21/08/2026
MUSGUM, KOUSSERI & LOGONE-BIRNI : UNE HISTOIRE QUI SUIT LE FLEUVE
Quand on raconte l’histoire de Kousseri et de Logone-Birni, on parle beaucoup des anciennes cités kotoko. C’est normal. Mais lorsqu’on regarde les villages, les familles et les mouvements de populations le long du Logone, une autre présence apparaît également : celle des Musgum.
Pendant longtemps, le Logone n’a pas été une frontière. C’était une route.
On le traversait pour pêcher, cultiver, commercer, se marier ou chercher de nouvelles terres. Les populations circulaient entre les deux rives bien avant que les frontières actuelles entre le Cameroun et le Tchad existent.
Les travaux de Christian Seignobos et de l’IRD montrent ainsi une progression de populations musgum vers le nord, le long du Logone. Cette présence devient particulièrement importante dans la partie méridionale du Sultanat de Logone-Birni, où plusieurs communautés musgum se sont durablement installées.
Plus au nord, le même mouvement conduit vers Kousseri. Seignobos fait d’ailleurs une remarque intéressante : dans les bourgs kotoko situés au sud de Kousseri, les quartiers musgum deviennent progressivement une réalité familière.
Nous connaissons aussi un épisode plus précis. Autour de 1930, des tensions à Pouss provoquent le départ de plusieurs familles. Certaines gagnent Fort-Foureau, l’actuelle Kousseri, tandis que d’autres se dirigent vers Logone-Birni et le Baguirmi.
Mais attention : cela ne signifie pas que les premiers Musgum arrivent à Kousseri en 1930. Cela nous donne simplement une migration dont nous retrouvons clairement la trace dans les sources.
À Kousseri, la communauté s’organise progressivement. Et c’est là que la mémoire de nos familles devient précieuse.
Des noms d’anciens notables Musgum sont encore connus :
Ngarman Boukar, Ngarman Ousmane, Hassan Kalta, Boukar François, Oumar Dava, Ndjidda Demdem, Mami Abegue, Ali Bangri, Madi Vockaye, Brahim Evele, Oumar Haoualawar, Djibrine Mabiayaou, Oumar Basga, Mahamat Zigla, Brahim Sale Arbintchic, Aoudi Boukar, Haman Boukar, Alifa Sakal, Abba Atti…
Mais beaucoup reste à découvrir.
De quels villages venaient-ils ? À quels clans appartenaient-ils ? Dans quels quartiers de Kousseri vivaient-ils ? Qui était Lawan ? Quelles relations entretenaient-ils avec le Sultan de Kousseri ? Certaines familles venaient-elles de Zina, Hinalé, Logone-Birni, Pouss ou directement des villages musgum du Tchad ?
C’est maintenant la mémoire des anciens qui peut nous aider.
Et surtout, raconter cette histoire ne signifie pas chercher à savoir à qui appartient Kousseri. Kousseri possède une histoire kotoko profonde et incontestable. Il s’agit plutôt de comprendre comment, autour du Logone, Kotoko, Musgum, Arabes Choa et bien d’autres communautés ont vécu, circulé et construit ensemble cet espace.
🎙️ Si votre famille Musgum vit ou a vécu à Kousseri ou à Logone-Birni, racontez-nous : quel est votre clan ? Quel est votre village d’origine ? Quels anciens Lawan ou notables avez-vous connus ?
Parfois, une histoire commence simplement par un nom que quelqu’un se souvient encore d’avoir entendu de son grand-père.