10/02/2026
Réécrire l’avenir, des mains qui protègent, des voix qui libèrent
Elles sont assises en cercle, dans une véranda de fortune. Leurs yeux, profonds comme des puits, reflètent à la fois la sagesse ancienne et une interrogation brûlante. Ici, à Meskine, au sein du Centre d’Éducation et d’Action Communautaire, un autre chapitre s’écrit. Un chapitre où les filles, épaulées par l'association Educate Mothers And Children (EMAC), ne sont plus des destinées subies, mais des auteurs de leur propre vie.
Investir sur les filles et les communautés, ce n’est pas un slogan. C’est le geste concret d’une mère qui refuse de perpétuer une souffrance au nom de la tradition. C’est la parole courageuse d’une jeune fille qui, instruite, comprend que son corps est son premier sanctuaire, et non un champ de mutilation. C’est le travail patient, grain de sable après grain de sable, pour faire basculer la montagne de l’indifférence et de la méconnaissance.
Notre activité ici, au cœur du CEAC de Meskine, était bien plus qu’une séance de sensibilisation. C’était un acte de foi. Une foi en l’intelligence des jeunes filles à qui nous avons donné des outils – pas des armes. Des outils de connaissance sur leurs droits, leur santé, leur intégrité physique. Nous avons parlé de plaies invisibles qui ne guérissent jamais, de potentiels volés, de voix étouffées. Mais nous avons surtout parlé de résilience, de choix, et de cette force collective qui peut dire « assez ».
En cette Journée Internationale de Tolérance Zéro, la commémoration ne peut se limiter à des discours. Elle doit se vivre dans les rires libérés des filles de Meskine qui découvrent qu’elles ont le droit de rester entières. Elle doit résonner dans les conversations au sein des foyers, où les mères, éducatrices premières, deviennent les gardiennes de leurs filles.
L’investissement le plus rentable pour un avenir sans Mutilations Génitales Féminines est celui qui place la jeune fille, éduquée, informée et respectée, au centre. C’est un pari sur l’humain, sur la capacité d’une communauté à se réinventer pour protéger sa propre lumière.
Ensemble, avec chaque partenaire engagé, écrivons une histoire où le seul couteau acceptable est celui qui coupe le cordon de l’ignorance. Où la seule coupure salutaire est celle qui sépare le passé de la douleur d’un futur de dignité.
Le combat continue, une conscience à la fois.