Ziba di Musgum

Ziba di Musgum Musgum People & Cultural Heritage
Peuple Musgum et Patrimoine Culturel

MUSGUM, KOUSSERI & LOGONE-BIRNI : UNE HISTOIRE QUI SUIT LE FLEUVEQuand on raconte l’histoire de Kousseri et de Logone-Bi...
21/08/2026

MUSGUM, KOUSSERI & LOGONE-BIRNI : UNE HISTOIRE QUI SUIT LE FLEUVE

Quand on raconte l’histoire de Kousseri et de Logone-Birni, on parle beaucoup des anciennes cités kotoko. C’est normal. Mais lorsqu’on regarde les villages, les familles et les mouvements de populations le long du Logone, une autre présence apparaît également : celle des Musgum.

Pendant longtemps, le Logone n’a pas été une frontière. C’était une route.

On le traversait pour pêcher, cultiver, commercer, se marier ou chercher de nouvelles terres. Les populations circulaient entre les deux rives bien avant que les frontières actuelles entre le Cameroun et le Tchad existent.

Les travaux de Christian Seignobos et de l’IRD montrent ainsi une progression de populations musgum vers le nord, le long du Logone. Cette présence devient particulièrement importante dans la partie méridionale du Sultanat de Logone-Birni, où plusieurs communautés musgum se sont durablement installées.

Plus au nord, le même mouvement conduit vers Kousseri. Seignobos fait d’ailleurs une remarque intéressante : dans les bourgs kotoko situés au sud de Kousseri, les quartiers musgum deviennent progressivement une réalité familière.

Nous connaissons aussi un épisode plus précis. Autour de 1930, des tensions à Pouss provoquent le départ de plusieurs familles. Certaines gagnent Fort-Foureau, l’actuelle Kousseri, tandis que d’autres se dirigent vers Logone-Birni et le Baguirmi.

Mais attention : cela ne signifie pas que les premiers Musgum arrivent à Kousseri en 1930. Cela nous donne simplement une migration dont nous retrouvons clairement la trace dans les sources.

À Kousseri, la communauté s’organise progressivement. Et c’est là que la mémoire de nos familles devient précieuse.

Des noms d’anciens notables Musgum sont encore connus :

Ngarman Boukar, Ngarman Ousmane, Hassan Kalta, Boukar François, Oumar Dava, Ndjidda Demdem, Mami Abegue, Ali Bangri, Madi Vockaye, Brahim Evele, Oumar Haoualawar, Djibrine Mabiayaou, Oumar Basga, Mahamat Zigla, Brahim Sale Arbintchic, Aoudi Boukar, Haman Boukar, Alifa Sakal, Abba Atti…

Mais beaucoup reste à découvrir.

De quels villages venaient-ils ? À quels clans appartenaient-ils ? Dans quels quartiers de Kousseri vivaient-ils ? Qui était Lawan ? Quelles relations entretenaient-ils avec le Sultan de Kousseri ? Certaines familles venaient-elles de Zina, Hinalé, Logone-Birni, Pouss ou directement des villages musgum du Tchad ?

C’est maintenant la mémoire des anciens qui peut nous aider.

Et surtout, raconter cette histoire ne signifie pas chercher à savoir à qui appartient Kousseri. Kousseri possède une histoire kotoko profonde et incontestable. Il s’agit plutôt de comprendre comment, autour du Logone, Kotoko, Musgum, Arabes Choa et bien d’autres communautés ont vécu, circulé et construit ensemble cet espace.

🎙️ Si votre famille Musgum vit ou a vécu à Kousseri ou à Logone-Birni, racontez-nous : quel est votre clan ? Quel est votre village d’origine ? Quels anciens Lawan ou notables avez-vous connus ?

Parfois, une histoire commence simplement par un nom que quelqu’un se souvient encore d’avoir entendu de son grand-père.

GUIRVIDIG : QUAND L’HISTOIRE DES KALANG, DES KADAY ET DE BOGO SE CROISEQui se souvient encore des anciennes luttes qui o...
21/08/2026

GUIRVIDIG : QUAND L’HISTOIRE DES KALANG, DES KADAY ET DE BOGO SE CROISE

Qui se souvient encore des anciennes luttes qui ont façonné Guirvidig ?

Bien avant les découpages administratifs actuels, cette partie de la plaine du Logone était traversée par les mouvements de différents groupes musgum. Parmi eux, les Kalang et les Kaday, deux composantes d’un même peuple, ont connu une période de rivalités particulièrement importante.

Les travaux de Christian Seignobos rapportent que Guirvidig aurait d’abord été occupé par les Kaday, avant de passer sous le contrôle des Kalang. Ils indiquent également que les Peuls de Bogo auraient soutenu les Kalang dans cette lutte. Un chef kalang, Amdesini, aurait joué un rôle déterminant dans cette consolidation politique.

Mais notre enquête devient encore plus intéressante lorsque nous écoutons la tradition orale.

Des témoignages musgum présentent le conflit Kalang–Kaday comme l’un des affrontements internes les plus complexes et les plus meurtriers de cette époque. Ils évoquent notamment Djokaday, associé à l'ancien déplacement des Kaday, ainsi que des combattants kalang dont les noms sont encore conservés dans la mémoire : Hayaou Koskor et son neveu Ahnamataye.

Sur un point cependant, les mémoires divergent.

Certains témoignages oraux ne se souviennent pas de Peuls combattant directement aux côtés des Kalang. Ils suggèrent plutôt que l’expansion peule autour de Bogo aurait bouleversé les rapports de force, accentué la poussée des Kaday vers l’ouest et modifié les territoires contrôlés par les différents groupes.

Et c’est précisément là que l’histoire devient passionnante.

Il ne faut pas choisir trop rapidement entre Seignobos et la tradition orale. Il faut confronter les deux.

Guirvidig permet aussi de comprendre quelque chose d’essentiel : les peuples d’autrefois ne formaient pas toujours des blocs politiques homogènes. Kalang et Kaday pouvaient être Musgum et pourtant se combattre. Des Kalang pouvaient s’allier aux Peuls de Bogo. D’autres groupes musgum pouvaient rechercher des alliances ailleurs. Les mariages, les guerres, les migrations et les intérêts politiques modifiaient constamment les équilibres.

Avec le temps, Guirvidig s’est affirmé comme un important foyer Kalang. Les sources historiques permettent même de retrouver une succession de chefs dont Amdesini, Agourda, Aseng, Maliki et Ahmadou Mati.

Mais beaucoup reste encore à documenter.

Aux anciens de Guirvidig, Bogo, Djokaday et des villages environnants : que vous a-t-on raconté du conflit entre Kalang et Kaday ? Qui étaient Hayaou Koskor et Ahnamataye ? Que disent vos traditions sur le rôle exact des Peuls de Bogo ?
Chaque témoignage compte. L’histoire écrite nous donne des pistes ; la mémoire des villages peut nous aider à les compléter, les nuancer ou parfois les corriger.

Sources de travail : Christian Seignobos et Olivier Iyébi-Mandjek, travaux IRD sur le peuplement de l’Extrême-Nord et sur la chefferie Kalang de Guirvidig ; traditions orales musgum recueillies.

QUAND LES PEULS TAARA SOUTINRENT LES MUSGUM KALANG CONTRE LEURS FRÈRES KADAYL’histoire du pays Musgum et du Diamaré est ...
20/08/2026

QUAND LES PEULS TAARA SOUTINRENT LES MUSGUM KALANG CONTRE LEURS FRÈRES KADAY

L’histoire du pays Musgum et du Diamaré est beaucoup plus complexe que les oppositions ethniques que nous imaginons parfois aujourd’hui.

Au XIXᵉ siècle, les différentes fractions musgum ne formaient pas nécessairement un bloc politique unique. Kalang, Kaday, Mogulna et d’autres groupes disposaient de leurs propres territoires, chefferies et alliances. Les travaux de Christian Seignobos montrent notamment que certaines fractions repoussées de la rive droite du Logone recherchèrent l'appui de puissances voisines : les Mogulna auprès du Wandala, les Kaday auprès du Bornou, tandis que le Baguirmi conservait un relais à Maga.

C’est dans ce contexte que se joue un épisode particulièrement intéressant à Guirvidig.

Selon Seignobos, les Musgum Kalang reprirent la terre de Guirvidig aux Musgum Kaday grâce à l'appui des Fulbe qui venaient de conquérir Bogo.

Les Kaday se replièrent notamment vers Méréo et Waza.

Mais qui étaient ces alliés peuls ?

Les données de l’IRD apportent une précision remarquable : plus de la moitié des Fulbe du canton de Guirvidig étaient des Taara de Bogo. Les auteurs expliquent directement cette implantation par l'alliance qui exista durant tout le XIXᵉ siècle entre Bogo et les Musgum Kalang de Guirvidig contre les Musgum Kaday alliés au Wandala.

Nous avons donc une configuration politique étonnamment claire :

MUSGUM KALANG 🤝 FULBE TAARA DE BOGO

face aux

MUSGUM KADAY 🤝 WANDALA

L'histoire de la chefferie Kalang apporte encore une précision : avec l'aide des Peuls de Bogo, les Kalang finirent par chasser les Kaday de Guirvidig.

Mais les populations ne se répartissaient pas simplement en deux camps. Mogulna, Mbazal et d'autres Musgum durent choisir entre le refuge auprès du Wandala et le ralliement à Guirvidig ; les alliances matrimoniales pouvaient même déterminer ces choix.

Une leçon importante

Cet épisode montre pourquoi il faut être prudent lorsque nous projetons nos identités actuelles sur le passé.

Ce n'était pas simplement « Peuls contre Musgum ».

Des Peuls Taara combattaient aux côtés des Musgum Kalang, tandis que des Musgum Kaday disposaient d'autres alliances régionales. Les intérêts territoriaux, politiques, familiaux et militaires pouvaient traverser les appartenances ethniques.

Et cette alliance a laissé des traces durables : l'Atlas décrit encore Guirvidig comme un canton principalement Kalang, tout en signalant la présence de villages peuls et différentes composantes musgum.

💬 Que racontent les traditions orales des Kalang, des Kaday et des Taara de Bogo sur cette période ?

Nos anciens peuvent détenir des éléments que les archives n'ont jamais enregistrés. Croisons les mémoires familiales avec les travaux historiques : c'est ainsi que notre histoire commune retrouvera toute sa profondeur.

MURGUR, MUSGUM, GUIZIGA OU MOFU : À QUI APPARTIENNENT VRAIMENT LES ANCIENS FORGERONS DU DIAMARÉ ?Quand on parle de l'his...
20/08/2026

MURGUR, MUSGUM, GUIZIGA OU MOFU : À QUI APPARTIENNENT VRAIMENT LES ANCIENS FORGERONS DU DIAMARÉ ?

Quand on parle de l'histoire ancienne du Diamaré, une figure revient souvent : le forgeron.

Mais qui étaient réellement ces anciens maîtres du fer ? Murgur ? Musgum ? Guiziga ? Mofu ? La réponse est moins simple qu'il n'y paraît.

Dans les sociétés anciennes, la forge n'était pas un petit métier. Elle était une fonction stratégique. Celui qui maîtrisait le fer participait directement à la capacité d'une communauté à produire, à se nourrir et à se défendre.

Le forgeron fabriquait les houes, pioches, haches et autres instruments agricoles qui permettaient de travailler la terre. Mais son savoir-faire servait également à fabriquer les couteaux, pointes de lances, flèches et autres armes indispensables à la chasse, à la guerre et à la défense du territoire.

Autrement dit : maîtriser le fer, c'était maîtriser une partie des moyens de production et des moyens de défense.

C'est ici que l'histoire des Murgur devient particulièrement intéressante.

Christian Seignobos leur a consacré des travaux importants, allant jusqu'à parler de leur « identification ethnique par la forge ». Les Murgur apparaissent dans l'histoire du Diamaré comme d'anciennes populations fortement associées au travail du fer. Au fil des migrations et des recompositions, certains groupes se sont progressivement intégrés aux populations aujourd'hui identifiées comme Mofu ou Guiziga.

Mais leurs traditions migratoires semblent également conduire vers les plaines situées à l'est du Diamaré, en direction du Logone. C'est là que se pose une autre question : quels rapports existaient entre ces Murgur et les anciennes populations Musgum ou Muzuk de la plaine ?
Il serait toutefois trop rapide d'affirmer simplement :

Murgur = Musgum.

Les identités que nous connaissons aujourd'hui sont souvent le résultat de plusieurs siècles de migrations, d'alliances, de guerres, de mariages et d'intégrations.

La vraie question est donc peut-être ailleurs :

Qui étaient les Murgur avant de devenir, pour certains, Mofu ou Guiziga ?

D'où tenaient-ils leur maîtrise ancienne de la métallurgie ?

Et que racontent les traditions Musgum, Guiziga et Mofu sur ces anciens forgerons ?

Nos anciens détiennent peut-être encore une partie de la réponse.

💬 Si votre famille possède une tradition sur les Murgur, les anciens forgerons, Marva/Maroua, Balda ou les migrations entre le Logone et le Diamaré, partagez-la avec nous.

L'objectif n'est pas de revendiquer l'histoire des autres, mais de retrouver les différentes pièces d'une histoire régionale que nos ancêtres ont construite ensemble.

NÉCROLOGIE | ZIBA DI MUSGUMZiba di Musgum a appris avec une profonde tristesse le décès au Caire de Aïcha Ahmat Dougui, ...
19/08/2026

NÉCROLOGIE | ZIBA DI MUSGUM

Ziba di Musgum a appris avec une profonde tristesse le décès au Caire de Aïcha Ahmat Dougui, journaliste et présentatrice de la Télévision nationale tchadienne et fille de la communauté Musgum, à la suite d’une intervention chirurgicale.

Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à ses collègues.

Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde et l’accueille dans Son vaste Paradis.

Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un.

MUSGUM & KOTOKO : QUAND LE POISSON RACONTE UNE AUTRE HISTOIREQuand on parle des relations entre Musgum et Kotoko, on pen...
19/08/2026

MUSGUM & KOTOKO : QUAND LE POISSON RACONTE UNE AUTRE HISTOIRE

Quand on parle des relations entre Musgum et Kotoko, on pense parfois aux disputes autour des mares, des canaux de pêche ou aux affrontements qu’a connus la région de Zina.

Mais pendant combien de générations Musgum et Kotoko ont-ils pêché, vendu et vécu du poisson ensemble sans que cela fasse l’objet d’un article ou d’un rapport ?

C’est aussi cette histoire-là qu’il faut raconter.

🎣 Deux peuples profondément liés à l’eau
Musgum et Kotoko vivent depuis des siècles dans un environnement dominé par le Logone, le Chari, les mares et les grandes plaines inondables.
Ici, la vie suit le rythme de l’eau.

Quand le fleuve monte, il envahit les plaines. Les poissons suivent les eaux. Quand vient la décrue, ils regagnent progressivement les chenaux, les mares et le lit du fleuve.

Les anciens connaissaient ces mouvements.
Ils savaient où pêcher, à quel moment, avec quelle technique et comment conserver le poisson.

Chez les Kotoko comme chez les Musgum, cette connaissance de l’eau est devenue un véritable savoir transmis de génération en génération.

🛶 Le poisson faisait vivre bien plus que les pêcheurs

Il ne suffisait pas de capturer le poisson.
Il fallait le sécher, le fumer, le transporter et le vendre.

Autour de cette activité s’est progressivement développée toute une économie.

Le poisson quittait les villages de pêcheurs pour rejoindre les marchés. Des commerçants venaient l’acheter. Des transporteurs l’emmenaient plus loin.

Ainsi, autour d’un simple poisson pouvaient se rencontrer Musgum, Kotoko, Kanuri, Hausa et bien d’autres populations.

Le fleuve devenait une route.
La mare devenait un lieu de travail.
Et le marché devenait un lieu de rencontre.

Musgum et Kotoko ont aussi appris les uns des autres

Les techniques de pêche n’ont jamais appartenu à des mondes totalement fermés.

Une pratique efficace observée chez le voisin pouvait être adoptée, adaptée puis transmise.

C’est notamment le cas des canaux de pêche, devenus très importants dans certaines parties de la plaine du Logone.

Avec le temps, Musgum et Kotoko ont tous deux développé une remarquable maîtrise de ces espaces de pêche.

Et c’est peut-être cela que nous oublions parfois :
vivre côte à côte pendant des siècles, c’est forcément échanger quelque chose.

Des techniques. Des mots. Des habitudes. Des produits. Et certainement beaucoup d’histoires.
Mais alors, pourquoi les conflits ?

Parce que l’eau qui nourrit peut aussi devenir une source de tension.

Une bonne mare représente du poisson.
Un canal bien placé représente un revenu.

Et lorsque plusieurs communautés revendiquent l’accès au même espace, la question devient rapidement :

Qui peut pêcher ici ?
Qui contrôle cette mare ?
À qui appartient ce canal ?
Qui fixe les règles ?

Lorsque l’eau ou le poisson deviennent plus rares, ces questions prennent encore plus d’importance.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre certaines tensions entre Musgum et Kotoko, notamment dans la région de Zina.

Mais ces conflits ne racontent qu’une partie de leur histoire.

Alors, la pêche a-t-elle davantage uni que séparé ?
Sur plusieurs générations, probablement.

Parce qu’un conflit peut durer quelques jours et rester longtemps dans les mémoires.

Mais un marché peut fonctionner chaque semaine pendant cinquante ans sans entrer dans les livres d’histoire.

Des milliers de pêcheurs ont partagé les mêmes eaux.

Des commerçants ont acheté le poisson des uns et des autres.

Des familles ont vécu de cette activité.
Des villages entiers ont dépendu du même fleuve.
Voilà aussi l’histoire du Logone.
Le poisson a parfois été disputé.

Mais il a surtout nourri, fait travailler, voyager, commercer et se rencontrer des générations entières.

Et peut-être que la meilleure manière de comprendre l’histoire entre Musgum et Kotoko n’est pas seulement de rechercher leurs conflits.

C’est aussi de demander à nos anciens :
Où pêchiez-vous ensemble ?
Où vendiez-vous le poisson ?
Quels étaient les grands marchés ?
Quelles techniques utilisiez-vous ?
Et quelles familles étaient connues pour la pêche ?

💬 Musgum, Kotoko et autres peuples du Logone : que racontaient vos parents et grands-parents sur la pêche autrefois ?

Partageons les noms des mares, canaux, villages, marchés et anciennes familles de pêcheurs.
Parce que l’histoire du Logone ne se trouve pas seulement dans les palais et les batailles.
Elle se trouve aussi dans les pirogues de ses pêcheurs.

MUSGUM & MAROUA : UNE HISTOIRE PLUS ANCIENNE QU’ON NE LE PENSE ?Quand on parle de l’histoire de Maroua, on pense naturel...
19/08/2026

MUSGUM & MAROUA : UNE HISTOIRE PLUS ANCIENNE QU’ON NE LE PENSE ?

Quand on parle de l’histoire de Maroua, on pense naturellement aux Guiziga, aux Mofu, puis aux Fulbe.

Mais une autre histoire, beaucoup moins connue, mérite d’être racontée.

Des populations liées à l’ancien monde musgum ont-elles vécu dans la région de Maroua ?

Les traditions recueillies par les chercheurs nous donnent quelques pistes intéressantes.
Qui étaient les Murgur ?

Christian Seignobos parle des Murgur, qu’il rattache à un ancien fond de population qu’il qualifie de « paléo-musgum ».

Ces populations auraient quitté progressivement les régions du Logone et du pays Muzuk pour se déplacer vers l’ouest, en direction du Diamaré et des monts Mandara.

Leurs traditions évoquent plusieurs points de départ : Mouskoum, Kaykay, Bourkoumandji, Guirvidig ou encore le pays Muzuk.

Au fil du temps, on retrouve des Murgur à Mékéri, Mbokou, Mbidimé, Molkwo, Dogba, Godola et dans d’autres localités autour de Maroua.

Et surtout, certains sont signalés à Maroua même, notamment du côté de Doualaré.

Que racontent les Guiziga et les Mofu ?

C’est là que l’histoire devient particulièrement intéressante.

Les traditions guiziga racontent leur propre arrivée et la constitution de Marva, tandis que les traditions mofu gardent la mémoire de plusieurs populations anciennes qui se sont progressivement intégrées à leurs communautés.

Les Murgur semblent avoir fait partie de ces populations.

Avec les générations, certains ont adopté la langue et les coutumes des populations parmi lesquelles ils vivaient. Leur ancienne identité s’est progressivement estompée, mais la mémoire de leur origine ne semble pas avoir totalement disparu.

Il ne faut donc pas imaginer l’ancien pays de Maroua comme un territoire occupé successivement par des peuples parfaitement séparés.

La réalité était certainement beaucoup plus humaine : des familles arrivaient, d’autres partaient, certaines s’intégraient, des mariages se nouaient et de nouvelles communautés se formaient.

Des forgerons venus de l’Est ?

Les Murgur étaient également réputés pour le travail du fer.

Certains groupes installés autour de Maroua et dans les monts Mandara sont décrits comme des forgerons et métallurgistes.

Si leur rattachement à cet ancien fond musgum est confirmé, cela voudrait dire que ces populations n’ont pas simplement traversé la région : elles auraient participé à son économie ancienne, notamment par la production et la circulation du fer.

C’est une piste importante.
Alors, les Musgum étaient-ils à Maroua avant les Guiziga ?

Nous devons être prudents.
Nous n’avons pas suffisamment d’éléments pour l’affirmer ainsi.

Les traditions guiziga, mofu et celles recueillies auprès des Murgur ne racontent pas nécessairement la même histoire, et une tradition orale ne doit pas être transformée automatiquement en certitude historique.

Ce que nous pouvons dire, en revanche, est beaucoup plus intéressant :
l’histoire ancienne des Musgum ne semble pas s’arrêter aux rives du Logone.

Des populations que les chercheurs ont rapprochées d’un ancien fond musgum se retrouvent dans le Diamaré, chez les Guiziga, chez les Mofu et jusque dans l’espace de Maroua.
Et certaines auraient conservé pendant longtemps le souvenir de leurs origines.

Cela nous oblige à regarder autrement l’histoire de notre région.

Peut-être que les Musgum, les Guiziga et les Mofu que nous considérons aujourd’hui comme des peuples bien distincts ont aussi, quelque part dans leur passé, des histoires de migrations, d’intégrations et de voisinages que nous avons progressivement oubliées.

💬 Et chez vous, que racontaient les anciens ?
Connaissez-vous les Murgur ?

Existe-t-il encore à Maroua, Doualaré, Dogba, Godola, Molkwo, Mbokou ou Mbidimé des familles qui se réclament de cette origine ?

Les traditions guiziga et mofu racontent-elles la même histoire ?

Partageons les témoignages, même lorsqu’ils se contredisent. C’est justement en confrontant les différentes mémoires que nous pourrons mieux comprendre cette partie encore méconnue de l’histoire de Maroua.

QUI ÉTAIT LÀ AVANT QUI DANS LE BASSIN DU LOGONE ?Musgum, Massa, Kotoko, Sao, Tupuri, Arabes Choa… que racontent réelleme...
19/08/2026

QUI ÉTAIT LÀ AVANT QUI DANS LE BASSIN DU LOGONE ?

Musgum, Massa, Kotoko, Sao, Tupuri, Arabes Choa… que racontent réellement nos histoires ?
C’est une question que l’on entend souvent dans notre région :

« Qui était là avant ? »
Les Kotoko parlent des Sao.
Les Musgum racontent leurs anciennes migrations autour du Logone et du Chari.
Les Massa ont leurs traditions liées au fleuve.
Les Tupuri ont leur mémoire du sud de la plaine.
Les Arabes Choa racontent leurs migrations et leur implantation progressive dans le bassin tchadien.

Mais lorsqu’on commence à chercher sérieusement, une chose apparaît : notre histoire est beaucoup plus mélangée que nos frontières ethniques actuelles.

Les Sao étaient-ils les premiers ?
Les archéologues ont retrouvé autour du lac Tchad, du Chari et du Logone de très anciens sites attribués à ce que l’on appelle généralement la civilisation Sao.
Mais il faut faire attention au mot.
Les Sao n’étaient probablement pas un seul peuple parlant une seule langue et vivant sous une seule autorité. Le terme recouvre des populations et des périodes différentes.

Les Kotoko conservent cependant une mémoire particulièrement forte des Sao et plusieurs travaux historiques et ethnographiques établissent des continuités entre les anciennes sociétés Sao et le monde kotoko.

Cela ne signifie pas pour autant que :
Sao = Kotoko.
L’histoire est plus complexe.
Et les Musgum ?

L’histoire musgum nous oblige elle aussi à regarder bien au-delà de Pouss ou du Cameroun actuel.

Les traditions et les travaux historiques évoquent plusieurs mouvements de populations entre le Chari, le Logone, le Baguirmi et le Diamaré.

Christian Seignobos parle notamment d’anciens peuplements qu’il qualifie de « paléo-musgum » et évoque les Murgur, ainsi que plusieurs vagues de peuplement musgum.

Notre ouvrage de référence sur la langue, l’identité et le patrimoine musgum montre également combien l’implantation musgum dépasse un territoire unique et s’étend largement dans le bassin du Logone-Chari.

Cela nous conduit à une question encore largement ouverte :

quelles relations existaient entre ces anciennes populations musgum et les populations que les archéologues associent au monde Sao ?

Nous n’avons pas encore suffisamment d’éléments pour répondre avec certitude.

Et il vaut mieux dire « nous ne savons pas encore » que fabriquer une certitude.

Et les Massa et les Tupuri ?

Eux aussi appartiennent profondément à l’histoire de cette région.

Les Massa ont construit une civilisation intimement liée au Logone, à l’agriculture, à la pêche et à l’élevage.

Plus au sud, les Tupuri occupent depuis longtemps un espace aujourd’hui partagé entre le Cameroun et le Tchad.

Mais là encore, comparer simplement « Musgum », « Massa » et « Tupuri » pour déterminer lequel serait arrivé le premier pose problème.

Les peuples ne sont pas arrivés un matin, tous ensemble, avec leurs frontières actuelles.

Ce sont souvent des clans, des familles et des groupes qui se sont déplacés.

Certains ont fusionné avec d’autres. Certains ont adopté une nouvelle langue. Certains ont conservé leur identité. D’autres ont probablement changé d’appartenance au cours des générations.
Et les Arabes Choa ?

Leur implantation importante à l’ouest du Chari paraît globalement plus récente dans la longue histoire du bassin.

Mais parler de « nouveaux arrivants » serait également trompeur.

Plusieurs groupes Arabes Choa sont installés dans le bassin tchadien depuis plusieurs siècles. Ils ont participé à son économie, à son élevage, à ses échanges commerciaux, à ses alliances et à ses conflits.

Ils font donc pleinement partie de l’histoire du Logone-Chari.

Alors… qui était là avant qui ?

Peut-être que nous cherchons une réponse trop simple.

Avant les Musgum que nous connaissons aujourd’hui, il y avait déjà des populations.
Avant les royaumes kotoko, il y avait des sociétés plus anciennes.

Avant certaines implantations massa ou tupuri actuelles, d’autres groupes occupaient ou traversaient les mêmes territoires.

Et même avant les Sao, des hommes vivaient déjà dans le bassin du lac Tchad et du Logone.

La véritable histoire est donc probablement faite de plusieurs couches de peuplement.

Et cela change complètement la question.

Au lieu de demander seulement :
« Qui était là avant qui ? »

Nous pourrions aussi demander :
Qui s’est installé chez qui ?
Qui s’est mélangé avec qui ?
Quels clans ont migré ?
Quels groupes ont changé de langue ?
Quels peuples ont absorbé d’autres populations ?
Et quelles traces en gardent encore nos familles ?
Car un peuple peut être très ancien dans une région sans avoir toujours porté le nom qu’on lui connaît aujourd’hui.

C’est peut-être là que commence la véritable histoire du bassin du Logone.

💬 Musgum, Kotoko, Massa, Tupuri, Arabes Choa… que vous racontaient vos parents et vos grands-parents sur vos origines ?

Donnez-nous les noms des clans, des anciens villages, des lieux de départ et des itinéraires de migration.

Pas pour décider qui est « plus autochtone » que l’autre.

Mais pour essayer de comprendre, ensemble, comment nos peuples se sont réellement formés et rencontrés autour du Logone et du Chari.

MUSGUM & MUSEY : DEUX PEUPLES, UNE HISTOIRE DE PROXIMITÉQuand on regarde l’histoire des peuples de la vallée du Logone, ...
12/08/2026

MUSGUM & MUSEY : DEUX PEUPLES, UNE HISTOIRE DE PROXIMITÉ

Quand on regarde l’histoire des peuples de la vallée du Logone, les Musgum et les Musey occupent chacun une place particulière.

Ce sont deux peuples distincts, avec leurs langues, leurs traditions et leurs identités. Mais lorsqu’on remonte dans le temps, on découvre aussi des ressemblances et des contacts qui méritent d’être mieux étudiés.

Un élément est particulièrement intéressant : le cheval.

Les travaux de Christian Seignobos montrent que les Musgum comme les Musey ont développé une importante tradition d’élevage du poney. Chez les Musgum, le petit cheval occupait autrefois une place importante dans la société et pouvait même intervenir dans les échanges matrimoniaux. Seignobos rapproche directement cet élevage de celui pratiqué chez les Musey.

Ce n’est probablement pas un détail.

Musgum et Musey ont longtemps évolué dans le même grand espace de plaines entre Cameroun et Tchad, avec d’autres peuples comme les Massa, Tupuri, Mundang et plusieurs communautés riveraines du Logone.

Dans cet espace, les frontières n’étaient pas celles que nous connaissons aujourd’hui. Les populations se déplaçaient, fréquentaient les mêmes marchés, échangeaient du bétail et des produits agricoles et nouaient des relations entre villages.

Il y eut certainement aussi des périodes de tensions et de rivalités. Une histoire commune n’est jamais faite uniquement d’entente. Mais avec le temps, les échanges, les mariages et la proximité géographique ont créé des passerelles entre les communautés.

Un autre élément mérite notre attention : durant la période coloniale, certaines classifications ont parfois regroupé sous une même appellation des populations pourtant différentes du Logone, notamment Musgum, Massa, Musey, Marba et d'autres groupes. Cela ne signifie évidemment pas qu'ils formaient un seul peuple. Cela montre plutôt combien cet espace humain était complexe et parfois mal compris par les observateurs extérieurs.

Aujourd’hui, la question qui nous intéresse est ailleurs :

Que reste-t-il dans les mémoires Musgum et Musey de cette longue proximité ?

Existe-t-il des clans qui se reconnaissent une parenté ? Des noms similaires ? Des alliances anciennes ? Des mariages entre certaines communautés ? Des récits de migrations ? Des traditions autour du cheval que l'on retrouve chez les deux peuples ?

C’est ici que les témoignages deviennent précieux.
Nous pouvons lire les livres et consulter les archives. Mais certaines histoires sont encore conservées dans nos familles et dans nos villages.
Alors, à nos frères et sœurs Musey et Musgum :

💬 Que racontaient vos parents et grands-parents sur les relations entre nos deux peuples ?
Partagez les noms des villages, des clans et les histoires que vous connaissez. Nous chercherons ensuite à les confronter aux sources.
Parce que mieux connaître l’histoire de nos voisins, c’est aussi mieux comprendre notre propre histoire.

MUSGUM & BAGUIRMI : UNE HISTOIRE QUE LE LOGONE N’A JAMAIS SÉPARÉEQuand on parle des Musgum, on pense naturellement à Pou...
12/08/2026

MUSGUM & BAGUIRMI : UNE HISTOIRE QUE LE LOGONE N’A JAMAIS SÉPARÉE

Quand on parle des Musgum, on pense naturellement à Pouss et au Logone. Mais pour comprendre une partie de notre histoire, il faut aussi traverser le fleuve, regarder vers Katoa, Mokrom, puis plus loin vers Massenya, ancien cœur du Baguirmi.

Bien avant les frontières entre le Cameroun et le Tchad, cet espace était vivant. Les hommes circulaient, commerçaient, se mariaient, cultivaient, pêchaient… et parfois se faisaient la guerre.

Les relations entre Musgum et Baguirmi ont donc connu plusieurs visages.

Le puissant royaume du Baguirmi, dont Massenya fut la capitale historique, exerça à différentes périodes son influence vers les régions du Logone.

Les communautés musgum n'étaient cependant pas de simples spectatrices de cette histoire. Elles avaient leurs propres territoires, leurs chefs et leurs centres de pouvoir.

C'est ici qu'il faut parler de Pouss, Katoa et Mokrom.

Ces noms racontent une ancienne géographie politique musgum. Les pouvoirs qui s'y sont constitués ont entretenu, selon les périodes, des rapports de proximité, d'échanges, d'influence, mais également de résistance et de confrontation avec le Baguirmi.

Et les traces ne sont pas seulement politiques.
À Pouss, par exemple, Christian Seignobos relève la présence du lapia, un sorgho venu du Baguirmi. Derrière ce simple sorgho se cache toute une histoire : celle des cultivateurs qui échangeaient leurs semences, des marchés fréquentés par plusieurs communautés et des savoir-faire qui circulaient avec les hommes.

C'est peut-être cela qu'il faut retenir : Musgum et Baguirmi ne se sont pas seulement rencontrés sur les champs de bataille. Ils se sont rencontrés dans la vie quotidienne.

Et Massenya occupe une place particulière dans cette histoire. Pour comprendre certaines traditions anciennes de Pouss, Katoa ou Mokrom, il faut nécessairement regarder vers cette ancienne capitale du Baguirmi et, plus largement, vers les circulations entre Logone et Chari.
Nos frontières actuelles peuvent parfois nous faire oublier cette réalité.

Le Logone n'était pas un mur. C'était une route.

Aujourd'hui encore, les Musgum vivent des deux côtés de la frontière Cameroun–Tchad. Cette continuité humaine nous rappelle que notre histoire est plus ancienne que les États modernes.
Mais beaucoup reste à documenter, notamment sur les rapports exacts entre Pouss, Katoa, Mokrom et Massenya selon les différentes périodes. Les traditions orales peuvent ici compléter les archives, à condition de les confronter entre elles.

💬 À nos frères Musgum et Baguirmi : que racontaient vos parents et grands-parents sur ces relations ?

Des chefs ? Des alliances ? Des conflits ? Des mariages ? Des migrations ? Des marchés ?
Racontez-nous. L'histoire de nos peuples appartient aussi à ceux qui en portent encore la mémoire.

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