14/05/2026
LE PATRIMOINE CULTUREL MATÉRIEL ET IMMATÉRIEL DES KANOURIS
Comme de nombreux autres peuples africains, les Kanouris possèdent également des marques tribales traditionnelles. Chez les Kanouris, ces scarifications consistent généralement en neuf marques tracées sur le visage, dont l’une descend du front jusqu’à proximité du nez.
Aujourd’hui, plus de 70 % des Kanouris ne pratiquent plus ces marques tribales, mais celles-ci conservent une importante valeur historique, culturelle et symbolique au sein de la société kanourie.
Durant l’époque précoloniale africaine, notamment entre le XIVe et le XVIIIe siècle, la traite négrière et le commerce des esclaves dominèrent une grande partie du continent africain. Selon plusieurs historiens africains contemporains, plus de 50 millions d’Africains auraient été déportés vers des régions telles que la Jamaïque, le Suriname, le Mexique, les Bahamas, les États-Unis, le Brésil, la Barbade, le Guyana, la Colombie, le Costa Rica ou encore les Bermudes.
Le système de la traite esclavagiste reposait soit sur l’achat légal d’esclaves, soit sur la capture de populations à travers l’invasion de royaumes jugés plus faibles ou plus faciles à vaincre. Cependant, même au plus fort de cette période, les trafiquants d’esclaves hésitaient à capturer des personnes issues de puissants empires africains comme le Kanem-Bornou ou les empires Songhaï et du Mali, par crainte de représailles de la part de ces États contre toute tentative d’enlèvement ou de réduction en esclavage de leurs citoyens, y compris par des puissances étrangères européennes.
Au-delà de leur fonction esthétique et culturelle, les marques tribales kanouries servaient également d’élément d’identification sociale et communautaire, comparable dans une certaine mesure à un passeport traditionnel. Elles permettaient de reconnaître immédiatement l’origine et l’appartenance d’une personne à la civilisation kanourie et à l’Empire Kanem-Bornou.
Les marques tribales permettaient d’identifier l’appartenance d’une personne à un royaume, une tribu ou un empire précis, même lorsqu’elle vivait en dehors de son territoire ancestral. Selon cette tradition, cela expliquerait pourquoi un homme kanouri n’aurait pas été réduit en esclavage par les puissances européennes durant la période de la traite négrière. Les récits avancent également qu’aucun esclave africain répertorié ne portait les marques faciales traditionnelles kanouries.
Ainsi, les marques tribales kanouries étaient considérées comme un symbole d’identité, de beauté, de protection et même comme une sorte de « passeport » social permettant de voyager avec davantage de sécurité, d’être facilement reconnu et d’éviter les risques de capture par les chasseurs d’esclaves ou certaines puissances ennemies.
L’importance culturelle et symbolique de ces marques aurait conduit plusieurs autres groupes ethniques à adopter ou à s’inspirer de cette pratique kanourie. C’est notamment le cas de certains peuples comme les Marghi, les Babur et d’autres communautés vivant parfois même en dehors de l’ancien Empire Kanem-Bornou.