et détourner le débat des véritables enjeux, à savoir l’État de droit, les libertés publiques, l’indépendance de la justice et la souveraineté populaire. Une opposition crédible se construit sur des idées, des propositions et des principes, non sur l’invective ou la disqualification systématique de ceux qui empruntent une stratégie différente.
Au fond, cette polémique ne fait que renforcer une conviction : nous ne partageons ni la même conception de l’opposition ni la même vision du combat politique. Je revendique une opposition indépendante, autonome et fidèle à ses principes, refusant toute instrumentalisation par quelque centre de pouvoir que ce soit et plaçant l’intérêt supérieur du peuple algérien au-dessus des querelles de personnes.
L’histoire jugera chacun non à l’aune de ses déclarations, mais à la constance de son engagement, à son intégrité et à sa contribution réelle à l’édification d’une Algérie libre, démocratique et respectueuse des droits de tous ses citoyens.
Belgique, le 5 août 2026
Saïd SALHI
Défenseur des droits humains
Vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), dissoute arbitrairement par le régime autoritaire
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