19/09/2025
Comment le village Ezock a donné naissance à Monatélé.
L’histoire de Monatélé est une fresque où se croisent la tradition, l’hospitalité et la vision politique. Elle commence comme une simple histoire de village, mais finit par donner naissance au chef-lieu d’un département entier.
Aux origines : un village Ezock au bord de la Sanaga
Monatélé, avant de devenir le centre administratif que l’on connaît aujourd’hui, n’était qu’un village du clan Ezock, posé sur les rives majestueuses de la Sanaga. Ce fleuve, mythique et nourricier, fit très tôt de ce lieu une halte recherchée. La Sanaga offrait à ses visiteurs des poissons au goût relevé et des viandes d’hippopotame très prisées, qui attirèrent les grands chefs Tsanga Manga (Éton de l’Ouest) et Ateba Ebe (Éton de l’Est).
Mais ce qui transforma ce simple point de pêche en site renommé fut l’hospitalité d’un homme : Oloumou Bodo. En véritable maître des lieux, il accueillait ses hôtes avec un respect et une générosité qui marquèrent les mémoires. Impressionnés, les chefs Tsanga Manga et Ateba Ebe décidèrent de le consacrer chef. Ainsi, en 1923, Oloumou Bodo fut intronisé premier chef de groupement de Monatélé.
La dynastie d’Oloumou Bodo et ses bouleversements
À sa mort, la succession se poursuivit dans la famille. Son fils Elung Zobo lui succéda en 1935, et son autorité s’étendit jusqu’à Ntsas Endo, dans l’actuel arrondissement d’Evodoula. Mais cette continuité dynastique fut brisée avec la génération suivante. Son petit-fils, Essomba Elungu Augustin, connu pour son autoritarisme, fut destitué et exilé à Nanga-Eboko. En 1941, la chefferie de groupement passa alors aux mains de la famille Ndjomo Ekot, originaire du village Nkongal (ancien arrondissement d’Okola). Cette rupture marqua une recomposition de l’autorité traditionnelle à Monatélé.
Une mosaïque administrative avant 1964
Bien avant d’être une entité administrative autonome, Monatélé fut morcelé entre plusieurs territoires.
* Certains villages dépendaient d’Okola, créé en 1952.
* D’autres étaient rattachés à Obala, fondé en 1954.
* Enfin, plusieurs groupements furent intégrés à Evodoula, lors de sa création en 1962.
Ainsi, jusqu’en 1964, les populations de Monatélé vivaient administrativement sous l’autorité de trois postes distincts. Ce morcellement ne reflétait ni leur identité commune, ni leur centralité géographique.
1964 : Monatélé devient chef-lieu de la Lékié
Tout bascule le 20 juin 1964. Par décret N° 64/DF/219, le président Ahmadou Ahidjo procède à l’éclatement du département du Nyong-et-Sanaga et crée un nouveau département : la Lékié. Son chef-lieu sera Monatélé.
Ce choix fut guidé par plusieurs raisons objectives :
* Sa centralité : situé à égale distance des autres unités administratives – 48 km d’Obala, 42 km d’Okola, 30 km de Sa’a et 27 km d’Evodoula.
* Sa proximité avec la Sanaga, faisant de lui l’unique arrondissement du département jouxtant un grand fleuve.
* Son potentiel de développement, malgré l’absence d’infrastructures administratives à l’époque.
L’origine du nom « Monatélé »
Au-delà de sa position stratégique, le nom même de Monatélé est une histoire à part entière. Selon les traditions locales, il provient d’un petit cours d’eau situé à l’entrée de la ville. Ses deux versants, particulièrement glissants, surprenaient les visiteurs. Pour désigner cet endroit, les autochtones parlaient de « moa » (petit) et de « atel » (glissade). La contraction de ces deux mots donna le nom qui traversa les âges : Monatélé.
L’acte fondateur d’Ahidjo
À l’inauguration du siège de la préfecture, le président Ahidjo mit fin à toutes les rumeurs sur le choix de Monatélé. Ses mots résonnent encore :
> « Le choix de Monatélé comme chef-lieu de département est significatif. Installer les services gouvernementaux dans cette bourgade, vierge de tout équipement administratif, témoigne de notre foi dans l’avenir et de notre volonté d’adopter des plans ambitieux, de tenter des expériences hardies. »
Un héritage pour la Lékié
À sa création, l’arrondissement de Monatélé comptait **58 villages regroupés en cinq chefferies traditionnelles** : Ekot, Eyen Meyong, Kougouda, Nkolkosse et Mvog-Namyié. Aujourd’hui encore, cette organisation témoigne de la diversité et de la vitalité de ce territoire.
Monatélé n’est donc pas qu’un chef-lieu administratif. C’est une terre d’hospitalité, un espace de rencontres, un carrefour stratégique, et surtout un symbole de foi en l’avenir. C’est cette vision qui doit continuer d’inspirer les filles et fils de la Lékié, en général, et ceux de Monatélé en particulier.