11/03/2026
8 mars au Cameroun : entre pagnes et silence
Chaque année, le 8 mars revient avec son lot d’images, de couleurs et de célébrations. Au Cameroun, les réseaux sociaux se remplissent de photos de pagnes, de défilés, de poses élégantes et de commentaires admiratifs sur les modèles portés pour l’occasion. On parle du pagne officiel, de sa couleur, de son design, de la créativité des couturières et de l’originalité des tenues. Mais derrière cette effervescence visuelle, une question s’impose : que reste-t-il du sens profond du 8 mars ?
La Journée internationale des droits des femmes n’est pas née pour célébrer un tissu. Elle est née de luttes, de revendications, de mobilisations pour l’égalité, la justice et la dignité. Elle devrait être un moment de réflexion collective sur la condition des femmes, sur leurs droits, sur les violences qu’elles subissent encore trop souvent dans le silence. Pourtant, au Cameroun, cette dimension politique et sociale semble s’effacer chaque année un peu plus derrière le spectacle des pagnes.
Pendant que l’attention se porte sur les tenues et les défilés, la réalité quotidienne des femmes reste largement invisibilisée. Les violences domestiques, les mariages précoces, les discriminations dans l’accès à l’éducation, à l’emploi ou aux responsabilités publiques continuent de marquer la vie de nombreuses femmes et filles. Ces problèmes sont bien réels, mais ils semblent rarement au centre des discussions publiques le 8 mars.
Les slogans officiels — « non aux violences faites aux femmes et aux filles » — reviennent chaque année. Mais à force d’être répétés sans véritables politiques publiques derrière, ils finissent par sonner comme une forme d’hypocrisie. Car lutter réellement contre les violences et les inégalités exige plus que des discours : cela demande des lois appliquées, des budgets dédiés, des campagnes nationales de sensibilisation et un soutien réel aux organisations qui travaillent sur le terrain.
Or ces associations, qui se battent quotidiennement pour les droits des femmes, manquent souvent de moyens et de visibilité. Leur travail reste marginalisé, alors même qu’il constitue l’un des rares espaces où les réalités vécues par les femmes sont réellement prises au sérieux.
La responsabilité de l’État est donc engagée. Lorsqu’un pays affirme vouloir protéger les femmes, cela doit se traduire par des actions concrètes et durables. L’absence d’engagement politique fort face à ces enjeux donne le sentiment d’un État largement absent, alors même que la situation de nombreuses femmes continue de se détériorer.
Mais cette question ne concerne pas uniquement les autorités. Elle interpelle aussi la société dans son ensemble, et les femmes elles-mêmes. Sommes-nous conscientes de ce que représente réellement le 8 mars ? Savons-nous encore qu’il s’agit d’une journée de lutte avant d’être une journée de célébration ?
Il ne s’agit pas de condamner le fait de porter un pagne, de se retrouver ou de célébrer. La culture et la convivialité font partie de la vie sociale. Mais lorsque la fête devient le centre et que la lutte disparaît, le sens même de cette journée se perd.
Le 8 mars devrait être un moment pour écouter les femmes, pour dénoncer les injustices, pour faire entendre les voix trop souvent réduites au silence. Il devrait être un espace où l’on questionne les structures qui perpétuent les violences et les inégalités, et où l’on exige des changements concrets.
Tant que cette réflexion restera marginale, le risque est grand de voir le 8 mars se transformer, année après année, en un simple rituel social : un défilé de pagnes qui occulte les luttes, les souffrances et les espoirs de millions de femmes.
Et pourtant, derrière les tissus colorés et les images festives, la question demeure entière : quand parlerons-nous enfin sérieusement des droits des femmes ?