20/02/2025
UTÉRUS = HYSTÉRIE
Le mot hystérie est issu du latin hystera, la « matrice », et du grec hystéron signifiant « utérus ».
C’est pourquoi on parle d’hystérectomie lorsque l’on doit enlever cet organe.
Dans la Grèce antique, on accusait l’utérus d’être à l’origine de tous les maux dont souffrent spécifiquement les femmes.
Déjà Paton (vers 400 av. J.-C.), écrit : « Chez les femmes (…) ce qu’on appelle la matrice ou l’utérus est un animal qui vit en elles avec le désir de faire des enfants. Lorsqu’il reste longtemps stérile après la période de la puberté, il a peine à le supporter, il s’indigne il erre par tout le corps, bloque les conduits de l’haleine, empêche la respiration, cause une gêne extrême et occasionne des maladies de toutes sortes ».
De même Hippocrate (vers 400 av. J.-C.), estime que l'utérus, dans sa course errante, peut aller vers les jambes, le gros orteil, les lombes, la vessie, le cœur, la tête, le foie ; il peut même s'élancer à l'extérieur du corps à la recherche de fraîcheur.
Aristote lui aussi (vers 350 av. J.-C.) enchaîne : « l'utérus voyage beaucoup ».
En dépit de l’aberration que constituent ces théories, il est piquant de constater que les idées les plus fausses peuvent contenir parfois un atome de vérité !
Les cellules musculaires lisses de la LAM, ressemblent singulièrement aux cellules de l’utérus. Elles en proviennent sans doute (même si ce n’est pas encore scientifiquement démontré). Ces cellules migrent, peuvent envahir les poumons et les circuits lymphatiques.
De même l’endométriose (touchant près de 10% des femmes) se caractérise par le développement, hors de l'utérus, de tissu semblable à la muqueuse utérine – appelée aussi « endomètre » – . Ces îlots se situent le plus souvent dans le bas-ventre (sur le péritoine, dans les ovaires, l’intestin ou la vessie) ou, plus rarement, sur d’autres organes (diaphragme, plèvre). Ces tissus subissent, lors des cycles menstruels, l'influence des modifications hormonales et peuvent provoquer d’intenses douleurs.
Ces maux féminins n’étaient autrefois pas compris par les médecins, qui ne prenaient pas suffisamment en compte la parole des femmes. On pensait que ces problèmes étaient psychosomatiques, on les attribuait à la « fragilité » des femmes, à leur besoin qu’on s’occupe d’elles (histrionisme), à leur imagination débordante.
« L’hystérie » était ainsi considérée comme un trouble de la personnalité, voire une maladie mentale et ce préjugé a empoisonné les théories médicales jusqu’au XXe siècle. Aujourd’hui, cette conception genrée tend heureusement à disparaître du vocabulaire médical, remplacée par la notion de TNF (Trouble Neurologique Fonctionnel).
Mais le préjugé est encore très vivant dans le langage courant : lorsqu’un homme crie, on dit qu’il a du caractère ; lorsqu’une femme s’emporte, on dit qu’elle est hystérique.
La radio France Culture consacre à ce sujet quatre émissions passionnantes. « Les fantômes de l’hystérie » dans : L*D La Série documentaire. A réécouter en podcast
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire