16/07/2026
🟦 TRIBUNE 2.
L'ORDRE PUBLIC EST-IL L'ENNEMI DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE ?
Comprendre le rôle de l'État dans une société démocratique.
INTRODUCTION :
La fermeture de certains lieux de culte au Cameroun a ravivé une interrogation fondamentale : "l'ordre public est-il devenu un obstacle à la liberté religieuse ?"
🚨 Pour certains, toute intervention de l'Administration est perçue comme une remise en cause de la liberté de culte.
🚨 Pour d'autres, le maintien de l'ordre public justifie toutes les décisions prises par les Autorités Administratives.
Ces deux positions, bien que compréhensibles, méritent d'être nuancées.
Dans un État de droit, ni la liberté religieuse ni l'ordre public ne peuvent être considérés comme des valeurs absolues ou opposées. Ils constituent deux piliers complémentaires de la vie en société.
L'objectif de cette tribune est de montrer que le véritable défi n'est pas de choisir entre ces deux exigences, mais de les articuler avec sagesse, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et de la dignité humaine.
I. L'ORDRE PUBLIC : UNE MISSION FONDAMENTALE DE L'ÉTAT.
L'ordre public est souvent mal compris.
Dans l'imaginaire collectif, il est parfois assimilé à la contrainte, à l'interdiction ou à la répression.
En réalité, il constitue l'une des missions premières de tout État.
🛑 Sans ordre public, il ne peut y avoir ni sécurité, ni stabilité, ni protection effective des libertés.
Traditionnellement, l'ordre public repose sur plusieurs composantes :
🟢 La sécurité des personnes et des biens
🟢 La tranquillité publique
🟢 La salubrité publique
🟢 Et, selon les circonstances, d'autres exigences reconnues par le droit
L'État ne protège pas seulement les Institutions ; il protège également les Citoyens.
Ainsi, lorsqu'il agit pour préserver l'ordre public, il ne poursuit pas, en principe, un objectif de restriction des libertés, mais un objectif de protection de l'intérêt général.
"L'ordre public n'est donc pas l'ennemi de la liberté ; il en est l'une des conditions d'exercice."
II. LA LIBERTÉ RELIGIEUSE N'EST PAS UNE MENACE POUR L'ORDRE PUBLIC.
À l'inverse, il serait tout aussi erroné de considérer que les Communautés Religieuses constituent, par nature, une source de désordre.
Les Églises, les Mosquées et les autres Communautés Religieuses jouent un rôle majeur dans notre Société.
Elles participent :
💠 À l'éducation morale
💠 À la solidarité
💠 À la prévention de certaines formes de violence
💠 À l'encadrement de la jeunesse
💠 Au soutien des familles
💠 À la promotion des valeurs civiques
Dans bien des cas, elles contribuent directement à la paix sociale.
"La liberté de culte n'est donc pas un privilège accordé par l'État."
Elle constitue un droit fondamental reconnu par la Constitution et protégé par les engagements internationaux du Cameroun.
"Une République forte protège cette liberté."
III. LE VÉRITABLE ENJEU : L'ÉQUILIBRE ENTRE LES DROITS.
📍L'État protège la liberté religieuse.
📍Il protège également les droits des autres citoyens
📍Le riverain a droit au repos.
📍Le malade a droit à la tranquillité.
📍L'enfant a droit à un environnement propice à son développement.
📍Le fidèle a droit à l'exercice de son culte.
Ces droits ne doivent pas être hiérarchisés de manière simpliste.
Ils doivent être conciliés.
C'est précisément cette recherche d'équilibre qui caractérise un véritable État de droit.
▪️L'Administration ne peut ignorer la liberté de culte.
▪️Les Communautés Religieuses ne peuvent ignorer les droits du voisinage.
L'intérêt général commande que chacun reconnaisse les droits de l'autre.
IV. LA FORCE D'UN ÉTAT NE SE MESURE PAS À SA CAPACITÉ DE CONTRAINDRE.
Une Administration moderne ne se définit pas uniquement par son pouvoir de sanction.
Elle se distingue également par sa capacité à :
🛑 Prévenir les conflits
🛑 Dialoguer
🛑 Expliquer ses décisions
🛑 Accompagner les mises en conformité
La pédagogie renforce souvent davantage l'Autorité que la contrainte.
De leur côté, les Communautés Religieuses gagnent également en crédibilité lorsqu'elles privilégient :
🚨 Le dialogue
🚨 La responsabilité
🚨 La transparence
🚨 Le respect des engagements
Le dialogue n'est pas un aveu de faiblesse.
Il est un instrument de gouvernance.
V. LE REGARD BIBLIQUE : DIEU N'EST PAS UN DIEU DE DÉSORDRE.
Les Saintes Écritures apportent un éclairage particulièrement pertinent.
L'apôtre Paul écrit :
« Car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix. » (1 Corinthiens 14 : 33)
Plus loin, il ajoute :
« Que tout se fasse avec bienséance et avec ordre. » (1 Corinthiens 14 : 40)
Ces paroles ne concernent pas uniquement l'organisation des Assemblées Chrétiennes.
Elles rappellent un principe plus large : "le témoignage de l'Église passe également par son sens de l'ordre, de la responsabilité et du respect d'autrui."
Par ailleurs, Jésus enseigne :
« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Matthieu 5 : 9)
Le Croyant est appelé à être un artisan de paix, y compris dans ses relations avec les Autorités et avec la Société.
VI. VERS UNE CULTURE DE LA CONFIANCE.
Le Cameroun n'a pas intérêt à voir s'installer une logique permanente de confrontation entre les Autorités Administratives et les Communautés Religieuses.
Une telle situation fragilise les Institutions, nourrit les incompréhensions et divise les Citoyens.
✅ L'avenir repose plutôt sur la construction d'une confiance renouvelée.
Cette confiance suppose :
❇️ Des Autorités impartiales et à l'écoute ;
❇️ Des Communautés Religieuses responsables ;
❇️ Des populations respectées ;
❇️ Des espaces permanents de dialogue ;
▪️La paix sociale est une œuvre collective.
CONCLUSION.
L'ordre public et la liberté religieuse ne sont pas deux principes opposés.
Ils poursuivent une finalité commune :
✳️ Permettre à chaque Citoyen de vivre librement dans une Société paisible, organisée et respectueuse des droits de chacun.
❌ Le véritable défi n'est donc pas de savoir lequel doit l'emporter sur l'autre.
💠 Le véritable défi est de construire un équilibre où l'État protège les libertés sans renoncer à sa mission de garant de l'ordre public, et où les Communautés Religieuses exercent pleinement leur liberté dans un esprit de responsabilité, de dialogue et de respect des lois.
Une Grande Nation ne choisit pas entre la liberté et l'ordre. Elle construit un ordre qui protège la liberté, et une liberté qui renforce la paix.
Dans la prochaine tribune :
« Le bruit est-il devenu le véritable sujet ? Entre liberté de culte, santé publique et bon voisinage. »
Par Alain NONO / STRATÈGE EN STRUCTURATION FINANCIÈRE ET FISCALE / P.D.G de MOUELDANO S.A.R.L.