27/08/2026
Féminicides au Cameroun : Combien de femmes devront encore mourir avant que l’alerte soit entendue ?
Une famille qui attend une fille qui ne reviendra plus. Des enfants désormais privés de leur mère. Des parents, des proches et des communautés plongés dans le deuil, après un nouveau féminicide.
Et pourtant, après chaque drame, les mêmes mots reviennent : condamnation, indignation, promesses, appels à la sensibilisation. Mais combien de temps encore allons-nous nous contenter de condamner après que le pire est arrivé ?
Il ne suffit plus de réagir. Il faut prévenir, protéger et agir. Derrière chaque féminicide, il y a souvent une histoire de violences qui n’a pas commencé le jour du meurtre : des insultes, des humiliations, des menaces, du contrôle, des coups, parfois dénoncés, parfois tus, parfois banalisés par l’entourage. À force de tolérer les premiers signes, nous prenons le risque de découvrir trop t**d qu’une violence que nous pensions « conjugale » pouvait devenir mortelle.
Le mariage ne doit jamais être une condamnation. Il est temps de déconstruire cette idée selon laquelle une femme devrait « supporter » parce qu’elle est mariée, préserver son foyer à tout prix ou attendre patiemment que son conjoint change.
Non. Une femme n’a pas à attendre que les coups deviennent mortels pour comprendre qu’elle est en danger. Chercher de l’aide n’est pas échouer dans son mariage. Parler n’est pas trahir son conjoint. Se mettre à l’abri n’est pas abandonner sa famille.
Lorsqu’une relation devient violente et dangereuse, la priorité doit être de sauver sa vie. Si vous êtes victime de violences, ne restez pas seule : parlez à une personne de confiance, recherchez un accompagnement et, lorsque cela est possible, mettez-vous en sécurité. Et surtout, rappelons-le : la responsabilité de la violence appartient à celui qui la commet, jamais à celle qui la subit.
La responsabilité est collective. La prévention des féminicides ne peut pas reposer uniquement sur les femmes. Les familles, les voisins, les amis et amies, les leaders communautaires et religieux, les professionnels de santé, les forces de sécurité, la justice, les médias, les organisations de la société civile et les pouvoirs publics ont tous un rôle à jouer.
Nous devons apprendre à reconnaître les signaux d’alerte et, surtout, à ne plus banaliser les violences. Une femme qui est régulièrement insultée, humiliée, menacée, surveillée ou battue n’est pas simplement dans une « dispute de couple ». Elle peut être en situation de danger. Et lorsqu’une femme demande de l’aide, elle doit être écoutée, crue, orientée et protégée.
Aux pouvoirs publics : l’heure n’est plus aux seules condamnations. Face à la multiplication des cas rapportés, nous avons besoin d’actions fortes, coordonnées et durables.
Il est urgent de renforcer :
- les mécanismes d’alerte et d’intervention accessibles aux victimes;
- la protection effective des femmes victimes ou survivantes de violences ;
- les services d’accueil, d’écoute, d’accompagnement psychosocial et juridique ;
- la collecte et la publication de données fiables sur les féminicides et les violences basées sur le genre ;
- l’application effective des lois et la lutte contre l’impunité ;
- la capacité des forces de sécurité et de la justice à identifier et traiter les situations à haut risque ;
- les programmes de prévention et de sensibilisation ciblant particulièrement les hommes et les garçons.
Les discours sont nécessaires, mais ils ne suffisent plus. Chaque femme tuée doit nous interroger sur ce qui aurait pu être fait avant le drame. Chaque signal ignoré doit nous pousser à renforcer nos mécanismes de prévention. Chaque victime doit nous rappeler que la protection de la vie humaine ne peut attendre.
À toutes celles qui vivent dans la violence. Vous n’êtes pas obligées de supporter les injures, les humiliations, les menaces ou les coups au nom de l’amour, du mariage, des enfants ou de la religion.
Votre vie a de la valeur. Votre sécurité a de la valeur. Votre avenir a de la valeur.
Lorsque la violence s’installe, ne restez pas isolée. Cherchez de l’aide. Parlez. Faites-vous accompagner. Et si vous devez partir pour vous protéger, partez dans les conditions les plus sûres possibles et avec l’appui de personnes ou de structures de confiance. Car une chose doit être dite sans ambiguïté : « Une femme ne devrait jamais avoir à choisir entre préserver son couple et sauver sa vie. Le mariage n’est pas un permis de tuer. L’amour n’est pas la violence. Et supporter les coups n’est pas une preuve de fidélité. »
Nous devons cesser de demander aux femmes de supporter ce que nous devrions collectivement combattre.
La vraie question n’est donc plus seulement de savoir combien de femmes sont mortes.
La question est aussi : Qu’est-ce que nous devons changer, concrètement, aujourd’hui, pour empêcher qu’une violence connue devienne le féminicide de demain ?
Parce qu’une femme ne devrait pas avoir besoin de mourir pour que nous prenions enfin sa violence au sérieux.