24/04/2026
C'était une foire internationale dans ma ville,
Oh que d'espoirs d'un si grand événement !
Il y avait le suivi à la capitale, d'un dossier de demande de paiement qui bloquait depuis des mois; les messieurs savaient ce qu'ils attendaient pour qu'enfin l'association reçoive son dû, rembourse ses créanciers, solde les impayés des travailleurs: deux mois puis deux autres mois dans la capitale sans le paiement escompté mais plutôt des "motifs" comme dans les postes de contrôles routiers au Cameroun...
Il y avait les produits de naturopathie commandés par de nouveaux "patients-clients". Eh oui, le long chapelet de mes maladies personnelles m'avait rapproché de mes bénéficiaires villageois en symbiose avec leurs ressources naturelles; ils m'avaient donné, qui une information, qui une écorce afin de retrouver la santé et en vingt ans d'échanges, descentes de terrain pour identification botanique et collecte d'écorces, fruits, feuilles,..., vingt ans de cobaye dévoué et stoïque, je pouvais enfin présenter des produits naturels utiles, des produits de symbiose avec la nature, des produits de santé qui ne seraient ni indiens, ni chinois, ni occidentaux, mais camerounais!... Avec le pincement au cœur, causé par le fait de n'avoir par réussi à organiser à la base, les bénéficiaires en petits GIC/coopératives fournisseurs des ingrédients / produits à une structure faîtière que l'association aurait créée. J'avais trop misé sur le processus de foresterie communautaire et il n'y avait plus le moindre fonds pour faire fonctionner les motos et donner 2.500F de restauration au bénévole qui irait passer une journée sur le terrain ; d'ailleurs les voleurs ne nous avaient laissé qu'une seule moto en piteux état. Certes la mise en vente de produits de naturopathie portait l'espoir de générer des fonds pour acheter les semences des futurs arbres, payer les travailleurs locaux, supporter location de moto et frais de restauration des bénévoles, mais il restait dans mon arrière-gorge, dans mon arrière-cœur, un sentiment de culpabilité qui me serrait,... entretenu par les images des papa Mavia Pierre, papa Tazala, Ndoula Chétima, Barama Samuel,... décédés, de papa Kamba réfugié à Mora, de tous les autres réfugiés dans les hauteurs des Monts Mandara et dans la misère... et je subissais cette tristesse d'une violence interne inouïe... de n'avoir pas pu leur offrir le bonheur autonome que je leur souhaitais.
Oui il y avait des commandes de nouveaux "patients-clients" non livrées et tout ce qui importait était cette foire, une foire internationale dans ma ville de résidence !
Il y avait aussi mon corps fatigué, des douleurs tantôt au dos, tantôt au talons, les insomnies causées par tout ce stress, le manque d'appétit et l'alimentation en dessous du strict minimum... Mais bon ça ce n'était pas très grave. C'était juste mon corps, qui finira par supporter et attendre ma prochaine occasion de reporter et de m'occuper de lui.
Ainsi donc, l'association paiya les 12.500F pour le stand et aussi les 3.000F demandés pour la décoration du stand. Et à distance, étant encore dans la capitale pour réclamer l'argent non payé de la prestation de reboisement de l'année dernière, j'organisais étape par étape, l'achat de semences et je formais la ménagère bénévole à la production de plants agroforestiers. En moins de 2 semaines, elle produisit plus de 300 beaux et vigoureux plants. J'en étais fière !!!
Les deux nuits que je passai dans la ville de la foire, ne suffirent pas à conditionner la vingtaine de produits naturels prévus car ENEO faisait plus l'obscurité que la lumière et mon broyeur n'aimait pas celà, de même les infographes qui avaient accepté de m'apprêter les etiquettes des produits. Au final, j'avais contacté 4 infographes, dépensé 49.000F, reçu 100 cartes de visite et les étiquettes de trois produits dont je ne pu imprimer que deux et utiliser une seule. Et l'Association n'avait toujours pas de roll up de présentation... Je crois que ce qui a été vraiment gagné de tout ça, a été le courage d'échanger continuellement avec Chat GPT, WhatsApp IA, Gemini, ...pour arriver à des design et couleurs qui correspondaient à ce qu'on avait à faire. Parceque les infographes aimaient prendre tout l'argent avant de commencer le travail, mais ils n'aimaient pas réajuster ce qu'on leur demande et ils nous faisaient comprendre qu'ils étaient des experts de la profession donc qu'on ne pouvait pas les dévier de ce qui doit... Bref un jour je finaliserai ces visuels et ce branding à partir de mes amis IA (même s'ils sont trop bavards et souvent envoient autre chose que ce qui est demandé 😅) et je l'espère à partir de Photoshop et Adobe Illustrator que j'avais pourtant installés sur mon ordinateur dernier cri, depuis mai 2022 en prévoyant cette phase où je devais lancer la vente des produits naturels, cette phase où je ne me prostituerais plus dans des "projets de développement" pour avoir un "gros salaire" pendant que mon association rétrogradera. Bref coupons court: une variation électrique non conventionnelle d'ENEO Maroua, avait fait lâcher mon ordinateur "dernier cri" en janvier 2025 et même en Chine, mon maintenancier cherchait encore la solution...
Faut avoir plusieurs cœurs en acier inox, pour oser et continuer d'entreprendre au pays...
Il y avait une foire internationale dans ma ville de résidence...
Ah quelle opportunité !!!
Mais il n'y avait ni table ni chaise dans le stand. Nous portâmes au stand la table conservée de mon premier employeur quand il avait refusé de payer mes trois derniers mois de salaires. C'était en 2006 et il est toujours un "grand homme politique " dans ce pays, fourbe, malhonnête, anti-développement, pro-opportunités !
A chaque fois que nous arrivions au stand pour installer nos produits, soient des gens avaient mis leurs affaires sur ou sous la table, soit la table n'était plus là et il fallait la chercher partout sur le site, s'engueuler avec les responsables, l'un des responsables ayant été le décorateur (payé par nous également) et qui finalement n'avait rien décoré du côté de notre stand. Le comité d'organisation de la Foire, était également venu nous "voler" notre table sous prétexte que leurs tables étaient insuffisantes pour l'organisation du concours d'art culinaire...
Les seules consolations étaient le jeune nouveau bénévole présent tous les six jours et la convivialité des voisines sur le site de la Foire. J'écoutais leurs histoires, parcourais leur chemin de souffrance...similaire au mien... J'analysais leurs stratégies de survie.
Au 1er jour de la foire, mes enfants les plus maîtrisés étaient là : plants de moringa, baobab, semences de divers arbres... Ils m'ont apaisé le cœur malgré que les produits de naturopathie étaient royalement absents, eux sur qui nous comptions pour générer des ventes, surtout les produits minceur et libido, les seules choses qui semblent intéresser les camerounais.
Au 4e jour de la foire, la tisane femme "bien-être & minceur" était sur la table.
Au 5e jour, des bijoux sur la table, des habits accrochés à des cintres, des chaussures étalées sur une bâche au sol... Oh quel revirement de survie ! Comme la prostitution professionnelle des jobs dans les Projets des bailleurs de fonds internationaux pour avoir des fonds à mettre dans le fonctionnement minimal de l'association...
La grande foire internationale a permis de vendre
- 3 paires de boucles d'oreilles 1.500F
- une tisane femme "bien-être & minceur 7.500F
- un plant de moringa 1.000F
Total: 9.000F
L'association ne s'est pas assez préparée, n'a pas imaginé des contenus, outils et moyens de sensibilisation comme elle le faisait dans les villages. L'association est juste allée à un marché et s'est assise pour attendre des "clients", oubliant que son rôle était de réveiller la couleur verte dans les cœurs...
S'il y a une prochaine foire, elle sera avec
- un positionnement visible sur le site, des visuels de communication expressifs, des produits bien préparés et connus du grand public
- un interface de partage convivial avec les visiteurs du stand, des choses à expérimenter par eux, la vie verte à créer par leurs mains...
J'ai sûrement dû souffrir beaucoup de cet espoir non réalisé car L'Etre Suprême m'offrit dès le surlendemain ce voyage en pleine forêt sèche que je cherchais depuis six ans; pour m'apaiser, me ressourcer, remettre du vert dans mon sang, de l'espoir dans un monde sans espoir...
Et je reviendrai, avec de nouvelles stratégies, recommencer où je m'étais arrêtée : livrer les commandes, finaliser le branding, conditionner les produits, les faire connaître, ...
Je reviendrais avec de jeunes bénévoles, lancer les formations-actions de l'association en sollicitant de nouveaux volontaires ou partenaires, de nouveaux "coeurs verts" ...
.. Parcequ'il en est ainsi !
🥹💚😇🙏🏽🤲🏼